La donation Jean-Louis Potier au musée d’Abbeville


1. André Giroux (1801-1879)
Le ravin, Corpo di Cava, 1827
Huile sur papier marouflée sur toile
24 cm x 29
Abbeville, musée Boucher-de-Perthes
(don Jean-Louis Potier)
Photo : Musée Boucher-de-Perthes

9/6/07 – Acquisitions – Abbeville, Musée Boucher de Perthes – Dans le petit milieu des collectionneurs et amateurs parisiens, tout le monde connaissait Jean-Louis Potier (1930-2006). Sa passion pour le néoclassicisme et le romantisme ne l’empêchait pas d’apprécier l’ensemble de la création artistique, l’art moderne et la musique classique compris. Il n’y avait pas d’inaugurations d’expositions d’art ancien, de colloques ou d’événements culturels auxquels il n’apportait son érudition et sa convivialité, sachant faire partager son enthousiasme et ses points de vues savants et éclairés. Il faisait partie de nombreuses sociétés d’amis de musées, fut trésorier de celle du musée de la Révolution française à Vizille et de celle des amis de la bibliothèque Marmottan à Boulogne-Billancourt. Doté d’un œil très sûr, il avait constitué une importante collection centrée sur la période 1770-1840. Il ouvrait volontiers son hôtel particulier de Chatou à tous ceux qui partageaient son intérêt pour cette époque (et n’était pas peu fier d’avoir entendu le collectionneur new-yorkais Wheloock Whitney III comparer sa demeure à un « petit Magnin »). Il nous a aidé bien des fois, que ce soit pour nous donner des contacts d’historiens d’art, la rédaction de certaines brèves, attirer notre attention sur des expositions ou des livres qui auraient pu passer inaperçus, ou encore sur la restauration de la chapelle Saint-Fulcran à Lodève (voir brève du 25/2/06). Il nous avait aussi permis de reproduire son rare dessin de Philippe Chéry (voir brève du 31/5/06).


2. Achille Bénouville (1815 - 1891)
Château de Lugagnan, dans la vallée d’Argelès (Hautes-Pyrénées), 1872
Huile sur papier - 27 x 41 cm
Abbeville, musée Boucher-de-Perthes
(don Jean-Louis Potier)
Photo : Musée Boucher-de-Perthes

Très lié à la Somme, il avait pris contact, dès sa nomination, avec le nouveau conservateur du musée d’Abbeville1 dans de but de faire des donations de façon régulière, avec la volonté affirmée qu’une part représentative de ce qu’il avait rassemblé y complète les collections. Malheureusement, la maladie ne lui a pas laissé le temps de concrétiser ce projet, le terrassant en septembre dernier. En tout, deux œuvres ont été données entre 2005 (un dessin d’Aimé Duthoit, Intérieur de la chapelle du Saint-Esprit à Rue2, préparatoire à la lithographie d’Adrien Dauzats pour les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France du baron Taylor et La place du marché à Rue d’Eugène Thiéry, une huile sur toile présentée au Salon de la Société des Artistes Français de 1932) et trois en 2006.

- La petite huile sur papier d’André Giroux représentant un Ravin (ill 1), est caractéristique de l’artiste par sa gamme colorée restreinte, une finition égale de tous les plans (ce qui le démarque de Corot) et sa mise en page en abîme. Les ébauches sur le motif de Giroux sont rares dans les musées français et celle-ci n’a d’équivalent que parmi les trois que compte la donation Petithory à Bayonne3, en particulier un Sentier à Corpo di Cava, qui a en commun le fait de ne présenter aucune référence précise à l’Italie ou à l’Antiquité.

3. Guillaume Guillon-Lethiere (1760-1832)
Saint Louis visitant les victimes de la
peste dans la plaine de Carthage
, 1822
Huile sur toile - 57,2 cm x 38,1 cm
Abbeville, musée Boucher-de-Perthes
(don Jean-Louis Potier)
Photo : Musée Boucher-de-Perthes



- Jean-Louis Potier avait su chiner à la foire d’antiquités de Chatou, la vue du Château de Lugagnan dans la vallée d’Argelès (Hautes-Pyrénées, ill. 2) et y reconnaître une étude originale d’Achille Bénouville pour son tableau du Salon de 1873, commandé par l’Etat et déposé au musée du Luxembourg l’année suivante. Il s’agit d’un précieux témoignage d’autant que le tableau achevé n’est plus localisé depuis un quart de siècle4.

- Exposée par la galerie Hahn en 19845 et donnée sous réserve d’un (bien court) usufruit, l’esquisse pour le Saint Louis visitant les pestiférés dans les plaines de Carthage (ill. 3) est préparatoire au grand format commandé à Guillaume Guillon-Lethière pour l’église Saint-Séverin et aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts de Bordeaux (Salon de 1822). Renouant avec le style de la peinture d’histoire d’avant la Révolution, Lethière donne à la Restauration un pendant historiciste aux Pestiférés de Jaffa de Gros (1804, Paris, Louvre), la force de l’épopée impériale en moins (le musée d’Abbeville possédait déjà trois dessins de cet artiste).


Jérôme Montcouquiol, samedi 9 juin 2007


Notes

1. Voir la brève du 10/5/05. Juste un dernier mot. Nommé il y a deux ans, Stéphane Paccoud a su animer son établissement, faire des découvertes (voir la brève du 31/8/06) et maintenir à Abbeville le haut niveau d’exigence qu’y avait déjà insufflé Madame Pantxika de Paepe. Il a su faire entrer des dons (faute de budget d’acquisitions), dans les difficiles conditions matérielles qu’on sait être celles des musées de petites villes de province où la culture n’est pas la priorité de la municipalité. Il vient d’être nommé dans un établissement plus à sa mesure, à Lyon, en charge des collections du XIXe siècle du musée des Beaux-Arts.

2. Rue est situé à quelques kilomètres d’Abbeville. Cette œuvre a été publiée dans La Revue des Musées de France - Revue du Louvre 2 - avril 2006, p. 87-88 (notice par Stéphane Paccoud).

3. Voir le catalogue de l’exposition La donation Jacques Petithory au musée Bonnat de Bayonne, Paris, musée du Luxembourg 16 décembre 1997-15 mars 1998, pp 135 à 13, n° 144 à 146 (notices par Vincent Pomarède).

4. Marie-Madeleine Aubrun, Achille Benouville, 1815-1891 : catalogue raisonné de l’œuvre, 1986, p. 112, n° 81. Il a été envoyé à l’ambassade de France à Londres, le 31 mai 1922 et ne s’y trouvait plus en 1973.

5. Voir le catalogue de l’exposition Les peintres français et le Grand décor parisien au 19e siècle, Paris, galerie Joseph Hahn, du 6 mars au 18 avril 1984, n° 44 (non paginé).



Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Lorenzo de Medicis : un portrait par Raphaël aux enchères chez Christie’s Londres

Article suivant dans Brèves : Sainte Rufine de Velázquez en vente chez Sotheby’s Londres