La deuxième édition du salon Paris-Tableau


JPEG - 41.1 ko
1. Francisco de Zurbarán (1598–1664)
Saint François en prière, vers 1650-1655
Huile sur toile - 157 x 100,5 cm
Galerie Caylus
Photo : Galerie Caylus

Ce n’est que sa deuxième édition, mais déjà le salon Paris-Tableau semble bien installé dans le paysage. Si l’on y ajoute les expositions off dont nous parlerons dans un prochain article, cela fait de Paris, déjà capitale du dessin au printemps, la tête de pont du marché de la peinture ancienne. Il est dommage qu’en dehors d’Artcurial, qui présentait notamment un ravissant petit cuivre de Boucher (la Sainte Famille) qui s’est d’ailleurs très bien vendu (le 7 novembre), aucune autre vente aux enchères spécialisée n’ait été organisée à cette occasion.

Les visiteurs du musée éphémère réuni à la Bourse ne seront pas déçus. Déjà remarquable en 2011, le salon est encore plus impressionnant cette année, même si des marchands étrangers préfèrent encore, semble-t-il, garder certaines œuvres pour Maastricht. Cela n’a pas empêché la galerie Caylus, de Madrid, de présenter un splendide Saint François de Francisco Zurbaran (ill. 1) parmi d’autres beaux tableaux espagnols et italiens. Chez Charles Beddington, outre un bel ensemble de Pietro Bellotti, le frère de Bernardo Bellotto, lui aussi grand voyageur et qui se rendit notamment en France, on admirera un Lemaire-Poussin, inhabituel par sa grande taille (ill. 2), tandis que pour rester dans le XVIIe français, on signalera la nature morte de Sébastien Stoskoff (ill. 3), encore un chef-d’œuvre, à la Koetser Gallery.


JPEG - 173.4 ko
2. Jean Lemaire
(1598-1659)
Le Colisée, avec un dessinateur
Huile sur toile - 144 x 212 cm
Galerie Charles Beddington
Photo : Galerie Charles Beddington
JPEG - 60.9 ko
3. Sébastien Stoskopff (1597-1657)
Vanitas with a vase of theriac, 1627
Huile sur toile - 48 x 65 cm
Koetser Gallery Ltd
Photo : Koetser Gallery Ltd

La galerie italienne Fabio Massimo Megna, nouvelle venue sur ce salon, montre quant à elle un beau choix de toiles parmi lesquelles un anonyme siennois du XVIIe siècle (ill. 4).


JPEG - 165.6 ko
4. Ecole Siennoise vers 1625
La Vierge allaitant l’enfant avec des anges,
saint Joseph et le petit saint Jean-Baptiste

Huile sur toile - 139,5 x 190 cm
Galleria Fabio Massimo Megna
Photo : Galleria Megna
JPEG - 67.9 ko
5. François Boucher (1703-1770)
Étude de dieu fleuve (le Rhône, ou le Rhin)
Huile sur toile - 91,5 x 73,7 cm
Galerie Eric Coatalem
Photo : Galerie Eric Coatalem

JPEG - 67.1 ko
6. Nicolas Tournier (1590-1639)
Trio de musiciens
Huile sur toile - 122 x 166 cm
Galerie Jacques Leegenhoek
Photo : Galerie Jacques Leegenhoek

Les stands des marchands parisiens sont d’une grande qualité, et le XVIIe siècle français y est particulièrement bien représenté, notamment sur ceux des galeries Coatalem et Leegenhoek. La première expose une impressionnante série de tableaux de Jacques Stella et une Crucifixion inédite de Lubin Baugin, un artiste cher au cœur du galeriste. Nous reproduirons cependant ici une œuvre du XVIIIe siècle, une grisaille de François Boucher, faisant partie d’une paire représentant des Fleuves (ill. 5). La seconde présente parmi d’autres tableaux très intéressants (dont une œuvre certaine de Guillaume Dumée qui permettra certainement d’autres réattributions à cet artiste) quatre caravagesques. Nous retiendrons ici le Nicolas Tournier, vendu (comme le Baugin et un Stella) dès l’inauguration (ill. 6).


JPEG - 221.9 ko
7. Joseph Werner (1637-1710)
Le Triomphe de Galatée
Huile sur toile - 74 x 59,8 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
JPEG - 113.9 ko
8. Antoine-Marie Perrot (1787-1850)
Vue intérieure de la Galerie Nord
du Camposanto de Pise
, 1834
Huile sur toile - 93,5 x 134,5 cm
Galerie Haboldt & Co
Photo : Galerie Haboldt & Co

Chez Talabardon & Gautier, on verra comme c’est la règle quelques magnifiques tableaux du XIXe siècle dont ils se sont fait une spécialité (le portrait de Carolus-Duran, qu’ils avaient montré dans leur galerie, est ici magnifié par le fond gris sur lequel il est accroché). Mais on sait qu’ils peuvent aussi remonter plus loin dans le temps et ils exposent cette fois un tableau étonnant du suisse Joseph Werner, figurant Acis et Polyphème (ill. 7) aux coloris acides et dans un magnifique état de conservation. Ce peintre originaire de Berne voyagea en France et travailla à la cour de Louis XIV (plusieurs de ses œuvres sont conservées à Versailles). Il subit de nombreuses influences mais on retrouve dans cette toile un côté maniériste d’Utrecht proche de Wtaewel.
Si l’on retiendra chez ces derniers marchands un tableau XVIIe, on choisira au contraire chez Bob Haboldt, par goût du paradoxe, une toile du XIXe, d’un artiste presque inconnu mais d’une composition si fascinante qu’on ne peut guère l’ignorer (ill. 8). Peinte en 1834 par Antoine-Marie Perrot - dont le dictionnaire Bellier Auvray nous dit qu’il fut élève de Watelet et de Michallon et qu’il exposa au Salon entre 1824 et 1849 - elle représente une galerie du Campo Santo de Pise avec un jeu de perspective vertigineux. La profondeur de celle-ci inciterait presque le spectateur à entrer dans le tableau.


JPEG - 80.2 ko
9. Giuseppe Vermiglio (1587 ?-après 1635)
David portant la tête de Goliath
Huile sur toile - 135,5 x 96,5 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
JPEG - 143.5 ko
10. Carle van Loo (1705-1765)
L’Apothéose de saint Grégoire, entre 1762 et 1764
Huile sur toile - D. 69 cm
Galerie Aaron
Photo : Galerie Aaron

JPEG - 262.9 ko
11. Louis-Nicolas van Blarenberghe (1716-1794)
Scène de bataille
Huile sur vélin - 4,9 x 9 cm
Galerie Claude Vittet
Photo : Galerie Claude Vittet

On continuera notre parcours (un peu désordonné tant du point de vue chronologique que topographique, ce qui n’est pas grave), par la galerie Canesso où l’on citera une autre toile au thème ô combien caravagesque, David et Goliath (ill. 9), on fera un détour chez Didier Aaron pour retenir une esquisse de Carle van Loo pour une chapelle des Invalides, qui vient de trouver sa place dans une grande collection parisienne (ill. 10), puis chez Claude Vittet où une vitrine abrite de précieuses gouaches représentant des batailles par Nicolas van Blarenberghe (ill. 11) et l’une par son fils Henri-Joseph. Chez Jean-François Heim, nous pourrions signaler un très beau portrait d’esclave noire par Jean-Léon Gérôme ou un modello de Pierre Mignard pour l’hôtel d’Hervart à Paris, mais nous préférons reproduire une originale Scène de sorcellerie par le peu connu van Wijnen (ill. 12). Sur le stand de la Weiss Gallery dont on se réjouit qu’elle soit revenue après sa déconvenue avec le tableau de Nicolas Tournier l’année dernière, on verra des portraits nordiques et plusieurs portraits élisabéthains dont ce marchand anglais s’est fait une spécialité, tandis que chez Lampronti on trouvera essentiellement des vedute et chez P. de Boer des Natures mortes (dont un délicat Jacques Linard). Pour n’oublier personne, citons enfin la galerie de Jonckheere avec un Portrait du duc d’Etampes de Corneille de Lyon, Stair Sainty avec un très beau paysage romain de Henri Harpignie, Derek Johns et un séduisant Wtewael (Mars et Vénus surpris par Vulcain), la galerie Sarti, qui expose, outre de nombreux primitifs, un Salvator Rosa représentant Saint Pierre libéré de prison par l’ange, la galerie autrichienne Sanct Lucas et sa Fuite en Egypte de Valerio Castello et Rafael Valls qui présente une toile représentant Le Duc de Saint-Aignan décorant le prince Vaini de l’ordre du Saint-Esprit, par Pierre Subleyras.


JPEG - 92 ko
12. Attribué à Dominicus van Wijnen,
dit Ascanius (1661-après 1690)
Scène de sorcellerie, vers 1685
Huile sur toile - 73 x 57 cm
Galerie Jean-François Heim
Photo : Galerie Jean-François Heim

L’année dernière, l’INHA proposait une petite exposition dossier sur les revers des tableaux. Pour cette édition, le Mobilier National expose quelques cartons et esquisses pour des cartons sortis de leurs collections. Un petit catalogue, Trésors retrouvés des Gobelins a été édité pour cette occasion et est vendu (12 €) au profit de leur restauration. On remarquera notamment un tableau de Jean-Jacques Lagrenée, Allégorie de l’Architecture, de la Peinture et de la Science, esquisse de la tenture des Arts et sciences. Cet achat effectué lors du premier salon Paris-Tableau il y a un an sera inclus dans un prochain article sur les acquisitions récentes du Mobilier National.

On peut déjà affirmer que le Salon est un succès, la plupart des marchands ayant vendu plusieurs œuvres et rencontré de nombreux clients français et étrangers.
Mais on remarquera que lorsque la date du salon avait été décidée, il se tenait hors vacances scolaires. Le nouveau ministre de l’Éducation Nationale a cru bon au dernier moment de prolonger les congés de la Toussaint jusqu’à la fin de la semaine, dès 2012 au lieu d’attendre sagement l’année prochaine. La fréquentation risque de s’en ressentir quelque peu mais la journée de lundi devrait être particulièrement animée.

Paris-Tableau, Palais de la Bourse, du 7 au 12 novembre 2012. Site internet.

English Version


Didier Rykner, vendredi 9 novembre 2012





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Marché de l’art : Salon du Dessin 2012

Article suivant dans Marché de l’art : De bien curieux Jérôme Duquesnoy le Jeune...