La curieuse exposition Henri Gaudier-Brzeska du Musée national d’Art moderne


Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915)
Femme assise, 1914
Marbre - 48 x 34,5 x 28 cm
Paris, Musée national d’Art moderne
Photo : RMN

13/8/09 – Exposition – Paris, Musée national d’Art moderne – Sur 23 sculptures présentées au Centre Pompidou dans l’exposition des œuvres d’Henri Gaudier-Brzeska appartenant aux collections du Musée national d’Art Moderne, seules 5 sont authentiques. Les autres, comme s’en est indigné à raison Vincent Noce dans un article paru le 31 juillet dernier, sont des copies, des surmoulages ou des éditions tardives. Qu’elles aient été données au musée ne justifie pas qu’on les expose presque comme des originaux. Bien peu de visiteurs sont capables de comprendre, par la seule lecture de cartels sibyllins, qu’ils regardent des objets que le sculpteur n’a jamais vus.
Pourtant, Henri Gaudier-Brzeska, mort à 23 ans seulement dans les tranchées en 1915, attachait une grande attention à la qualité de ses œuvres. C’est en particulier le cas de ses marbres qu’il taillait lui-même et qu’il polissait avec une délicatesse exceptionnelle, comme en témoignent Samson et Delilah (1913) et Femme assise (ill.). Oser montrer dans la même rétrospective Têtes d’enfants, médiocre copie en « pierre reconstituée » effectuée en 1964 d’une œuvre datant de 1915 est une insulte faite à l’artiste. Pour ne rien dire du Torse I de 1913 en « résine epoxy » édité en 1976 ! L’original est conservé à la Tate.

S’il fallait vraiment présenter ces copies, dans un souci pédagogique plus qu’artistique, il aurait fallu au moins les isoler complètement des œuvres authentiques et signaler sans ambiguïté leur statut. Le catalogue ne pose pas clairement le problème, se contentant de rappeler les réticences de certains lorsque les œuvres furent données au musée.
Signalons toutefois que la quarantaine de dessins, les trois carnets de l’artiste, et les cinq sculptures authentiques d’Henri Gaudier-Brzeska, justifient tout de même une visite de cette exposition.
Alors qu’au Louvre on expose une copie mélangée aux montres anciennes (voir notre éditorial), cette manifestation pose une nouvelle fois la question de la responsabilité des conservateurs face aux visiteurs mais aussi face à la mémoire des artistes. Il ne s’agit pas en effet d’un cas isolé. Vincent Noce rappelle dans son article que Beaubourg avait déjà exposé des surmoulages de sculptures en fer de Gonzalez, réalisés par sa famille après sa mort. On pourrait également citer les bronzes exécutés après leur mort d’après les cires de Degas ou les terres cuites de Daumier qu’on voit dans de nombreux musées. Qu’elles atteignent des sommes extravagantes en vente publique n’en font pas pour autant des œuvres authentiques de ces artistes.

Courrier reçu à propos de cet article des commissaires de l’exposition.

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Didier Rykner, jeudi 13 août 2009



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