La collection Motais de Narbonne. Tableaux français et italiens des XVIIe et XVIIIe siècles


Paris, Musée du Louvre du 25 mars 2010 au 21 juin.

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Les collections particulières exposées au Louvre doivent être exemplaires. Non que des grands noms soient indispensables. L’essentiel est que les œuvre soient parmi les meilleures des artistes choisis. Il est préférable également que l’ensemble ait été réuni par des gens de goût, qui collectionnent par amour de l’art et non parce que cela fait bien, ou parce qu’il s’agit d’un bon investissement.


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1. Anonyme romain (vers 1620-1640)
Un docteur d l’Eglise orientale
Huile sur toile - 108 x 80 cm
Paris, Collection Motais de Narbonne
Photo : Musée du Louvre
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2. Sébastien Bourdon (1616-1671)
Saint Charles Borromée secourant les pestiférés
Huile sur toile - 37,5 x 48,8 cm
Paris, Collection Motais de Narbonne
Photo : Musée du Louvre

Les Motais de Narbonne sont de cette race de collectionneurs, qui aiment ce qu’ils achètent, et qui achètent ce qu’ils aiment. Il n’est pas étonnant dès lors que leurs tableaux1 soient d’une qualité remarquable, à une ou deux exceptions près (le Mattia Preti est un peu décevant, et le Le Brun est trop usé). Il n’est d’ailleurs pas indifférent que le plus beau tableau à notre avis de cet ensemble soit anonyme : un Docteur de l’église orientale (ill. 1), autrefois donné (par Longhi tout de même), à Velázquez, mais aujourd’hui attribué sans qu’il soit possible de préciser davantage à un peintre actif à Rome entre 1620 et 1640. A l’heure où beaucoup de musées (et le Louvre hélas sacrifie à cette tendance) ne jurent plus que par les tableaux d’attribution certaine, ce sont des collectionneurs privés, plus courageux, qui n’hésitent pas à acheter de telle œuvres à la recherche d’un pedigree. Un jour ou l’autre le nom juste surgira.


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3. Pierre Subleyras (1699-1749)
L’Annonciation
Huile sur toile - 41,2 x 31,2 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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4. Pierre-Louis Cretey (Avant 1638-après 1696)
La Tentation de saint Antoine
Huile sur toile - 133 x 92 cm
Collection Motais de Narbonne
Photo : Musée du Louvre

Plusieurs tableaux français sont déjà connus pour avoir été présentés dans de récentes rétrospectives2, mais plus nombreux sont ceux redécouverts depuis et parfaitement inédits. Ainsi, le beau Saint Charles Borromée secourant les pestiférés de Sébastien Bourdon (ill. 2) était catalogué comme perdu par Jacques Thuillier dans l’exposition de Montpellier en 2000 ; le Repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Egypte de Nicolas Chaperon, si sa composition était connue par deux autres versions, est réapparu en 2003 ; le Laurent de la Hyre, L’Assomption de la Vierge, également une nouvelle version retrouvée d’une scène déjà connue par deux tableaux de taille semblable ou une ravissante petite esquisse de L’Annonciation de Subleyras (ill. 3), naguère passée aux enchères comme Ecole française du XIXe siècle, suite de Girodet (sic). Quant au superbe Pierre-Louis Cretey, La Tentation de saint Antoine (ill. 4), il sera probablement exposé cet automne à Lyon, dans la très attendue rétrospective consacrée à cet artiste. En plein XVIIe siècle, ce peintre surprenant peint dans un style que l’on a vite fait de confondre avec celui du suivant, et de situer souvent à Venise, voire en Allemagne ou en Autriche. Il n’est pas indifférent d’ailleurs que ce tableau soit passé en vente à Strasbourg comme attribué à Giovanni Battista Pittoni.


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5. Joseph-Marie Vien (1716-1809)
Saint Jérôme en prière
Huile sur toile - 160 x 129 cm
Paris, Collection Motais de Narbonne
Photo : Musée du Louvre
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6. Donato Creti (1671-1749)
La Vierge de l’Apocalypse entre saint
Vincent Ferrier et saint Antoine de Padoue

Huile sur toile - 74,3 x 68 cm
Paris, Collection Motais de Narbonne
Photo : Musée du Louvre

Outre le Subleyras, le XVIIIe siècle français est dominé par deux tableaux : Le Sacrifice d’Iphigénie de Gabriel François Doyen, premier tableau répertorié de cet artiste et surtout le Saint Jérôme en prière (ill. 5) de Joseph-Marie Vien, imposante figure religieuse qui change des mignardises auxquelles l’artiste est souvent réduit.
On pourrait finalement citer ici presque tous les tableaux de la collection. Les italiens sont moins nombreux que les français mais d’aussi grande qualité. On se contentera de noter la limpide Vierge de l’Apocalypse entre saint Vincent Ferrier et saint Antoine de Padoue (ill. 6) de Donato Creti, un artiste décidément apprécié des collectionneurs privés de notre pays puisque la collection Kaufmann-Schlageter en comportait deux, ou le très corrégien Repos pendant la fuite en Egypte de Gregorio De Ferrari.


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7. Domenico Maria Viani (1668-1771)
Le Retour du fils prodigue
Huile sur cuivre - 45,3 x 59 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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8. Claude Déruet (1588-1660)
La Bataille entre les Amazones et les Grecs
Huile sur toile - 89 x 115 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre

Comme il est de coutume lorsqu’une collection particulière y est montrée, des œuvres ont été offertes au musée. Deux tableaux, qui y resteront après l’exposition, et que les conservateurs ont pu choisir parmi tous ceux exposés. Une liberté finalement assez contraignante : quels tableaux retenir pour ne pas amputer l’ensemble de ses plus belles œuvres ? Lesquels garder qui complèteront naturellement les collections du musée ? Le choix s’est finalement porté sur deux artistes jusqu’ici absents du Louvre : Domenico Maria Viani (ill. 7), un bolonais de la fin du XVIIe siècle, et Claude Déruet avec la toile déjà citée (ill. 8), peintre limité mais important pour l’histoire de la peinture française.
Disons un mot du catalogue, pour conclure. Stéphane Loire, le commissaire de l’exposition, qui signe aussi un essai sur le collectionnisme au XXIe siècle, a confié les notices aux différents spécialistes des artistes comme cela est habituel dans ce type d’exposition, et a signé les autres. Une préface de Pierre Rosenberg plaisamment intitulée Le Parement de Narbonne et une interview des collectionneurs complètent cet ouvrage classique mais bien fait, dont on peut seulement regretter la mauvaise qualité de certaines illustrations.

Sous la direction de Stéphane Loire, La collection Motais de Narbonne, tableux français et italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, Musée du Louvre éditions et Somogy, 2010, 136 pages, 25 €. ISBN : 9782757203637

Informations pratiques : Paris, Musée du Louvre, Aile Sully, salles 20 à 23. Tél : 01 30 20 53 17. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à 18 h, nocturnes le mercredi et le vendredi jusqu’à 22 h. Tarif : accès avec le billet d’entrée au musée : 9,50 €, 6 € après 18 h les mercredi et vendredi.

English version


Didier Rykner, vendredi 2 avril 2010


Notes

1Un quart de la collection n’est pas présentée, et l’on peut regretter que les œuvres non exposées n’aient pas été cataloguées.

2La Bataille entre les Amazones et les Grecs par Claude Déruet (ou Deruet), La Madeleine pénitente de Jacques Blanchard, La Vierge à l’Enfant de Lubin Baugin, Le Christ servi par les anges de Jean-Baptiste de Champaigne, l’Apollon de Charles Mellin, La Mort d’Arria d’Antoine Rivalz, Vénus et l’Amour dans la forge de Vulcain de Jacques Stella





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