La collection des peintures italiennes du Musée des Beaux-Arts de Rennes


Auteur : Mylène Allano

Comme le rappelle Francis Ribemont, directeur du musée, « étudier les collections [...] figure parmi les missions premières de la conservation ». Il faut donc se réjouir de ce nouveau catalogue dû à Mylène Allano et issu d’un travail universitaire. Dans chaque notice, l’auteur aborde les principaux points (historique, iconographie, provenance, attribution, place dans l’œuvre de l’artiste, ...) et donne les avis des spécialistes sans que cela étouffe son esprit critique. Bien que réduite en nombre, la collection italienne du musée de Rennes comprend de nombreux tableaux remarquables et quelques chefs-d’œuvre, dont le plus fameux est celui de Véronèse, Persée délivrant Andromède, reproduit sur la couverture.
Parmi les attributions nouvelles, la plus intéressante est celle d’un Pélerin d’Emmaüs (cat. 15) à Antonio Giarola (vers 1595- ?), peintre bolonais peu connu. Identifié par A. Ottani Cavina en 1990 (le catalogue Brejon-Volle1 de 1988 le répertorie encore comme anonyme), il peut être comparé de façon totalement convaincante avec une peinture de même sujet conservée dans le séminaire épiscopal de Vérone. Deux panneaux ont été reconnus par Mina Gregori comme des éléments d’un polyptyque dû au peintre de Crema, Vincenzo Civerchio (vers 1470-1544), et deux tableaux, amusants plus que beaux, représentant des scènes grotesques (cat. 23 et 24), ont été rendus par Mylène Allano au Maître de la Fertilité de l’œuf. Cet artiste anonyme du XVIIIe siècle est l’auteur d’œuvres satyriques dans le style de Faustino Bocchi (1659-1741) auquel étaient attribuées jusqu’ici les toiles rennaises.
Quatre tableaux entrés au Musée sous une attribution à Francesco Canova furent donnés à Loutherbourg en 1975. L’identification initiale, réaffirmée en 2002 dans la Revue du Louvre par O. Lefeuvre, est ici retenue. Notons également que le monogramme d’Andrea Vaccaro est réapparu lors de sa restauration sur une Sainte Barbe attribuée à cet artiste par Brejon-Volle.
Les primitifs sont de qualité même s’ils sont peu nombreux et leurs auteurs de faible renom (outre Civerchio déjà nommé, Mariotto di Nardo, Lippo di Benivieni et le Maître de la Miséricorde). Luca Giordano est représenté par deux tableaux de styles très différents : l’un de sa période ribéresque (Martyre de saint Laurent, cat. 16), l’autre proche de Pierre de Cortone (Présentation au temple, cat. 17). Les deux Guerchin, le Solimena, le Pierre de Cortone et un grand retable de Ludovico Carracci, réalisé avec l’aide de son élève Francesco Camullo, tous tableaux bien connus, font du Seicento le point fort de la collection.
Plusieurs peintures conservent un irritant anonymat malgré leur grande qualité (cat. 44, Allégorie de l’Automne ; cat. 59, Portrait d’un procureur vénitien ; cat. 60, La Vierge à l’enfant adorée par les anges ; cat. 62, Portrait d’enfant ; cat. 65, Sainte Catherine d’Alexandrie ; les deux esquisses du XVIIIe siècle classées sous les numéros 66 et 67). Espérons que cette publication permettra à quelques-unes d’entre elles de retrouver leur auteur.

Seul point négatif du catalogue : les notices sont classées en trois parties (œuvres attribuées, anonymes et copies), principe qu’on avait déjà rencontré pour le catalogue des dessins italiens de Dijon, et qui nous semble peu pratique. Cette règle n’est d’ailleurs pas respectée. Ainsi, un tableau d’un « suiveur de Caravage » et un autre dans le « genre de Salvator Rosa » sont placés au nom de l’artiste, dans la partie consacrée aux œuvres attribuées. En toute logique, il s’agit pourtant de tableaux anonymes. De même, le « d’après (?) Bartolommeo Passarotti » devrait se retrouver avec les copies, le texte étant assez catégorique, malgré le point d’interrogation, sur son caractère non autographe. Il est, enfin, non pertinent d’inclure dans le catalogue, dans la section des anonymes, un faux avéré du XVe (cat. 46) : un tel tableau aurait du être rejeté en annexe.

Il est, en conclusion, difficile de trouver une vraie cohérence à cet ensemble, qui n’a pas bénéficié comme d’autres du goût affirmé d’un collectionneur-donateur et qui s’est enrichi un peu au hasard2. Les acquisitions récentes sont inexistantes si l’on excepte deux tableaux achetés en 1995 et 1996, respectivement un Saint Jean-Baptiste de Paris Bordon3et une rareté, une Madeleine pénitente de Girolamo Scaglia (vers 1620-1686)4, bel achat dont on regrette qu’il ne soit qu’une exception.

Mylène Allano, La collection des peintures italiennes du musée des Beaux-Arts de Rennes, Somogy éditions d’art, 2004, 248 p., 22 €, ISBN : 2-85056-670-5.


Didier Rykner, lundi 14 juin 2004


Notes

1. Arnauld Brejon de Lavergnée et Nathalie Volle, Musées de France, Répertoire des peintures italiennes du XVIIe siècle, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1988.

2. Notons que trois des tableaux les plus importants : la Salomé du Guerchin, la Présentation au Temple de Luca Giordano, La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Martine de Pierre de Cortone sont des dépôts du Louvre datant des années 1955 et 1956.

3. Le dessin préparatoire est conservé au musée.

4. Cet artiste passa toute sa carrière à Lucques ; ses tableaux sont conservés presque uniquement en Toscane.



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