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La collection Cligman à Fontevraud


1/9/17 - Musée - Fontevraud, collection Cligman - C’est donc finalement la région Pays-de-la-Loire qui récupère la donation Cligman. Celle-ci sera installée dans l’abbaye de Fontevraud. Les objets sélectionnés par le Ministère de la Culture (600 sur un total initial de 1800) y seront déposées et une autre partie de la collection sera donnée directement au département. On ne sait rien de cette deuxième donation sinon qu’elle concerne des œuvres qui n’avaient pas été retenues initialement car d’une qualité insuffisante.


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1. Robert Delaunay (1885-1941)
Femme au marché, 1915
Huile sur toile - 81 x 100 cm
Donation Cligman
Photo : Bertrand Michau
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2. Juan Gris (1887-1927)
Les Mots croisés, 1925
Huile sur toile - 38 x 46 cm
Donation Cligman
Photo : Bertrand Michau
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Notre première réaction est que plus rien ne s’oppose à cette opération. Aucun nouveau bâtiment ne sera construit dans l’Abbaye, l’ensemble venant prendre place dans une des ailes du XVIIIe siècle qui sera aménagée grâce à un fonds de dotation abondé par 5 millions d’euros donnés par Léon Cligman.
Les premières informations officielles - enfin ! - sur le contenu de la collection confirment en revanche ce que nous craignions. Il s’agit d’une collection qui comporte certes quelques œuvres intéressantes, mais aucun chef-d’œuvre, en tout cas pas parmi les 23 « œuvres emblématiques » reproduites dans le dossier de presse (sans dimensions ni indications de techniques !). Rien, absolument rien qui aurait pu justifier la dénaturation du Musée des Beaux-Arts de Tours. La partie Beaux-Arts comporte, d’après le communiqué, 102 peintures et 24 sculptures, la peinture de l’entre-deux-guerres étant la plus représentée. On ne trouve aucun des plus grands noms de la peinture du XXe siècle (ni Picasso, ni Matisse, ni Braque...). Parmi les plus connus, les œuvres sont modestes : on voit ainsi un Robert Delaunay (ill. 1), un André Derain ou même un Juan Gris (ill. 2) mineurs. Ne disons rien du Monticelli ou des Soutine, franchement médiocres. Quant au Toulouse-Lautrec (ill. 3), le communiqué de presse le qualifie de « potache ». Potache peut-être, important certes non.


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3. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
L’artiste peignant (autoportrait de dos)
Huile sur toile - 50 x 42,5 cm
Donation Cligman
Photo : Bertrand Michau
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4. Georges Rouault (1871-1958)
Scène biblique
Huile sur panneau - 31 x 25 cm
Donation Cligman
Photo : Bertrand Michau
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On signalera cependant - dans les œuvres dont nous avons pu voir les photos - un très joli Georges Rouault, Scène biblique (ill. 4), un Van Dongen (ill. 5) et un Vlaminck corrects et des tableaux de Gromaire, de La Fresnaye ou de La Patellière (ill. 6), dans la moyenne habituelle de ces artistes, ce qui n’a rien d’enthousiasmant. Il y a également, dans la donation, une « rare scène d’intérieur de Corot » non reproduite, un buste de Balzac par Rodin dont on ne sait s’il s’agit d’une fonte ancienne, et trois sculptures de Degas dont on sait qu’il ne peut s’agir que de fontes posthumes. Parmi les 256 dessins qui ne sont bizarrement pas classés dans les « Beaux-Arts » et pas davantage illustrés, on parle de Degas (il paraît que le dessin est beau), de Seurat (on aimerait voir si la feuille est importante), de 73 feuilles de Georges Kars et 113 par Maurice Marinot, artistes estimables mais qui n’ont pas révolutionné l’histoire de l’art…


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5. Kees van Dongen (1877-1968)
Tête de gitane ou l’Espagnolita
Huile sur toile - 55 x 46 cm
Donation Cligman
Photo : Bertrand Michau
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6. Amédée de la Patellière (1890-1932)
La Conversation dans l’atelier, 1928 (ou 1927 ?)
Huile sur toile - 116 x 142 cm
Donation Cligman
Photo : Bertrand Michau
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Nous ne savons rien des œuvres extra-européennes, sinon qu’il s’agit d’objets africains, précolombiens et d’Oéanie, ainsi que d’Extrême-Orient. Le communiqué de presse lui même est assez peu dithyrambique à leur propos, ce qui laisse penser que là encore la qualité est au mieux moyenne. Bref, si ces œuvres - au moins celles que l’on nous montre déjà - ne sont pas déshonorantes, elles ne justifient sans doute pas la création d’un musée et sûrement pas le battage qui est fait autour de cette donation, tendant à faire croire qu’il s’agit d’une collection majeure. Et n’oublions pas les œuvres de Martine Martine, Mme Cligman, qui sont également incluses dans le lot (voir notre brève du 30/6/16). Si nous n’en connaissons pas le nombre, leur intérêt n’échappera à personne...


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7. Abbaye de Fontevraud
Bâtiment de la Fannerie
Après « restauration »
Photo : Didier Rykner
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8. Autre bâtiment de l’abbaye de Fontevraud
Après « restauration »
Photo : Didier Rykner
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Le bâtiment dit de La Fannerie se trouve à l’entrée de l’Abbaye ill. 7). Hélas, cette aile, comme d’ailleurs une grande partie du monument, a subi depuis plusieurs années des « restaurations » drastiques sous la direction de l’architecte en chef des monuments historiques Gabor Mester de Parajd qui font ressembler désormais une grande partie de ce lieu insigne à une résidence de luxe moderne pastichant l’ancien (ill. 8). Ce n’est pas la collection Cligman qui viendra lui rendre son attractivité.


Didier Rykner, vendredi 1er septembre 2017





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