La Basilique de l’Immaculée-Conception à Sées, un chef-d’œuvre du Second Empire


Si la cathédrale de Sées, avec notamment son très beau buste d’après le Bernin, est l’édifice religieux majeur de cette ville de Normandie, celle-ci recèle une basilique dédiée à l’Immaculée Conception, peu connue des touristes mais beaucoup mieux des pèlerins, et qui mérite réellement une visite.


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1. Victor Ruprich-Robert (1820-1887)
Basilique de l’Immaculée-Conception, Sées
Sur la façade, Laissez venir à moi
les petits enfants
par Leharivel-Durocher
Photo : Didier Rykner
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2. Victor Ruprich-Robert (1820-1887)
Basilique de l’Immaculée-Conception, Sées
Photo : Didier Rykner

Construite entre 1855 et 1859 par l’architecte diocésain Victor Ruprich-Robert, grâce à une souscription nationale, elle est en effet un bel exemple d’une église à la conception unitaire, véritable œuvre d’art totale, où la sculpture est due à un seul artiste Victor-Edmond Leharivel-Durocher, ornais d’origine. Ses œuvres sont présentes partout dans l’église : sur la façade, dont le relief représente Laissez venir à moi les petits enfants (ill. 1), dans le chœur (ill. 2) où une frise en haut relief entoure la statue de la Vierge, sous un relief en tondo représentant la Trinité (ill. 3) ; de part et d’autre du chœur avec les figures de saint Jean-l’Évangéliste (ill. 4) et de saint Joseph ; enfin, sur les parois de la nef unique, avec des figures en bas-relief de divers saints au-dessus du chemin de croix1 (ill. 5 et 6).


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3. Victor-Edmond Leharivel-Durocher (1816-1878)
Décor sculpté du chœur
Sées, basilique de l’Immaculée-Conception
Photo : Didier Rykner
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4. Victor-Edmond Leharivel-Durocher (1816-1878)
Saint Jean-l’Évangéliste
Sées, basilique de l’Immaculée-Conception
Photo : Didier Rykner

Peu connu, Leharivel-Durocher eut pourtant une carrière officielle importante : il travailla au Louvre de Napoléon III avec Louis Visconti (dont il fit le monument au Père Lachaise), et réalisa de nombreuses œuvres pour les églises parisiennes. Ce qui aurait pu passer aisément pour son chef-d’œuvre devint sa croix : le programme se poursuivit en effet par une mise en couleur à laquelle il s’opposa, due à un peintre angevin nommé Chéreau. On raconte qu’il ne voulut plus jamais voir son œuvre qui, selon lui aurait été « maquillée ». Nous n’avons rien trouvé sur Chéreau, mais l’ensemble peint a, il faut le dire, belle allure, et correspond parfaitement à ce que l’on peut attendre d’un décor de cette époque (voir, par exemple, les peintures décoratives des chapelles de l’église de La Madeleine à Montargis).


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5. Victor-Edmond Leharivel-Durocher (1816-1878)
Saint Augustin et Saint Ephraïm
Sées, basilique de l’Immaculée-Conception
Photo : Didier Rykner
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6. Victor-Edmond Leharivel-Durocher (1816-1878)
Saint Jean-Damascus et Saint Maxime de Turin
Sées, basilique de l’Immaculée-Conception
Photo : Didier Rykner

L’ensemble était décoré de vitraux en grisaille dessiné par Ruprich-Robert, qui furent remplacés en 1872 par les beaux vitraux que l’on peut voir aujourd’hui signés de la maison Maréchal et Champigneulle. Charles-François Champigneulle avait repris en 1868 la fabrique de vitraux de Laurent-Charles Maréchal, dit Maréchal de Metz, qui fut désormais connue sous ce nom. Ces vitraux, dans leur conception globale, sont d’un type « archéologique » cherchant à redonner l’impression d’œuvres médiévales, mais chacun des médaillons sont de véritables petits tableaux, séparés par des figures ornementales. À gauche sont représentées des scènes de l’Ancien Testament préfigurant l’Immaculée Conception (ill. 7), et à droite des scènes de la Vie de la Vierge (ill. 8), tandis que sur la façade la composition des trois vitraux est un peu différente avec trois figures en pied entourées d’éléments décoratifs2


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7. Maison Maréchal et Champigneulle
Deux vitraux avec scènes de l’Ancien Testament
Sées, basilique de l’Immaculée-Conception
Photo : Didier Rykner
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8. Maison Maréchal et Champigneulle
Deux vitraux avec scènes du Nouveau Testament
Sées, basilique de l’Immaculée-Conception
Photo : Didier Rykner

L’église n’a été protégée monument historique qu’en février 2006. Encore n’est-elle qu’inscrite, une protection fort insuffisante pour un si bel édifice, si homogène, et si représentatif de l’art religieux du Second Empire. Une des scènes d’un vitrail de l’Ancien Testament est cassée : seulement inscrite, la restauration peut être faite absolument par n’importe qui ! Là encore, comme pour beaucoup de monuments, un classement s’impose.


Didier Rykner, lundi 1er août 2016


Notes

1Toutes les œuvres de l’église viennent d’être mises en ligne dans notre base Stella.

2On voit à gauche saint Pierre, à droite Moïse, et au milieu un saint que nous n’avons pas identifié, peut-être saint Joseph.





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