L’orgue de Saint-Jacques sera-t-il détruit avec l’église ?


10/2/13 - Patrimoine - Abbeville, église Saint-Jacques - Les arguments en faveur de la destruction de l’église Saint-Jacques d’Abbeville restent vains à expliquer l’inaction coupable de la mairie depuis des années qui aurait permis d’éviter ce dénouement tragique. Nous démontrions dans notre article paru le 18 mai 2010 que le sauvetage de ce beau monument aurait coûté, s’il avait été mené sur quatre ans, 50 € par an et par habitant. 25 € s’il l’avait été sur huit ans, et cela sans compter d’éventuelles subventions, bien loin des chiffres avancés par la mairie1.
Le maire, Nicolas Dumont pourra donc prétexter ce qu’il veut, il avait parfaitement la possibilité de restaurer cette église sans mettre en péril les finances municipales ni même augmenter fortement les impôts locaux. Il s’agit d’un choix délibéré dont il ne peut se défausser sur personne.


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1. Orgue de l’église Saint-Jacques d’Abbeville
Photo : D. R.
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2. Nef de l’église Saint-Jacques d’Abbeville
Carte postale ancienne
Les vitraux au fond ont été semble-t-il détruit
pendant une des guerres et remplacés par
d’autres. A gauche, la chaire est toujours en
place dans l’église et sera probablement
détruite. Le Christ en croix semble avoir été
déposé au musée.
Photo : D.R.

Mais la démolition, hélas déjà entamée (elle devrait se poursuivre à partir de demain lundi), risque d’entraîner avec elle celle de l’orgue au buffet néogothique (ill. 1). Il s’agit en effet d’un instrument important, construit par la maison Cavaillé-Coll sous la direction de Charles Mutin, célèbre facteur d’orgue qui avait succédé à Aristide Cavaillé-Coll.
De toute part nous parviennent des appels à l’aide. D’après le Courrier Picard, « le mobilier [dont l’orgue] sera préservé autant que faire se peut », ce qui laisse augurer du pire. On reste confondu devant l’impéritie de cette municipalité qui laisse se dégrader un bâtiment comme celui-ci jusqu’à ce que la seule solution possible soit la démolition, et qui ne prend même pas (depuis plus de quatre ans) la décision de déposer le mobilier précieux qu’il contenait (à l’exception de quelques sculptures aujourd’hui dans les réserves du musée).
Un commentaire d’un article paru dans Le Journal d’Abbeville, dû à un facteur d’orgues de la région de Tours (qui propose son aide pour le démontage), explique ce que chacun peut imaginer : il y a nombre d’églises en France qui seraient heureuses de récupérer un tel instrument qui serait ainsi sauvé de la destruction et retrouver son usage.


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3. Intérieur de l’église Saint-Jacques d’Abbeville
Vue extraite du reportage de France 3 Picardie
19/3/10
On voit l’orgue « protégé » sous une bâche verte
A droite, la chaire, dans les bas-côtés, des vitraux
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4. Vue du chœur de l’église d’Abbeville avant sa
démolition, tiré d’un reportage de TF1
Les vitraux ont déjà disparu
Les lustres vont probablement suivre

La chaire néogothique (ill. 2 et 3) sera-t-elle également condamnée ? C’est, hélas, bien probable, personne ne semblant s’en soucier puisqu’elle n’est pas protégée monument historique. Quant aux sculptures que l’on voit au revers de la façade, sous l’orgue, ou les vitraux (ill. 3) dont une partie a déjà disparu (ill. 4), clairement tout le monde s’en moque. Le gâchis est total.

English Version


Didier Rykner, dimanche 10 février 2013


Notes

1Celle-ci a toujours prétexté que la restauration coûterait 10 millions, un chiffre repris par tous les reportages de TF1, et totalement contredit par le rapport rendu par l’architecte en chef des monuments historiques Vincent Prunelle qui l’estimait à moins de la moitié. De plus, la mairie laissait entendre que cela entraînerait une augmentation de 25% des impôts, comme si le budget devait être trouvé sur une seule année...




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