L’Opéra au tribunal


JPEG - 132 ko
Loges de l’Opéra de Paris après suppression des cloisons
Photo : D. R.

25/11/15 - Patrimoine - Opéra de Paris - Un abonné à l’Opéra et la Société pour la protection du patrimoine et de l’esthétique de la France ont porté devant la justice administrative l’affaire des loges du Palais Garnier dont nous avions parlé ici même (voir l’article). L’audience se tiendra demain 26 novembre, à 11 h 15 (et non 11 h 30 comme indiqué dans un premier temps).

Il s’agit d’une procédure en référé contre la décision de l’Opéra de supprimer les cloisons des premiières et deuxième loges pour les remplacer par des cloisons amovibles. Nous ne reviendrons pas sur les faits, indiscutables et qui ont même été confirmés par la DRAC Île-de-France : les travaux ont commencé alors qu’ils n’avaient pas été autorisés, ce qui les rend de facto illégaux. L’Opéra de Paris est évidemment classé au titre des monuments historiques (les cloisons des loges le sont donc également), ce qui le protège théoriquement contre le vandalisme. Théoriquement, le terme est plus que jamais d’actualité. Car malgré les protestations innombrables et argumentées, malgré l’atteinte portée à l’intégrité de la salle et à la volonté de Charles Garnier, la DRAC, si elle n’avait pas donné formellement son accord, a bien pour intention de laisser les travaux s’effectuer. Et elle a envoyé le 24 novembre 2015, soit deux jours avant l’audience en référé, l’autorisation demandée. Celle-ci est rétroactive et il sera intéressant de voir quels seront les arguments de l’Opéra pour tenter de la faire accepter au tribunal administratif.

Un courrier porté au dossier par l’Opéra a une saveur toute particulière, et démontre à quel point certains fonctionnaires en charge de protéger le patrimoine ont perdu de vue tout sens commun. Dans une lettre datée du 10 juin 2014 en effet, Dominique Cerclet, le conservateur régional des monuments historiques, donne son avis favorable1 à l’étude effectuée par l’architecte en chef des monuments historiques Pascal Prunet. Il apporte certaines recommandations, dont celle-ci : « La proposition de cloison rétractable fera l’objet d’un prototype qui devra faire la preuve de la parfaite fiabilité et réversibilité du dispositif, dans les deux positions prévues, pour une présentation de type concert ou de type patrimonial ».
Comme nous le fait remarquer Julien Lacaze, vice-président de la SPPEF, « Dominique Cerclet vient d’inventer le monument historique à patrimonialité variable, c’est-à-dire un monument historique en "kit", refabriqué (car les cloisons d’origine ont été enlevées) et remontable à volonté (si la manutention suit !) » On doit donc choisir entre spectacle et patrimoine, l’un excluant forcément l’autre. Distinguer les deux fonctions, c’est nier à la fois le génie de Garnier mais aussi les raisons pour lesquelles cette salle a été classée. Avec des protecteurs pareils, le patrimoine n’a plus besoin d’ennemis. Une nouvelle fois on se demande vraiment à quoi sert la législation des monuments historiques. Et un conservateur régional des monuments historiques.


Didier Rykner, mercredi 25 novembre 2015


Notes

1Au nom de la directrice régionale des affaires culturelles. Il ne s’agit pas, redisons-le, d’une autorisation de travaux.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Plusieurs expositions dans des galeries parisiennes

Article suivant dans Brèves : Un tableau de David Wilkie acquis par la National Gallery de Londres