L’oeuvre gravé de Gilles Rousselet, graveur parisien du XVIIe siècle Contenu abonnés


Auteur : Véronique Meyer

Souvent considérée avec un certain mépris par les puristes qui lui préfèrent la gravure d’invention, la gravure d’interprétation est un genre parfaitement respectable au XVIIe siècle. Pourtant, l’histoire de l’art n’a retenu que quelques noms, ceux de Jacques Callot, Claude Mellan, Robert Nanteuil, Israël Silvestre, inventeurs de sublimes paysages, d’allégories glorieuses et de portraits flatteurs. Mais qui se rappelle de ces petits maîtres, Guillaume Chasteau, Jean-Louis Roullet, François Chauveau, Etienne Picard, tous ces illustres inconnus autrefois célèbres, qui ont gravé une foule de vignettes profanes et d’épisodes bibliques pour une clientèle aisée de conseillers d’Etat et de financiers influents ? Gilles Rousselet est sans doute l’un des plus talentueux et des plus prolifiques d’entre eux. Loué par Pierre-Jean Mariette pour son « excellent goût de dessin, si mâle, si précis, si arrêté, qui se fait ressentir dans tout ce qui sort des mains de cet artiste", même s’il lui reproche aussitôt de n’être qu’un graveur répétitif, Rousselet apparaît aux yeux de ses contemporains comme un novateur qui a su, par une douceur toute nouvelle appliquée au burin, rompre avec le passé. « Rousselet est bien connu pour l’homme le plus habile du siècle. Il a fait récemment les plus beaux ouvrages qu’il soit possible de voir jamais, sans compter ses Travaux d’Hercule, où sont déployées toutes les ressources du burin. Il s’est servi de la troisième taille en beaucoup d’endroits ; la souplesse de son burin suit aisément le modelé du dessin dans toutes ses parties, ses travaux sont parfaitement appropriés aux objets, mais sa taille manque de vigueur et de netteté. »1. Dès le milieu du XVIIe siècle, Nanteuil semble lui aussi convaincu que Rousselet accorde une place trop importante au dessin au détriment de la puissance de l’évocation. Est-ce à dire qu’il n’est qu’un artiste de second rang, incapable d’inventer, tout juste bon à copier les chefs-d’œuvre de ses contemporains ? Au-delà de l’opinion des critiques, forcément réductrice, revenons avec Véronique Meyer sur les principales étapes d’une carrière exclusivement parisienne, riche de quelques-unes des plus belles planches gravées des tableaux de Le Brun.

I. Gilles Rousselet (1610 – 1686), un graveur parisien du XVIIe siècle

JPEG - 54 ko
1. Gilles Rousselet (1610-1686),
d’après François Perrier
Flagellation du Christ
Voir l'image dans sa page

Né en 1610, fils d’un libraire parisien, Gilles Rousselet commença peut-être son apprentissage chez Pierre Firens (vers 1580-1638), un des graveurs et éditeurs flamands les plus importants au début du XVIIe siècle. Mais il n’est pas exclu également qu’il ait pu être l’élève d’Alexandre Boudan (vers 1600-1671) chez qui il publia en 1634 sa première estampe datée, une Flagellation du Christ (ill. 1) d’après François Perrier (1590-1650), dédiée à Michel Le Tellier, procureur du roi. Au cours de ces premières années, il s’initie au maniement du burin et découvre le travail à…

Pour avoir accès à ce contenu, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous à l’aide de ce formulaire :





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Publications : Le symbolisme en Belgique

Article suivant dans Publications : Les Hôtels de Soubise et de Rohan-Strasbourg