L’ISF et les œuvres d’art : un serpent de mer (venimeux) Contenu abonnés


Alors qu’une fois de plus, un député, qui plus est rapporteur socialiste du budget, le dénommé Christian Eckert, propose d’inclure les œuvres d’art dans l’assiette de l’ISF, nous remettons à la une l’éditorial que nous écrivions il y a un peu plus d’un an lorsque cette question, pour la nième fois, resurgissait.
Nous n’avons pas grand-chose à rajouter à notre texte, sinon que Christian Eckert, en écrivant sans rire que que les professionnels du marché de l’art « ne seraient pas concernés » et qu’« il ne s’agit pas de taxer la culture », prouve qu’il ne comprend rien au sujet. En précisant par ailleurs que « le rendement budgétaire ne serait d’ailleurs probablement pas considérable », il prouve aussi qu’il agit par pure idéologie en se moquant complètement des conséquences dramatiques que nous décrivons dans notre article.

Le plus grave est que, par les temps qui courent, alors que certains députés de droite avaient apporté il y a un an leur soutien au projet, celui-ci a des risques d’être voté. Et que de toute façon, à force de le ramener sur le devant de la scène, il n’aura bientôt même plus besoin de l’être : les conséquences sont déjà là. Les collections d’art continuent à sortir de France ou vont définitivement rentrer dans l’anonymat. Une mesure impossible à mettre en œuvre (comment évaluer les objets d’art ?) et d’un rendement très faible, prise uniquement par haine de la culture et haine des « riches », complètera ce que ce gouvernement a déjà bien entamé en quelques semaines : la débâcle du marché de l’art et une catastrophe pour nos musées.

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Charles Le Brun (1619-1690)
Hercule terrassant Diomède
Huile sur toile - 60 x 45 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Fait partie du très important legs de
Jacques Petithory au Musée Bonnat
(collection à l’époque non incluse
dans l’assiette de l’ISF)
Photo : RMN
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Un peu comme le débat sur l’inaliénabilité des collections des musées, celui sur l’inclusion des œuvres d’art dans l’assiette de l’impôt sur la fortune revient périodiquement sur le devant de la scène. Cela prouve, une nouvelle fois, l’incompétence absolue de certains de nos dirigeants dans le domaine de l’art et/ou leur désintérêt total pour le patrimoine national.

Que certains lecteurs du Monde récriminent à ce propos (numéro daté du vendredi 4 mars 2011) passe encore, même si l’on s’étonne que ce journal choisisse de les publier sans, au moins, replacer ces courriers dans leur contexte et rappeler les conséquences désastreuses qu’aurait une telle mesure. Mais que des hommes politiques de la trempe supposée d’un Jean-Louis Borloo (dont on parlait encore récemment comme d’un premier ministrable) ressortent une nouvelle fois cette proposition (alors que la question est justement celle d’une éventuelle suppression de cet impôt) est totalement désolant.

Quand bien même - ce qui reste à prouver – certains gros contribuables décideraient d’investir dans des œuvres d’art pour échapper en partie à ce prélèvement obligatoire, il faudrait s’en féliciter. Car le développement des collections privées en France est un élément essentiel pour la croissance du marché de l’art, lui-même directement lié à l’enrichissement du patrimoine national (voir notre éditorial du 1/12/10). Les collectionneurs donnent et lèguent aux musées, ils peuvent faire des dations (parfois d’ailleurs pour payer l’ISF). A terme, une œuvre d’art a beaucoup plus de chances de terminer son parcours dans nos collections publiques lorsqu’elle se trouve dans notre pays qu’après l’avoir quitté.
Mais, surtout, la mise en œuvre…

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