L’indispensable documentation des peintures du Musée du Louvre


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1. Documentation des peintures du Louvre
Documentation des œuvres (niveau bas)
Photo : Didier Rykner

La documentation des peintures du Musée du Louvre est un lieu extraordinaire pour les historiens de l’art. Créée en 1936 (elle fêtera en 2016 son 80e anniversaire), elle traduisait une volonté des conservateurs d’organiser et de conserver leurs travaux et de les transmettre aux générations suivantes. Il s’agit de la première mission de la documentation : réunir tout ce qui est possible sur les œuvres que possède le musée. À l’époque, les conservateurs avaient le temps matériel pour enrichir et classer cette documentation, mais l’évolution de leur métier (multiplication des expositions, tâches administratives…) et la croissance exponentielle des publications rendait cette tâche moins simple à accomplir. C’est ainsi qu’est né le métier de chargé d’études documentaire. Puis, notamment sous la férule de Jacques Foucart à partir des années 1970, la documentation a concerné non seulement les œuvres du Louvre, mais plus généralement celles de tous les artistes relevant du champ chronologique couvert par le musée.

Située dans l’aile de Flore, elle est donc aujourd’hui constituée de deux parties, sur deux niveaux. D’abord la documentation des œuvres (ill. 1) qui réunit au deuxième étage les dossiers de chaque peinture conservée au Louvre, et la documentation générale (ill. 2 et 3), un étage plus haut, qui est elle-même divisée en plusieurs sections : la plus importante, celle des dossiers par artistes, classée par école et par ordre alphabétique ; la documentation sur les collectionneurs et marchands, celle sur les donateurs, les historiens de l’art et les personnalités et, enfin une documentation sur l’histoire du département. À cela s’ajoute une série complète des catalogues de vente, ainsi que des usuels.


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2. Documentation des peintures du Louvre
Documentation générale (niveau haut)
Photo : Didier Rykner
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3. Documentation des peintures du Louvre
Documentation générale (niveau haut)
Photo : Didier Rykner

Lorsque nous avions reçu Sébastien Allard, le directeur du département des peintures du Louvre, dans notre émission de La Semaine de l’Art, il nous avait dit son ambition pour cette documentation et tout l’intérêt qu’il lui portait. Il l’a incontestablement démontré depuis. En novembre 2014, Aude Gobet a été nommée à la tête du service. Jusqu’à présent, les chefs de la documentation étaient des conservateurs du département des peintures qui ne pouvaient lui consacrer qu’une partie de leur temps. Il fallait donc faire des choix, et ces dernières années l’accent avait porté sur la documentation des œuvres du Louvre qui avait besoin d’une remise à niveau et qui est aujourd’hui extrêmement bien tenue. La documentation générale, en revanche, pourtant irremplaçable, avait été un peu délaissée. On considérait d’ailleurs que le développement des ressources électroniques la rendait moins utile, alors qu’internet et le papier ne sont pas antinomiques, bien au contraire. On avait négligé le découpage et les boites n’étaient plus mises à jour systématiquement. Du coup, la fréquentation était en baisse et la documentation ne jouait plus complètement son rôle.

C’est, désormais, du passé. Le lieu a retrouvé un dynamisme qui fait plaisir à voir et qui devrait inciter les chercheurs à revenir en nombre. Les visiteurs, qui entrent par le niveau bas consacré à la documentation des œuvres, ont toujours été bien reçus à la documentation du Louvre, et cela ne se dément pas. Ils sont accueillis par une chargée d’étude documentaire qui peut immédiatement les orienter. La documentation a vocation à accueillir plutôt les chercheurs confirmés que les étudiants débutants (avant la quatrième année) qui doivent d’abord fréquenter les bibliothèques. Mais s’ils en ont besoin, par exemple s’ils doivent faire un exposé sur un sujet pour lequel il existe peu de bibliographie, ils peuvent y accéder en demandant au préalable une autorisation.
Quatre postes avec accès à internet viennent d’être installés, deux en bas, deux en haut, et d’autres seront bientôt ajoutés. On peut y consulter JSTOR, une base de données donnant accès à de très nombreuses revues savantes et, bientôt, aux bases de données de l’intranet du Louvre. Il est cependant dommage qu’aucun wifi ne soit encore disponible et que cela ne soit pas prévu.

Dans la salle du haut, un présentoir propose les catalogues d’expositions récentes auxquelles le Louvre prête des œuvres, et en bas un autre présentoir permet de trouver les catalogues des ventes à venir. La collection des catalogues de vente françaises, qui était mal classée et en partie incomplète est désormais reclassée et facilement accessible, du XVIIIe siècle à 1983, le travail sur les trente dernières années étant en cours. Quant aux catalogues étrangers, ils sont disponibles à la demande mais seront ensuite consultables en accès libre.
Des revues, des catalogues, des ouvrages qui n’avaient pas été dépouillés depuis quelques années le sont pour rattraper le retard. Et au moins deux stagiaires (à partir du master) aident en permanence à découper et à classer les nouveaux documents.

La documentation s’enrichit par ailleurs, même si elle n’envisage plus d’achat. Elle avait acquise en son temps la documentation Baderou et certains historiens de l’art sont très généreux, notamment les anciens directeurs du Louvre. C’est ainsi que Michel Laclotte a récemment fait don au Louvre de sa documentation, qui n’est pas encore arrivée mais qui sera incluse dans les boites, et de sa bibliothèque. 6000 ouvrages rejoindront pour la plupart d’entre eux la bibliothèque de la conservation des peintures (gérée par Cécile Scaillierez, Aude Gobet et les deux responsables de la documentation des Arts Graphiques). Une partie des doubles iront au Musée des Beaux-Arts de Rennes, tandis que les autres doubles, les petits fascicules ou les revues intégreront après classement les boites artistes.
Quant à Pierre Rosenberg, il a promis sa documentation sur la France et l’Italie des XVIIe et XVIIIe siècles.
La documentation est intéressée par des dons, mais la place est comptée. Il faut que cela concerne des domaines encore mal couverts, ou des ensembles dédiés à un artiste.

Une des tâches que mène également Aude Gobet est de rationaliser l’espace. S’il y avait jusqu’à présent beaucoup de place, l’arrivée à prévoir des documentations Laclotte et Rosenberg oblige à mener un travail de reclassement systématique. Celui-ci a commencé sur les boites « artistes ». Certains historiens de l’art viennent aider ponctuellement les documentalistes à réaliser cette tâche chronophage. Ainsi, par exemple, Marie-Anne Dupuy-Vacher, spécialiste de Fragonard, a reclassé entièrement les boites consacrées à cet artiste. Le classement des peintres du XIXe siècle est actuellement en cours en commençant par le début.
Se pose ainsi la question des multiples, certains documents ou photos se retrouvant parfois à de très nombreux exemplaires dans une même boite. Par principe (excellent) Aude Gobet ne veut rien jeter. Elle cherche à donner des exemplaires en double, à d’autres institutions. Par exemple une série complète de la Gazette de l’Hôtel Drouot (également disponible) a été donnée au Musée Soulages de Rodez.
La responsable de la documentation en profite pour lancer un appel : elle aimerait beaucoup pouvoir récupérer systématiquement les catalogues des galeries et les livres qui ne sont pas diffusés en librairie. Elle aimerait également que les historiens de l’art prennent l’habitude de lui envoyer leurs tirés à part, fut-ce sous la forme d’un PDF informatique qu’il ne lui resterait plus qu’à imprimer et à classer.

D’autres actions sont envisagées, comme l’organisation de séminaires en lien avec le programme du Louvre. Si la documentation n’est en principe ouverte que l’après-midi, le début de la journée étant réservée aux conservateurs du musée, les chercheurs provinciaux ou étrangers qui ne sont présents à Paris que pour quelques jours peuvent aussi venir le matin, à condition de se faire connaître avant. Les simples amateurs, qui ne peuvent pas justifier d’une activité professionnelle dans le monde de l’art (journalistes, enseignants, chargés d’études, guides conférenciers, marchands, etc.), sont les bienvenus à condition qu’ils en fassent la demande1. La collaboration avec d’autres documentations, notamment celle d’Orsay qui est directement complémentaire, doit également se développer. Une page internet devrait être créée sur le site du Louvre et un document de communication, qui sera traduit en anglais, est prévu pour faire connaître à l’étranger les ressources exceptionnelles proposées par la documentation du Louvre. Bref, les projets sont nombreux et le travail ne manque pas.

Précisions pour conclure que la documentation des peintures est ouverte tous les jours de la semaine de 14 h à 18 h, même pendant les vacances (le 24 et le 31 décembre, elles fermeront simplement à 16 h 30), et qu’on y entre par une porte situé en face de l’entrée Flore du Musée du Louvre.


Didier Rykner, jeudi 17 décembre 2015


Notes

1À adresser à Aude Gobet par simple mail.





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