L’hôpital Richaud sauvé par Versailles


16/4/15 - Restauration - Versailles, ancien hôpital Richaud - Incontestablement, il faut féliciter la ville de Versailles, et son maire François de Mazières, d’avoir sauvé l’hôpital Richaud.
Nous avions longuement parlé sur La Tribune de l’Art (voir les articles) du long martyre que l’État français, et notamment plusieurs ministres de la Justice, ont fait subir à ce monument insigne, magnifique, construit au cœur de Versailles. Nous ne rappellerons pas ici son abandon, sa dégradation rapide et les différents incendies qu’il a subis, qui sont une nouvelle preuve de l’impéritie de nos gouvernements successifs dès qu’il s’agit du patrimoine.


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1. Charles-François d’Arnaudin (1741-1805)
Ancien Hôpital Richaud, Versailles
Façade donnant sur le Boulevard de la Reine
Après restauration
Photo : Didier Rykner
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2. Charles-François d’Arnaudin (1741-1805)
Ancien Hôpital Richaud, Versailles
Chapelle
Après restauration
Photo : Service de presse

L’opération menée par Versailles est remarquable parce qu’elle a permis de sauver cet hôpital désaffecté, tout en laissant sa chapelle accessible au public et en ouvrant largement les bâtiments sur la ville. Les passants pourront en effet le traverser de part en part, en ayant accès à son espace central transformé en jardin. Il s’agit donc de l’inverse de la solution honteuse choisie par la Ville de Paris pour l’hôpital Laënnec.
Un oratoire du XIXe siècle, dit « oratoire des sœurs » (ill. 3), situé au sud de l’aile ouest, a été restauré et abritera les locaux d’une société d’histoire locale. Quant aux beaux escaliers, ils seront visibles par le public qui pourra également monter dans la galerie de la chapelle d’où les malades pouvaient assister aux offices.
Des appartements ont été aménagés dans les ailes, ainsi qu’une crèche, tandis que de nouveaux bâtiments ont été construits sur les deux côtés par Jean-Michel Wilmotte. Le résultat est mitigé : il est étrange qu’en France, où l’on ne cesse de vanter la qualité de nos architectes, on en trouve aussi peu qui puissent construire modestement sans que cela soit moche. C’est soit le geste architectural, soit rien. Pour être juste, les bâtiments construits à l’ouest, avenue du Maréchal Foch, sont honorables, mais ceux édifiés sur le côté est sont médiocres. Ils se fondent néanmoins dans le paysage et ne nuisent pas trop à ceux de l’ancien hôpital.


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3. Charles-François d’Arnaudin (1741-1805)
Ancien hôpital Richaud, Versailles
Coupole de la chapelle
Photo : Didier Rykner
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4. Oratoire des sœurs
Ancien hôpital Richaud, Versailles
Photo : Didier Rykner

Il est dommage que cette opération réussie soit un peu ternie par l’architecte en chef des monuments historiques, Frédéric Didier, qui une nouvelle fois n’a pas été suffisamment encadré par la maîtrise d’ouvrage. Il n’y avait pourtant pas beaucoup d’interprétation possible dans un monument aussi sobre que beau.


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5. Sol de la chapelle avant abandon par l’État
Photo : Régine Cabannes
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6. Sol en marbre de la chapelle après restauration
(au delà de ce qui existait)
Photo : Régine Cabannes

Il a tout de même trouvé le moyen de reconstituer entièrement le pavage en marbre de la chapelle (ill. 5 et 6) qui, naguère, n’était que partiel (il paraît pourtant que l’argent manque !), et il a enlevé des vitraux qui se trouvaient dans la chapelle du lycée Hoche, récemment restaurée, pour les réinstaller dans celle de l’hôpital1 (ill. 7) ! Quant au sous-sol, belle espace voûté de pierre, il a été entièrement repeint en blanc (ill. 8). Sur ce dernier point, peut-être l’architecte n’est-il pas responsable. Selon François de Mazières, cet endroit était tellement tagué qu’il n’était plus possible de nettoyer la pierre. Soit. Mais pourquoi alors n’avoir pas préféré recouvrir les murs d’un enduit rappelant la pierre, plutôt que ce blanc qui dénature les lieux ?


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7. Vitraux de la chapelle du lycée Hoche
enlevée de leur emplacement pour être
installés dans la chapelle de l’hôpital Richaud
Photo : Didier Rykner
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8. Crypte en pierre entièrement peinte en blanc
Photo : Didier Rykner

On ne dira rien, non plus, de l’affreux bassin qui « orne » le jardin intérieur (ill. 9). Ce sont les paysagistes François Neveux et Bernard Rouyer qui l’ont dessiné (ils se sont peut-être inspirés de celui qui enlaidit la Cour Carrée du Louvre) et manifestement aucun maître d’ouvrage ni aucun architecte des bâtiments de France n’a eu l’idée de les en empêcher.


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9. Cour de l’hôpital aujourd’hui transformée en jardin
par les paysagistes Neveux et Rouyer
Le bassin est également leur œuvre...
Photo : Didier Rykner
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10. Arrière de l’ancien hôpital Richaud vu
de la terrasse d’un des appartements
Photo : Didier Rykner

Mais, répétons-le, toutes ces critiques restent mineures face à l’ampleur du chantier et à la réussite de celui-ci2. L’œuvre de l’architecte Charles-François d’Arnaudin est désormais préservée, et visitable. L’hôpital royal, condamné par la République, a été sauvé par Versailles.

Signalons un ouvrage bien documenté sur l’hôpital Richaud écrit par l’ancienne organiste de la chapelle, Régine Cabannes, Richaud et ses secrets. Une photo(ill. 5) de cet article en est tiré.


Didier Rykner, jeudi 16 avril 2015


Notes

1On remarquera également que le nombre de lucarnes a doublé.

2On fera silence aussi sur l’exposition dans la chapelle de photos à la gloire de la ville montrant toutes les réalisations passées, et celles à venir, dont l’urbanisation de la zone Pion. On ne comprend toujours pas que François de Mazières, qui a montré ici un véritable intérêt pour le patrimoine, puisse persister dans ses projets immobiliers sur le parc du château…





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