
1. Ecole Sévillane
L’Immaculée Conception, vers 1620
Huile sur toile - 142 x 98,5 cm
Séville, Fondation Focus Abengoa
Photo : Fondation Focus Abengoa
24/2/09 – Acquisition – Séville, Fondation Focus Abengoa – La Fondation Focus Abengoa vient d’acquérir le tableau de l’Immaculée Conception (ill. 1) apparu sur le marché de l’art français en 1990 (Ader Picard Tajan, 22 juin 1990) attribué alors à « l’entourage de Diego Velázquez ». Convaincu qu’il avait été peint par le jeune Velázquez lui-même, le marchand Charles Bailly l’emportait alors pour 18 millions de francs. Il semble que L’Immaculée ait été conservée en France depuis les années 1870.
Remarquablement restauré à Londres par Zahira Veliz, le tableau a fait depuis l’objet d’une dispute d’attribution entre deux grands spécialistes de l’artiste qui culmina lors de sa mise en vente, à Sotheby’s Londres, le 6 juillet 1994 : Alfonso Pérez Sánchez reconnut dès le départ le très grand intérêt de la toile dans le panorama de la création sévillanne des années 1620 et l’attribua rapidement au jeune Alonso Cano (1601-1667), condisciple de Velázquez dans l’atelier de Pacheco. Jonathan Brown, en 1994 au moins, soutenait dans la presse le nom de Velázquez. N’ayant pas atteint le prix de réserve, le tableau fut retiré de la vente et n’avait pas réapparu depuis.

2. Alonso Cano (1601-1667)
L’Immaculée Conception, 1655-1656
Bois polychrome - H. 55 cm
Grenade, cathédrale
Photo : D.R

3. Diego Vélazquez (1599-1660)
Imposition de la Chasuble à Saint Ildephonse, vers 1623-1624
Huile sur toile - 165 x 115 cm
Séville, Museo provincial de Bellas Artes
Photo : D.R
L’Immaculée est accrochée depuis le 12 février dans la salle d’exposition du Centro de Investigación Diego Velázquez, à l’hôpital des Vénérables de Séville, siège de la fondation. Créé en 2007, à l’occasion de l’acquisition de la charmante Santa Rufina, (dont l’attribution à Velázquez semble indéniable ; voir brève du 6/7/07) ce centre regroupe quelques œuvres du XVIIe siècle sévillan, acquises par la fondation ou prêtées par plusieurs institutions. C’est un emplacement parfait pour cette toile de très grande qualité qui rassemble les meilleures caractéristiques de la création artistique sévillanne des années 1620 et traite du thème le plus nouveau dans la dévotion espagnole de l’époque. Le cartel l’attribuant à « Velázquez-Cano » résume la complexité des rapports possibles entre les deux peintres, formés dans le même atelier, face aux mêmes modèles. Une Immaculée de Martínez Montánés (1568-1649), datée vers 1623-24, rappelle à quel point le grand sculpteur fut pour les deux artistes mais pour Cano surtout (ill. 2), une source d’inspiration. A droite de l’Immaculée, l’Imposition de la Chasuble à Saint Ildephonse (ill. 3), peinte par Velázquez en 1623/24, souligne de manière aigue les traits communs, dans les coloris et les pigments, certains traits du visage, les coups de pinceau à l’arrière-plan, entre les deux œuvres. Mais le modelé très sculpté du corps, ses proportions, son aspect « fuselé », le traitement plus fort de la lumière sur le visage, le système des plis, font penser à Cano dont hélas aucune œuvre de l’époque n’est exposée dans la salle. Très peu d’œuvres de la jeunesse de cet artiste survivent.
Conseiller scientifique de la Fondation, Benito Navarrete Prieto souligne combien le débat d’attribution reste ouverte et comment ce type de débat est une des raisons de la création du Centre de recherches qui prévoit un colloque autour du tableau en 2010. La directrice du Centre, Anabel Morillo León, a précisé que le prix payé est inférieur à celui de 12 millions d’euros avancé par la presse. Grâce à la Fondation Focus-Abengoa, ce tableau a trouvé sa place idéale, dans le cadre admirablement restauré de l’Hospital de los Venerables.
