L’édition 2015 de Paris Tableau


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1. Marco Pino (1521-1583)
L’Archange saint Michel
Huile sur panneau - 84,5 x 122 cm
Galerie Porcini
Photo : Galerie Porcini

12/11/15 - Marché de l’art - Paris - Le cinquième Salon Paris-Tableau a ouvert ses portes mercredi après une inauguration particulièrement fréquentée et qui a donné lieu à un épisode amusant de souscription improvisée que nous avons racontée ici (voir la brève du 10/11/15).
Cette édition, la cinquième, est une nouvelle fois très réussie malgré l’absence de trois poids lourds du marché parisien, Éric Coatalem, Bob Haboldt et Giovanni Sarti. D’autres galeries, notamment italiennes, les remplacent, certaines avec de très belles œuvres. Ces trois marchands devraient regagner le giron du salon l’année prochaine, mais celui-ci va changer de formule en intégrant la « biennale », désormais mal nommée puisqu’elle devient annuelle. L’appellation Paris Tableau demeurera cependant. Si l’objectif est bien de dynamiser encore davantage le marché parisien en recréant un vrai salon où tous les beaux-arts sont représentés, on regrettera tout de même ce rendez-vous de novembre entièrement dédié à la peinture ancienne. Espérons que d’autres expositions auront lieu à cette période car la « biennale » se déroulant très tôt début septembre, le marché parisien risque d’être moins animé entre cette date et celle du Salon du Dessin.

Revenons donc à ce salon avec un tableau maniériste italien, L’Archange saint Michel (ill. 1) dont la qualité a retenu notre attention, d’autant qu’il est dû à Marco Pino dont nous avons pu récemment apprécier de nombreuses œuvres à Naples lors du voyage organisé par La Tribune de l’Art. Cet artiste d’origine siennoise, élève de Domenico Beccafumi, a beaucoup regardé Michel-Ange, ce dernier appréciant d’ailleurs sa peinture. On ne trouve aucun tableau de sa main au Louvre.
Sur le stand de Michel Descours, outre le petit Claudius Jacquand, on remarquait de nombreux tableaux importants dont un extraordinaire Navez (ill. 2), acquis par un collectionneur parisien ami des musées (on peut donc penser qu’il ira un jour dans l’un d’eux !) et un superbe tableau caravagesque d’Adam de Coster dans un état de conservation absolument miraculeux.


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2. François-Joseph Navez (1787-1869)
L’Obole de la veuve, 1840
Huile sur toile - 167 x 233 cm
Vendu à une collection particulière parisienne
Photo : Michel Descours
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3. Philippe de Champaigne (1602-1674)
Aurore tentant de retenir Céphale, vers 1627-1630
Huile sur panneau - 78 x 147 cm
Galerie Jacques Leegenhoek
Photo : Galerie Jacques Leegenhoek

Restons dans le XVIIe siècle pour signaler la présence, chez Jacques Leegenhoek1, d’un très bel inédit de Philippe de Champaigne (ill. 3), sans doute un élément de décor (la vue est da sotto in su), d’une date très précoce, peut-être contemporain du chantier du Palais du Luxembourg, et chez Claude Vittet un petit cuivre d’une rareté insigne puisqu’il s’agit d’un portrait d’homme par Ottavio Leoni (ill. 4) dont on ne connaît habituellement que des dessins. Dans un petit format également, mais sur ardoise, un Bon Larron de Michelangelo Cerquozzi était également très remarqué chez Porcini.


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4. Ottavio Leoni (1578-1630)
Portrait du marquis Pietro Paolo Melchiorri, 1607
Huile sur cuivre - 15,8 x 20,1 cm
Galerie Claude Vittet
Photo : Claude Vittet
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5. Francesco Solimena (1657-1747)
Le roi David rencontre le Christ dans les limbes
Huile sur toile - 127 x 101 cm
Vendu à une collection particulière parisienne
Photo : Galerie Giacometti

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6. Luca Giordano (1634-1705)
La Cène
Huile sur toile - 128 x 207,5 cm
Galerie Charles Beddington
Photo : Charles Beddington

La galerie Giacometti présente, parmi beaucoup d’autres, deux chefs-d’œuvre de la peinture italienne, l’un du XVIIe siècle, un tableau du génois Valerio Castello, l’autre du XVIIIe siècle, encore un napolitain, le grand Francesco Solimena (ill. 5). Et cette toile va rester en France puisqu’elle a été acquise par une grande collection parisienne. Parmi les œuvres italiennes, on signalera également une Cène de Luca Giordano, présentée par Charles Beddington (ill. 6). On pourra aussi citer la galerie Canesso, spécialisée dans la peinture italienne, mais nous aurons bientôt l’occasion de revenir sur celle-ci à l’occasion de l’exposition Alessandro Magnasco qu’elle s’apprête à présenter dans sa galerie qui va bientôt rouvrir après l’incendie de l’année dernière (voir la brève du 8/12/14).
Le salon présente également de nombreux tableaux français du XVIIIe siècle. Parmi les plus jolis, notons un Subleyras chez la galerie Terradès (ill. 7), et des huiles sur papier de Bachelier chez Aaron. Dans cette même galerie, on remarque un grand tableau néo-classique du méconnu Hilaire Ledru (ill. 8). Il y a à la fois du Greuze et du Vincent dans cette toile présentée au Salon de 1804 sous le titre édifiant Indigence et Honneur. Signalons que cette œuvre a fait l’objet d’un article de Philippe Bordes, publié sous la forme d’un petit livret.


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7. Pierre Subleyras (1699-1749)
Saint Joseph et l’enfant Jésus, 1741
Huile sur papier marouflé sur toile - 31 x 23 cm
Galerie Terradès
Photo : Galerie Terradès
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8. Hilaire Ledru (1769-1840)
Indigence et Honneur
Huile sur toile
Vente Artcurial du 13/11/15
Photo : Artcurial

Enfin, un très beau tableau romantique exposé au Salon de 1836, Henri IV rapporté au Louvre après son assassinat (ill. 9), par Joseph-Nicolas Robert-Fleury, est présenté par Talabardon & Gautier.
Nous terminerons cette recension de Paris Tableau par l’acquisition, encore chez Michel Descours, par la Fondation Custodia, d’un ravissant petit paysage marin des environs de Marseille du danois Nils Carl Michaelies Flindt Dahl (ill. 10), collaborateur d’Eckersberg, qu’il ne faut pas confondre avec le norvégien Johan Christian Dahl. Cette œuvre va venir rejoindre l’extraordinaire ensemble de paysages du XIXe siècle que Ger Luijten, directeur de la Fondation, constitue depuis son arrivée. Nous avons pour projet de publier toutes ces acquisitions mais leur nombre est presque dissuasif !


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9. Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1797-1890)
Henri IV rapporté au Louvre, 1836
Huile sur toile - 168 x 122,5 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier
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10. Nils Carl Michaelies Flindt Dahl (1812-1865)
Vue des environs de Marseille (L’Estaque ?)
Huile sur papier marouflé sur toile - 25,4 x 37,9 cm
Acquis par la Fondation Custodia
Photo : Galerie Michel Descours

Parallèlement à Paris Tableau, trois ventes de tableaux anciens se déroulaient. Nous avons déjà parlé de celle de Drouot (voir la brève du 10/11/15), nous n’avons pas eu le temps hélas de signaler celle de Christie’s qui avait lieu cette après-midi – mais nous dirons seulement qu’un musée a failli y préempter une œuvre… qui n’a pas été vendue, ce qui rendait la préemption impossible malgré la tentative de la personne en charge de la faire et qui ne devait pas connaître cette subtilité. Il est probable que cette jolie Sainte Cécile du peu connu Wouter-Pietersz Crabeth le jeune (ill. 11) pourra être achetée après la vente (nous ne savons pas encore de quel musée il s’agit).


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11. Wouter Pietersz Crabeth le jeune (1594-1644)
Sainte Cécile jouant du violon
Huile sur toile - 65,5 x 58,2 cm
Probablement acquis par un musée français à la
vente Christie’s du 12/11/15 (plus d’informations bientôt)
Photo : Christie’s
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12. Nicolas-André Monsiau (1754-1837)
Le sacre de Marie de Médicis
Huile sur toile - 45,5 x 29,5 cm
Vente Artcurial du 13/11/15
Photo : Artcurial

Signalons enfin la vacation qui aura lieu ce vendredi chez Artcurial, avec une nouvelle fois un catalogue très documenté, et où nous retiendrons notamment un beau Vien (Sarah présentant Agar à Abraham), plusieurs « anonymes en quête d’attribution » comme cet Énée abandonné par Vénus sur les rivages de Libye ou une impressionnante Tête d’homme barbu tenant un poignard néoclassique ou encore une esquisse de Nicolas-André Monsiau représentant le sacre de Marie de Médicis, modello d’un grand tableau peint pour Saint-Denis2 (ill. 12).

Paris-Tableau, Palais de la Bourse, place de la Bourse, 75002 Paris. Du 11 au 15 novembre de 12 h à à 20 h.
Site Internet.

Comme chaque année - et ce sera également le cas l’année prochaine - un colloque scientifique a été organisé, accompagné immédiatement de la publication des actes : Aux origines d’un goût la peinture baroque aux États Unis, sous la direction d’Anna Ottani Cavina et de Keith Christiansen (Paris Tableau, 2015, 100 p., 15 €. ISBN : 9782954327938.)


Didier Rykner, jeudi 12 novembre 2015


P.-S.

Contrairement à ce qui avait été décidé hier, Paris Tableau restera fermé aujourd’hui 15 novembre.


Notes

1Le tableau est présenté avec la galerie Coatalem.

2Note du 16/11/15 : Contrairement à ce que nous avons écrit par erreur, ce tableau n’est pas conservé au Louvre mais dans la basilique de Saint-Denis.





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