L’art du fer forgé en pays bordelais de Louis XIV à la Révolution


Auteur : Marie-France Lacoue-Labarthe

local/cache-vignettes/L153xH211/Couverture_Fer_forge-f58ed.jpgChacun connaît et déplore les importantes lacunes de l’histoire de l’architecture française à l’âge classique : celle-ci manque cruellement de monographies d’architectes, d’études complètes de bâtiments célèbres ou méconnus, et d’enquêtes typologiques plus vastes que ce qui existe à ce jour. Le second œuvre est, sous cet aspect, un autre de ces territoires non pas vierges, mais dont l’exploration doit être poussée sans relâche. Le fer forgé appartient à cette dernière catégorie, et il convient de saluer la réédition savante de la thèse de M.-Fr. Lacoue-Labarthe, président de la prestigieuse Société archéologique de Bordeaux, consacrée à l’art des ferronniers – on disait alors serruriers – de Bordeaux et de sa région. Avec Paris et Nancy, la capitale de la Gironde est, on le sait, l’une des plus belles fleurs de l’art du fer forgé au XVIII e siècle.

Richement illustré, mais d’une mise en page un peu brouillonne, l’ouvrage offre une série d’introductions sur les aspects économiques, sociaux, puis stylistiques de l’art du fer forgé ; puis, l’auteur présente en trois grandes parties chronologiques (1670-1730 ; 1730-1765 ; dernier tiers du XVIIIe) une série de réalisations à Bordeaux et dans sa région, prenant en compte l’architecture civile et les bâtiments religieux, la ville comme la campagne. Les champs chronologique et topographique retenus sont pleinement satisfaisants et permettent de prendre la mesure de l’importance du fer, qu’on ne saurait réduire à quelques jolis balcons du vieux Bordeaux. Décoratif ou défensif, le fer forgé accompagne la majeure partie des édifices publics et privés de l’époque : portes et portails, balcons et garde-corps, rampes d’escaliers, grilles de chapelles… On regrettera cependant que l’auteur n’ait pas préféré un véritable catalogue raisonné, solidement mis en place, à un découpage qui mêle notices d’œuvres et considérations plus générales (ainsi de l’intervention des Gabriel), rendant le livre mal commode à manier, ce que trahit la table des matières, d’une densité étouffante. Certains développements plus thématiques auraient également gagné à être regroupés (ainsi des petits chapitres sur les serruriers).
On sait qu’il n’existe pas l’équivalent d’une telle étude pour Paris, et que depuis les travaux du regretté Albert France-Lanord à Nancy, il y a trente ans, la capitale lorraine attend de semblables publications. Il convient donc de rendre justice à un travail solide, très documenté et qui offre aux chercheurs, aux curieux et aux amateurs une riche illustration.
Terminons en souhaitant - vœu pieux mais vœu quand même ! - que nos modernes princes ne méconnaissent pas l’intelligence du décor de fer dans l’architecture classique : les grilles, sortes de clôtures transparentes, ne sont pas destinées à recevoir des affiches, des calicots ou des photographies de mode. Le Sénat, au jardin du Luxembourg, constitue sous ce rapport le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

Marie-France Lacoue-Labarthe, L’art du fer forgé en pays bordelais de Louis XIV à la Révolution, Bordeaux, Société archéologique de Bordeaux, collection Mémoires, n° 3, 2003 (2e édition, revue et corrigée ; première édition 1993). In-quarto, 367 pages, 624 illustrations noir et blanc. ISBN : 2-908175-07-X


Alexandre Gady, mardi 25 octobre 2005



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