L’architecte en chef de Fontainebleau a été remercié


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1. Château de Fontainebleau
Quartier Henri IV, aile nord,
Portail de la Cour des Offices, 1609
Etat actuel entièrement peint en jaune
Photo : D. R.
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Nous dénoncions ici-même, il y a un an, le scandale en cours au château de Fontainebleau, où l’Architecte en Chef des Monuments Historiques (ACMH) Jacques Moulin « restaurait » à sa manière le Quartier Henri IV, notamment en recouvrant entièrement les façades de grès de peinture jaune (ill. 1). Non seulement cette teinte n’était pas d’origine (le grès n’était pas peint) mais, comme nous le démontrions, aucune décision n’avait jamais validé ce choix.

Cet architecte vient d’être démis de ses fonctions au château de Fontainebleau. Nous ne nous en désolerons pas car cette restauration n’était pas son premier fait d’arme. Nous ne prendrons ici qu’un seul autre exemple, que nous avions pu visiter lors de sa réouverture au public : le château de Blandy-les-Tours (Seine-et-Marne).
Ce bâtiment des XIIIe et XIVe siècles avait été démantelé au début du XVIIIe, soit il y a près de 300 ans. Il subsistait largement, à l’état de ruines romantiques, jusqu’à ces dernières années (ill. 2). Le Conseil général de Seine-et-Marne, propriétaire de ce château classé Monument Historique décida de le restaurer, ce que fit Jacques Moulin avec le zèle que l’on devine. On peut, sur ces photos, constater le résultat. Le Conseil général affirme qu’il s’agit du plus beau château du XIVe siècle en Ile-de-France. C’est, en tout cas, le plus neuf.


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2. Château de Blandy-les-Tours
Etat antérieur à la « restauration »
Photo : D. R.
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Le château de Blandy-les-Tours a fait l’objet d’une véritable reconstruction. Il fallait, évidemment le restaurer, le consolider, le débarrasser de cette végétation grimpante qui le menaçait, mais cela n’était pas assez spectaculaire, pas assez cher, et pas assez réutilisable.
On l’a donc transformé en un château imaginaire, ni les couronnements des tours, ni les élévations construites en son sein n’étant documentées (ill. 3). Si le résultat est plaisant à l’œil et amuse les enfants (au moins pour l’extérieur), l’édifice n’a plus grand chose d’authentique. On nous rétorquera une fois de plus l’exemple de Viollet-le-Duc. Mais, celui-ci a marqué une époque où la conception de la restauration était bien différente de celle qui prévaut aujourd’hui. Viollet-le-Duc fait partie de l’histoire et doit être respecté pour cela, et surtout pour son génie.


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On se réjouit donc pour le château de Fontainebleau et on ne peut que féliciter ici son directeur, Bernard Notari, que nous avions pourtant épinglé lors de sa nomination. C’est en effet à son initiative, en vertu de la loi récente qui prévoit que les propriétaires de Monuments Historiques classés, publics comme privés, pourront faire appel à l’architecte en chef de leur choix1 , que Jacques Moulin ne sera plus celui du château. Bernard Notari, que nous avons joint par téléphone, nous a indiqué : « rechercher un architecte en chef des Monuments Historiques qui pratique le dialogue entre la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre ». Il n’a pas souhaité commenter davantage le départ de Jacques Moulin. Le ministère de la Culture n’a pas voulu réagir.

Espérons que cela incitera à la prudence tous ceux qui confondent bâtir et restaurer. Il faut traiter un Monument Historique avec modestie. Certaines pratiques doivent cesser. Evidemment, les responsabilités sont souvent partagées et ne sont pas uniquement le fait des architectes. Les maîtres d’ouvrage jouent eux aussi un rôle fondamental, à condition qu’ils aient les compétences pour le faire et que les maîtres d’œuvre dialoguent avec eux. L’administration des Monuments Historiques et les ACMH doivent, en définitive, rester les garants des bonnes pratiques, pas les promoteurs des mauvaises.

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Didier Rykner, vendredi 26 décembre 2008


Notes

1A l’exception pour l’instant des établissements publics affectataires de monuments appartenant à l’Etat, comme le regrettait Jean-Jacques Aillagon, président du domaine de Versailles, dans son interview. Notons que pour le Quartier Henri IV, la maîtrise d’ouvrage n’était pas le château, mais la DRAC Ile-de-France, l’EMOC (Etablissement public de Maîtrise d’Ouvrage des travaux Culturels) étant maîtrise d’ouvrage déléguée.





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