L’antenne du Louvre à Lens, arguments contre, et arguments pour


Contre

Les arguments des opposants à cette opération sont souvent proches de ceux exposés sur le site, mais ils apportent souvent des idées ou des éclairages complémentaires.

Un étudiant en histoire de l’art en Angleterre écrit ainsi :

« Pourquoi fait-on une antenne de musée ? Là est la question ! Pour satisfaire le discours d’une politique générale (On peut s’interroger sur l’autonomie prétendue d’un musée dont la création d’une antenne est annoncée par le Premier ministre...) ? Pour créer de nouvelles dépenses supplémentaires auprès de collectivités territoriales aux ressources limitées (c’est-à-dire ce que versent les contribuables) ? Pourquoi faire une antenne en région lorsque des œuvres sont déjà en prêt à long terme dans les musées de province depuis des décennies. Les antennes se justifient par exemple au Royaume-Uni parce que le système de prêt développé en France n’existe pas. J’ai vraiment la sensation qu’en France, on ne se pose pas de questions, ou alors on ne pose pas les bonnes questions concernant les musées. Tout une concertation est à mener pour donner du sens à tout cela, sur le long terme, avoir une vision cohérente de ce que l’on veut. Que la démocratie participative soit plus qu’un groupe nominal... au moins en matière de musée... »

Un autre lecteur s’interroge sur le contenu réel du nouveau bâtiment, et sur sa capacité à attirer des visiteurs :

« Cette antenne va entraîner le plus important appauvrissement du palais du Louvre depuis les restitutions de 1815. Elle va rendre plus difficile, en particulier pour ceux qui viennent de l´étranger, l’accès à de nombreuses œuvres. D’autre part, à moins d’y transférer celles qui font la célébrité du Louvre, il est peu probable que cette antenne attire les foules. Pour les habitants de Lens la “fierté retrouvée” risque donc de se transformer en une opération très coûteuse. »

La fréquentation par la population locale ne semble pas si évidente pour cet autre lecteur :

« [...] j’ai vécu dans la région de Lens et je n’ai pas vu les populations se déplacer en masse pour visiter les musées d’Arras et de Lille qui ont des collections plus qu’intéressantes et ne sont qu’à quelques kilomètres. Si Arras et Lille, qui ont de plus un patrimoine architectural valant le déplacement, ne suscitent pas plus d’intérêt, il est difficile d’imaginer que Lens attirera plus de monde. C’est un gaspillage, là encore démagogique. »

Le peu de fréquentation prévisible (sur le long terme, car à court terme il pourra y avoir un effet de mode) inquiète :

« Il ne me parait pas raisonnable de dépenser beaucoup d’argent public pour réaliser un musée qui ne semble pas destiné à recevoir un nombreux public »

Le sort des musées de province, et en particulier de ceux de la région, inquiète, d’autant qu’ils sont riches et que leurs œuvres sont parfois insuffisamment présentées :

« Les antennes du Louvre sont les Musées de province, l’aventure lensoise est donc un gadget politique superfétatoire. »

« Il y a des musées dans la région Nord-Pas-de-Calais qui sont très riches, et dont les moyens vont être gravement diminués à cause de cette antenne. Pourquoi ne pas s’occuper mieux de ces musées ? [...] »

« Valoriser les œuvres en dépôt dans les musées de province serait déjà une bonne chose. Je pense notamment à une Portrait équestre de Louis XIV par Houasse du musée d’Arras, dans le fonds d’un escalier, sans vue, ni lumière. Une honte ! [...] »

« Le Louvre à Paris est facile d’accès, les étrangers qui viennent passer quelques jours à Paris n’auront pas le temps d’aller jusqu’à Lens. Sans parler des étudiants en histoire de l’art pour qui un billet de train coûte cher. Il n’y a pas grande chose d’exposable dans les réserves, au moins c’est le cas pour le département des peintures, alors il faudra enlever des œuvres des salles. Surtout, il y a de très beaux musées dans la région, qui ne sont pas assez fréquentés. Je pense particulièrement à ceux de Lille et d’Arras que je connais. Le musée d’Arras est vide, alors que les collections sont riches. Il y a déjà trop de bons musées vides en France. Je ne compte plus le nombre de musées de province sans visiteurs et qui n’ont pas les moyens de mettre en valeur leurs collections. L’argent dépensé pour Lens serait mieux utilisé dans un programme de mise en valeur de collections déjà existantes. Aujourd’hui, les œuvres ne courent pas beaucoup de risques en étant transportées, mais pourquoi leur faire subir des risques supplémentaires. Un conservateur est là pour conserver en premier lieu. »

« Je trouve que l’Etat se désengage de plus en plus des petites institutions dont il aime tout de même à garder le contrôle. Il ferait mieux de répondre à nos attentes concernant des dépôts que nous sollicitons et qui pourraient de façon intelligente, venir compléter nos collections. D’autre part, le musée du Louvre a toujours eu pour objectif une vision encyclopédique qu’elle risque de rompre avec cette délocalisation. »

« Mythe de la caverne d’Ali Baba que seraient les réserves du Louvre... Je suis plutôt pour la mise en valeur des richesses oubliées ou cachées des différentes régions. »

« Que l’on fasse d’abord connaître aux musées répartis sur le territoire français les collections disponibles pour d’éventuels dépôts en région. Cela au moins aurait un sens. Les musées du Nord ont montré et montrent leur dynamisme au travers d’actions collectives ; a-t-on pensé à leur demander leur avis sur cette implantation ex nihilo ? Que signifie cette générosité qui n’en n’est pas une, à lire les prises de positions des élus locaux ! »

Ce n’est d’ailleurs pas parce que l’on est de la région qu’on approuve forcément le projet :

« C’est un projet risqué financièrement pour la région Nord-Pas-de-Calais, c’est également un danger pour les œuvres prêtées (problème de conservation) et les collections du Louvre (quid de la présentation encyclopédique voulues par le Musée ?). De plus, étant originaire de la région, ce n’est pas le désert culturel que l’on décrit. »

« Je connais bien la région, j’en suis originaire. Un musée classique à Lens n’intéressera pas plus (ni moins) les Lensois qu’ils ne s’intéressent aux musées d’Arras, Douai ou Lille, qui sont par ailleurs extrêmement proches de Lens - Lens est idéalement placé, sur le plan géographique. Il faudrait plutôt développer les initiatives artistiques locales, dans la ligne de Lille 2004 et de ses « maisons folie », bref, faire participer le public a une culture vivante plutôt que de lui donner des miettes d’une culture classique à laquelle il a déjà accès, quoi qu’on en dise. Arrêtons de faire ce honteux misérabilisme ! »

« Si un musée national comme le Louvre s’installe en province, les collectivités locales n’ont pas à subvenir entièrement au budget de construction de l’antenne ni à celui du fonctionnement.
Ce n’est vraiment pas une aubaine pour le Nord au niveau financier. (pourtant je suis originaire de cette région)."

Certains opposants s’expriment avec vivacité :

« Ce n’est qu’une pure opération politique électoraliste et démagogique ! Au lieu de dépenser des sommes faramineuses (construction et frais de fonctionnement) dans cette antenne, on ferait mieux de les consacrer à acheter des œuvres d’art pour les musées de la région ! Surtout que des œuvres magnifiques partent à l’étranger par manque de moyens et de volonté !! Et puis pourquoi Lens ? Le reste de la France compte pour rien ? Il n’y a pas création de richesse culturelle mais juste transfert : « on déshabille Jacques pour habiller Pierre !! » Je ne suis pas parisien d’origine mais pour moi le Louvre est le musée de référence de la nation et j’aime y voir l’art dans toute sa diversité. Bref, donnons des moyens supplémentaires pour enrichir le patrimoine français et n’utilisons pas les biens de la nation dans un but électoraliste !
Enfin je me pose des questions sur les problèmes techniques liés à la conservation des oeuvires d’art dans ces transvasements incessants ! »

Certains aimeraient, à raison, qu’on ouvre d’abord toutes les salles du Louvre, ou s’inquiètent de ce qui va rester dans le musée. Ils font remarquer que Paris est bien plus facile d’accès que Lens :

« Je trouve insupportable que certaines salles soient fermées régulièrement au Louvre, par exemple les peintures italiennes qui m’intéressent beaucoup, et que certaines peintures que nous espérons voir car elles sont répertoriées au Louvre soient pour en dépôt durable ailleurs. [...] »

« Je ne vois pas dans ce cas précis pourquoi les "500.000" visiteurs de Lens auraient plus le droit de voir les œuvres du Louvre plutôt que les 7 millions de visiteurs du musée parisien. Enfin lorsqu’il aura ouvert des antennes partout, que verra-t-on au Louvre ? Cette remarque concerne essentiellement les œuvres importantes qui doivent demeurer sur les cimaises de la capitale car c’est finalement là qu’elles sont les plus accessibles aux écoles, étudiants (c’est à Paris qu’il y a en a le plus) et même aux régions, car venir à Paris est souvent plus simple que d’aller d’une région à une autre.
Le Louvre est également le seul musée où il est possible d’expliquer de façon quasi complète l’évolution de la peinture, de la sculpture, des arts décoratifs [...] il ne faut pas abîmer cet instrument pédagogique formidable et unique (on va défaire une collection que le monde entier nous envie).[...] »

« Je crois à la nécessité de maintenir l’existence des musées de province et leur originalité génératrice de vie culturelle et de tourisme - ce que les instances politiques doivent encourager - et le maintien de l’accès aux œuvres dans les grands musées en général. Cette volatilité des œuvres devient une source de déception pour bien des visiteurs en France et ailleurs. Des prêts sont bien sûr parfois souhaitables. »

« Ca arrive déjà trop souvent de ne pas trouver une œuvre dans un musée pour cause de prêt ! Je n’aimerais pas arriver à Paris pour découvrir que l’œuvre du Louvre qui m’intéresse a été déplacée à Lens. »

« [Je suis contre] car en dehors des habitants de Lens, je ne vois pas bien à qui cela va bénéficier. En quoi est-il plus facile aux Lyonnais d’aller à Lens qu’à Paris ?
Par ailleurs, les musées français n’ont pas de quoi se payer des cartels décents, tournent sur des effectifs incroyables de stagiaires non rémunérés - au premier rang desquels le Louvre - , n’ont pas d’argent pour organiser d’ambitieuses expositions, etc, etc. Tout cela pour dire que l’argent pourrait être plus honnêtement et utilement dépensé mais, bien sûr, rémunérer des stagiaires, titulariser du personnel vacataire depuis 10 ans faute de crédit, entretenir les réserves ou simplement les sauver, cela serait politiquement parlant moins rentable.
Enfin, j’estime qu’un musée n’est pas une entité abstraite, il est le gardien d’une collection, à ce titre sa première fonction est de veiller à l’intégrité de celle-ci, certainement pas d’en envoyer une partie sous de mauvais prétextes au sein d’« annexes » dont le simple nom révèle l’absurdité. Une collection dispersée n’a plus de cohérence, n’est plus une collection. »

« [Je suis contre] pour la toute simple raison que le Louvre est à Paris... Qu’on le veuille ou non, Paris est la ville joignable le plus rapidement (et économiquement) de toute la France... Et, incroyable !, même de l’étranger. Il y bien d’autres raisons, l’une d’entre elles est que l’intégrité du Louvre, musée de référence s’il en est, se doit d’être conservée. »

Le problème des contrats précaires, évoqué ci-dessus, revient sous la plume d’un autre correspondant :

« Il serait peut-être préférable de s’atteler à ouvrir toutes les salles du Louvre et à régulariser les contrats précaires ! Et la région de Lens est suffisamment fournie en musées des beaux-arts... »

L’insuffisance des crédits budgétaires est mainte fois soulignée :

"[Je suis opposé aux] projets vides de contenu scientifique, qui vont de plus tendre à dépouiller les cimaises du Louvre sous un faux prétexte de démocratisation de la culture. Il ne s’agit pas de transporter les œuvres pour les mettre à la portée des gens qui ne viennent pas au musée ; cette idée est d’une simplicité ridicule et suffisamment d’études le démontrent. Au-delà de cette façade politique, comme pour l’envoi de la Liberté guidant le peuple à Strasbourg, il ne s’agit que de poudre aux yeux. L’Etat et les collectivités ont aujourd’hui du mal à assurer les budgets nécessaires au fonctionnement des institutions existantes, alors pourquoi en créer de nouvelles qui vont être fort coûteuses, qui plus est dans la région la plus dynamique en France en terme de musées. Faisons d’abord porter l’effort financier à la mise en valeur de l’existant et aux vrais projets, comme la rénovation du musée des Beaux-Arts d’Arras pour ce qui est du Nord, par exemple..."

D’autres aimeraient qu’on s’attaque aux vrais problèmes, comme ce consultant :

« Je reviens d’une mission de 3 mois à Lens. Les Lensois non pas besoin de voir des tableaux du XVIIIe siècle, mais d’emplois afin d’avoir un revenu. Un revenu pour se loger, se vêtir et manger à leur faim. L’art viendra après ces trois nécessités bien humaines. »

D’ailleurs, l’efficacité de l’antenne du Louvre dans la revitalisation de Lens semble problématique :

« Nombre de raisons ont été déjà dites, notamment celle de la politisation du patrimoine. De plus, il me semble qu’un Louvre bis n’arrangera en aucune façon le problème de l’emploi à Lens et ses environs. Il est à regretter que les politiques et une certaine partie de la population confondent musées et parcs d’attractions. Bref, ce projet n’a aucun sens ni économique ni culturel mais il aura un prix (lourd) culturel (galvaudage du patrimoine) et financier qui sera au dépend des musées de province. »

Le « coup » politique paraît évident à beaucoup :

« Les institutions publiques ont déjà tellement de mal à entretenir locaux et personnel ; elles se jettent dans la course en avant pour oublier ce qu’elles ont déjà à gérer ; la nouveauté, voilà ce qui inspire les politiques et les administratifs, surtout pas la conservation et la longue durée pour nos enfants et nos descendants, l’éphémère, la poudre aux yeux ... »

« Quand cessera t’on les coups médiatiques pour envisager enfin une véritable politique d’aménagement culturel du territoire ?" »

« C’est démagogique : ce n’est pas en implantant un nouveau musée que l’on va favoriser l’accès des classes défavorisées à la culture légitime. Cela passe à mon sens par une initiation au regard artistique dès la petite école, ainsi que par une politique tarifaire appropriée (gratuité des musées). »

« Ras-le-bol des gestes médiatiques impulsés par le ministère, qui détournent l’attention ou l’information concernant les problèmes graves [...] »

Les risques courus par les œuvres sont mises en avant :

« Je suis d’accord avec les raisons que vous avez exposées. Quand j’ai fait l’Ecole du Louvre, il y a presque 40 ans, on nous apprenait tous les inconvénients liés aux transports des œuvres, tous ceux inhérents à des lieux d’exposition pas systématiquement bien protégés du vol, des variations de température et des maladresses du public. On nous expliquait aussi la nécessité de respecter le désir des donateurs de voir les œuvres dont ils se séparaient exposées au public -sinon la source risquait de se tarir. On nous disait aussi que le public étranger ou provincial devait pouvoir accéder systématiquement à toutes les œuvres du Louvre. Et déjà on déplorait l’insuffisance des crédits de fonctionnement qui ne permettait pas l’ouverture régulière de toutes les salles des différents départements. »

« Je ne vois pas l’utilité de déplacer les œuvres, cela les use prématurément. Le saupoudrage culturel, d’autre part, ne va pas au-delà de ce qu’il est : du saupoudrage. »

Parmi les opposants, certains estiment que le Louvre a déjà beaucoup déposé en province :

« Le Louvre et l’ensemble des musées nationaux pratiquent une politique de dépôts "en province" qui enrichit mains musées. il suffit d’en voir la liste dans les catalogues sommaires des écoles de peinture du Louvre. D’autre part, les dits musées de province, mais pourquoi ne pas dire "musées de région", possèdent souvent des merveilles redécouvertes et réhabilités - voire réattribuées - au cours de quarante dernières années ; combien d’œuvres sommeillaient et sommeillent encore dans les réserves ! Au lieu de décentraliser le Louvre, ou tout autre musée, pourquoi ne pas aider systématiquement les musées de région à mettre en valeur leur richesse ; comment comprendre la prodigieuse diversité du XIXe siècle - qui ne saurait se résumer à quelques "phares" baudelairiens" et à l’émergence de l’impressionnisme, sans investiguer dans le prétendu "art des salons" (cf. Pierre Vaisse), là où nos voisins - allemands ou anglo-saxons, voire italiens - sont moins victimes du manichéisme de l’histoire de l’art dix-neuviémiste. Le Louvre est un tout, sans doute le musée le plus mythique du monde, un lieu qui possède une âme - à l’instar de Versailles - et qui ne saurait faire l’objet d’un éparpillement planétaire, même pour de l’argent. [...] »

Le Louvre reste en tout cas unique et il ne doit pas être dispersé :

« Il s’agit d’une action purement politique qui mènera à une dispersion des richesses du Louvre - pourquoi, par exemple, diviser le plus beau panorama de l’œuvre de Poussin. Puis, il faut bien rappeler que la collection connaît aussi des faiblesses - la renaissance néerlandaise est représentée par des œuvres sublimes (Van Eyck, Van der Weyden) mais la collection n’est pas comparable avec celle de Berlin ou de Londres (et même New York et Washington montrent de meilleurs Christus, David...). Quand je visite le Louvre je veux toujours tout voir. C’est cette richesse de possibilités qui fait du Louvre un lieu incomparable : les plus grands formats (Rubens, les salles rouges) et puis les oeuvres intimes (Bruegel !, Bosschaert, Vermeer.....), les grands ensembles (Bologne, les grands maîtres français), les choses que seul le Louvre possède (da Vinci), le côté encyclopédie, le côté cabinet d’amateur, le côté patrimoine de prestige, le côté bizarre etc. »

« Les collections se doivent d’être exposées dans leur unité, pour assurer une cohérence stylistique qui fait du Louvre un lieu d’étude unique au monde et par respect pour l’idée même de la Collection (commandes royales, unité des grandes collections du XIXe, choix des conservateurs, conditions imposées par des donateurs, etc.) [...] »

Des Etats-Unis nous vient la réflexion de bon sens suivante :

« It is patrimoine of France, one expects to find and study it there »

Concluons avec une touche d’humour qui, mine de rien, en dit long sur l’absurdité de certains arguments :

« Pourquoi ne pas installer plutôt une antenne dans une cité pour essayer de résoudre le problème de la violence ? »

Pour

Pour certains correspondants, il est normal d’envoyer en région des œuvres du Louvre, dans le cadre de la décentralisation :

« Tout ce qui peut régionaliser les collections du Louvre me paraît entrer dans sa vocation »

"une initiative sympathique qui permets à l’art de ce montrer dans une région pas spécialement favoriser par cela..."

"Tout ne doit pas rester à Paris. Si la culture peut aider une région en difficulté, quelle meilleure vitrine pour elle ?"

"C’est bien de penser que l’art n’est pas centralisé à Paris et que de plus en plus de population peut plus facilement avoir accès aux oeuvres d’art qui appartiennent à tout le monde."

Plusieurs considèrent que le Louvre est trop grand, qu’il conserve trop d’œuvres :

« Le Louvre possède une telle quantité d’oeuvres d’art qu’il est franchement impossible de toutes les admirer, même par une fréquentation assidue. Alors, si quelques centaines déménagent pour un autre site, cela ne nuira pas au musée.[...] »

« Le Louvre est "monstrueux" et c’est très bien pour l’aménagement du territoire de favoriser le tourisme dans des régions sinistrées économiquement »

Un lecteur pense que l’exemple du Guggenheim à Bilbao est à suivre :

« Le succès du Musée de Bilbao peut être envisagé comme un exemple à suivre. Il ne faut pas avoir peur des crédits manquants aux petites institutions muséales existantes : n’était-ce pas la crainte des petites bibliothèques lors de l’ouverture de la BPI (Beaubourg) en 1977, qui s’avère non fondée ? A la condition toutefois que cela ne porte pas préjudice à la cohérence des collections du Louvre et que celles de Lens en ait une. »

Le mythe des réserves pleines du Louvre semble encore avoir la vie dure :

« Je suis favorable à l’idée que le Louvre ouvre des antenne, ou prête à long terme les oeuvres qui s’entassent dans ses réserves. J’estime qu’une oeuvre est faite pour être exposée (sauf problème de conservation)et que l’ouverture de nouveaux sites peut être bénéfique pour le public et le musée.[...] »

Certains habitants de la région sont favorables au projet, ce qu’on peut comprendre :

« Originaire du Pas-de-Calais, j’avoue que tous les projets qui font parler de ma région, qui tentent de créer des emplois sont une bonne chose. Le bassin minier n’est pas Douai, Lille ou Valenciennes. Il faut y avoir vécu pour comprendre à quel point les musées ne font pas partie de la vie des gens. »

En revanche, même chez les partisans d’une antenne, le choix de Lens ne fait pas toujours l’unanimité :

« Par contre, le Nord compte tant de grands musées, qu’un autre site géographique aurait été plus profitable dans le cadre d’un aménagement du territoire (Clermont- Ferrand, Poitiers, Besançon, Nantes...). On aurait pu également en profiter pour restaurer un monument désaffecté pour loger cette antenne. »

« [...] En ce qui concerne le choix de Lens, il est exact qu’au regard des choses déjà disponible dans cette région, cette ville ne me semble pas forcément prioritaire. »

Certains sont favorables au projet, sous certaines réserve :

« [J’y suis] favorable, dans la mesure où les œuvres ne sont pas déplacées définitivement et reviendront au "vrai" Louvre. Dans ces conditions uniquement, cela peut s’apparenter à des prêts pour expositions temporaires. Il est vrai que souvent, les provinciaux n’ont pas trop l’occasion de venir dans la capitale pour avoir "accès à la culture", et je trouve dommage que les oeuvres majeures ne soient accessibles qu’à une élite géographique. »

« Ensuite tout dépendra de la manière dont le projet sera mené et suivi. Si c’est un lieu au service d’une population alors oui, je suis pour à 100%.H. Loyrette parlait ce matin sur France Culture d’"un Français sur 2 qui n’allait pas au musée" : l’objectif lensois devrait être d’amener 80% de la population du bassin minier à venir au musée au moins une fois et, plus ambitieux, d’en fidéliser au moins 40%.Je trouve que c’est un pari fort et osé de poser la culture comme le fer de lance du retour à la dignité, à l’équilibre, au courage et au dynamisme retrouvé d’un bassin de population très malmené. C’est un sacré défi ! mais si l’art ne sert pas aussi et peut-être surtout à ça à quoi bon le conserver pieusement ? J’ai toute confiance dans les conservateurs du Louvre pour ce qui est du souci de la sécurité des œuvres mais des expositions "à caractère transversal" ne seront pas des réponses suffisantes. Le plus dur sera de garder le cap de la générosité du projet et de le réussir. Si cela devient une vitrine touristico-politique alors je pense que ce sera un échec qui ne justifiera pas les crédits et les efforts apportés.
Alors oui et pourquoi Lens plutôt qu’une autre ville ? Allez-y ! Imprégnez-vous de la misère de tous ordres qui habite cette portion de territoire : Les vieilles notions d’égalité et fraternité devraient trouver là un champ d’action à leur mesure ; peut-être plus qu’ailleurs bien que je n’ai pas prétention à connaître finement l’ensemble de notre territoire. »

« Tout dépendra du profil de l’antenne de Lens. Nous avons besoin d’un musée d’art et d’essai, comme nous avons besoin d’un musée qui présente des séries, offrant ainsi un accès à des ensembles qui resteraient autrement en réserves et qui perdraient leur sens si elles étaient dispersées. Les réserves extérieures du Louvre sont très difficiles d’accès et n’offrent pas des conditions de conservation idéales. D’autre part, le Louvre est déjà trop grand et ne peut pas continuer à s’étendre indéfiniment. Je pense que le musée de Lens peut jouer le rôle de musée d’art et d’essai que nous avons connu autrefois au Palais de Tokyo, tout en offrant au Louvre la possibilité de préserver la cohérence de ses collections. Reste cependant à examiner le contenu du projet. »


La Tribune de l’Art, jeudi 9 juin 2005





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