L’ancienne abbaye royale de Saint-Denis en restauration


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1. Ancienne abbaye royale de Saint-Denis
aujourd’hui Maison de la Légion
Cour d’honneur
Photo : Didier Rykner

22/4/16 - Restauration - Ancienne abbaye royale de Saint-Denis - Juste à côté de la basilique Saint-Denis se trouve l’un des plus beaux et sans doute l’un des plus méconnus des monuments historiques du XVIIIe siècle, pourtant construit par trois des plus grands architectes français : Robert de Cotte, Jacques V Gabriel et Charles de Wailly. Il s’agit de l’Abbaye royale de Saint-Denis, séparée de la basilique depuis l’installation dans ses murs de la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur, qui est toujours aujourd’hui un lycée.

L’ancienne abbaye médiévale fut en effet entièrement détruite pour être reconstruite à partir du début du XVIIIe siècle, sous Louis XIV. Robert de Cotte établit les plans et commença les travaux qui furent poursuivis après sa mort par Gabriel et son fils, Jacques-Ange Gabriel. En 1776, Charles de Wailly réalisa les deux bâtiments en demi-cercle qui entourent la cour d’honneur, côté rue (ill. 1). En 1809, Napoléon créa trois Maisons d’éducation de la Légion d’Honneur, dont celle de Saint-Denis qui s’installa en 1811 dans les bâtiments de l’Abbaye coupant ainsi son lien avec la basilique.


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2. Entresol dans le Salon des princes
avant restauration
Photo : Service de presse
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3. Entresol dans le Salon des princes en cours d’enlèvement
pendant la restauration
Photo : Service de presse

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4. Salon des Princes après restauration
(les chaises modernes sont provisoires et seront
remplacées par des chaises anciennes)
Photo : Didier Rykner

Le chancelier de la Légion d’Honneur, le général Georgelin, a souhaité mener depuis 2013 la restauration de ce monument qui en avait réellement besoin. Les travaux sont menés sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte en chef des monuments historiques Benjamin Mouton.
La restauration la plus spectaculaire a été très certainement celle du Salon des Princes. Toute l’aile où se trouve cette pièce avait été entresolée à la fin du XIXe siècle (ill. 2). Cet entresol a été supprimé (ill. 3) et toutes les pièces ont retrouvé leurs volumes. La cheminée, qui avait disparu, de même que le parquet, remplacé par du béton, ont été restitués. Ces reconstitutions étaient parfaitement justifiées : l’existence d’un parquet était attestée, et le piédroit de la cheminée a été retrouvé dans le jardin, ce qui a permis, avec la trace qui existait encore sur le mur, de la reconstituer (en incluant le morceau original). En matière de reconstitution, il n’y a pas de règle absolue. Ici l’invention est réduite - elle se limite à la sculpture centrale de la cheminée - et la reconstitution est suffisamment bien faite pour rendre son aspect d’origine à la pièce (ill. 4). On regrettera simplement les reproductions modernes des portraits des grands chanceliers, accrochés sur le mur face à la cheminée, dont l’effet n’est guère heureux.


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5. Cloître de l’abbaye
Le jardin a été également reconstitué
Photo : Didier Rykner
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8. Galerie du cloître de l’abbaye
Photo : Didier Rykner

L’objectif de la campagne de restauration est de rendre toute sa splendeur au monument. Ainsi, par exemple, les fenêtres fermant les ouvertures du cloître (ill. 5 et 6), installées au début du XIXe siècle, ont été restaurées en conservant les huisseries d’origine, tandis que le portail d’honneur (ill. 7) vient d’être restauré (les travaux se sont terminés en mars)


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9. Portail d’entrée de l’abbaye après restauration
Photo : Service de presse
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10. La grille du frère Pierre Denis, après restauration

Mais la raison principale de la visite que nous avons pu faire était la fin des travaux réalisés sur la grille séparant le cloître de l’escalier de Robert de Cotte (ill. 8) menant vers les dortoirs. Réalisée en 1709 par le frère Pierre Denis, elle est l’une des rares œuvres restant de cet artiste qui avait créé, à l’intérieur de la basilique, de nombreuses grilles aujourd’hui disparues. Là encore, le travail de restauration a été extrêmement minutieux et respectueux, laissant en place au maximum les éléments existants tandis que ceux, trop abimés pour être restaurés (il y en a assez peu) ont été conservés. La grille était recouverte de multiples couches de peinture et certains éléments (pas beaucoup heureusement) manquaient. Là encore, il n’était pas nécessaire d’inventer car tous les décors absents avaient leur symétrique. Le résultat que l’on doit aux Ateliers Saint-Jacques (Fonderie de Coubertin) est absolument remarquable (ill. 9 et 10).


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11. Détail de la grille avant restauration
Photo : Service de presse
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12. Détail de la grille après restauration
Photo : Didier Rykner

Le général Georgelin souhaite désormais faire restaurer la rampe de l’escalier de Robert de Cotte (ill. 11), également due au frère Denis et qui est encore plus dégradée. Il est nécessaire pour cela de réunir la somme de 400 000 € dont 150 000 ont déjà été trouvés grâce au mécénat, notamment par l’intermédiaire de la Fondation du Patrimoine. Toutes les contributions sont les bienvenues. Un prochain chantier s’ouvrira également sur la façade nord qui jouxte la basilique. À cette occasion, le président du Centre des Monuments Nationaux Philippe Bélaval nous a assuré que l’horrible guérite provisoire (depuis 1998 !) qui sert de billetterie pour la visite de l’église sera enlevée.


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13. Escalier de Robert de Cotte
On voit que la grille a besoin
d’être restaurée (nombreux manques)
Photo : Didier Rykner

Signalons enfin que la Maison de la Légion d’Honneur est ouverte pour les journées du patrimoine mais peut se visiter également en passant par l’Office du tourisme de Saint-Denis.


Didier Rykner, vendredi 22 avril 2016





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