L’agrandissement réussi du Musée Unterlinden


3/4/16 – Extension de musée – Colmar, Musée Unterlinden – Il est possible d’agrandir un musée même lorsqu’il s’agit d’un monument historique insigne, sans abîmer ce monument. La preuve en est apportée par les travaux de rénovation et d’expansion du Musée Unterlinden à Colmar menés par les architectes Herzog & de Meuron qui démontrent ainsi qu’ils peuvent s’insérer délicatement dans un tissu urbain, contrairement à leur désastreux projet de tour Triangle. L’ancienne entrée et son jardin (ill. 1) témoignent du soin apporté à l’ensemble.


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1. Ancien couvent d’Unterlinden, où se trouve le musée
Côté de l’ancienne entrée
Photo : Didier Rykner
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2. Cabinet Herzog & de Meuron
Nouveau bâtiment du musée
À gauche, l’ancienne piscine
Photo : Didier Rykner

Autant cette tour sera monstrueuse (en supposant qu’elle soit construite), autant le nouveau bâtiment édifié à Colmar (ill. 2) comme la jonction avec l’ancien musée sont réussis, ce que la présentation du projet laissait présager. Nous écrivions alors (voir la brève du 12/3/10) que « le projet […] sur le papier, paraît très séduisant et respectueux du lieu », et cela est vrai. Du côté de l’ancien musée, l’entrée à été déplacée vers la place d’Unterlinden qui fait face à l’ancienne piscine reconvertie. Le traitement de cette entrée (ill. 3) et de tous les espaces de circulation, notamment les escaliers (ill. 4 à 6), est particulièrement beau, à la fois dans le choix des matériaux, les couleurs et les formes.


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3. Nouvelle entrée du Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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4. Cabinet Herzog & de Meuron
Un des deux escaliers menant au sous-sol
Photo : Didier Rykner

Les parties monument historiques ont été restaurées par l’Architecte en chef Richard Duplat et cela paraît également très satisfaisant. Certaines salles ont retrouvé leurs volumes anciens et les aménagements du XIXe siècle avec leurs colonnes en fonte (ill. 7). Notons cependant qu’une aile du bâtiment a connu des problèmes structurels non prévus, et que quelques semaines de travaux supplémentaires seront nécessaires après que les assurances auront pu rendre leur expertise. Le début du parcours sculpture et peinture fin XIVe-début XVe n’est donc pas encore prêt.


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5. Cabinet Herzog & de Meuron
Un des deux escaliers menant au sous-sol
Photo : Didier Rykner
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6. Cabinet Herzog & de Meuron
Un des deux escaliers menant au sous-sol
Photo : Didier Rykner

Celui-ci est ensuite chronologique, se déroulant au rez-de-chaussée, en passant par La Chapelle où le retable d’Issenheim a repris sa place - exposé un peu plus bas qu’avant - et se poursuit ensuite par les anciennes salles d’expositions temporaires transformées désormais en lieu de présentation des collections permanentes. À un moment, la continuité chronologique est rompue, et on repart dans le temps du XIVe siècle jusqu’à la période gallo-romaine. Il semble qu’une disposition purement chronologique était difficile à mettre en œuvre compte-tenu des œuvres et des espaces disponibles.


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7. Salle d’exposition dans les bâtiments du couvent
Le décloisonnement a permis de retrouver les aménagements
du XIXe siècle (colonnes et plafond notamment)
Photo : Didier Rykner
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8. Place d’Unterlinden, canal remis au jour
Photo : Didier Rykner

Le raccordement entre l’ancien couvent et le nouveau bâtiment se fait de manière souterraine, ce qui se justifie pour éviter au visiteur de ressortir. Le traitement de la place d’Unterlinden, et notamment la remise au jour du canal (ill. 8 et 9) qui avait été recouvert au XIXe siècle, est particulièrement remarquable, à l’exception toutefois de la construction d’une petite « maison » qui n’a pas réellement de fonction, sinon de montrer que des architectes ont travaillé ici. Cette construction - qui remplace un édifice sans intérêt qui abritait l’office du tourisme - marque l’emplacement d’un ancien bâtiment qui existait ici au XVIIIe siècle, mais à pour inconvénient de masquer en partie la façade de l’ancienne piscine de la fin du XIXe (ill. 10). On apprécie néanmoins la vue que l’on peut avoir de la rue, à travers les fenêtres, sur la salle du musée qui se trouve en dessous.


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9. Place d’Unterlinden
À premier plan le canal remis au jour
Au fond, le bâtiment de la piscine (intégré au musée désormais)
À l’arrière-plan, à gauche, le nouveau
bâtiment de Cabinet Herzor & de Meuron
À droite, la « maison » par les mêmes architectes
Photo : Didier Rykner
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10. Cabinet Herzog & de Meuron
« Maison » construite sur la place d’Unterlinden
À l’arrière, l’ancien bâtiment de la piscine
Photo : Didier Rkner

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11. Salle d’exposition permanente (XXe siècle)
dans le nouveau bâtiment
Photo : Didier Rykner

Les nouveaux espaces créés sont vraiment réussis, qu’il s’agisse du souterrain lui même où commence le parcours du XIXe siècle et où trois enclaves sont aménagées pour pouvoir exposer par rotation des dessins et des photographies, ou des salles d’exposition permanente à l’étage qui exposent le XXe (ill. 11) et l’art contemporain. On regrette simplement le blanc omniprésent des murs, une mode qu’on aurait pu croire derrière nous. Un peu de couleur aurait été appréciable. La salle d’exposition (ill. 12), au dernier niveau, est un bel espace modulable qui est pour l’instant utilisé sans cloisons1.
L’ancienne piscine a été totalement supprimée et un plancher marque son emplacement (ill. 13). On peut regretter que les cabines n’aient pas été conservées car, nous dit-on, elles étaient complètement rongées par le chlore. En revanche, le reste de son architecture a été soigneusement préservé. Les rideaux noirs qui occultent les fenêtres ont été installés temporairement en attendant que les stores prévus soient livrés2


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12. Salle d’exposition temporaire dans le nouveau bâtiment
Photo : Didier Rykner
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13. L’auditorium, anciennement piscine
Photo : Didier Rykner

Le projet ayant été bien conçu à l’origine, et respectant le monument historiques autant que l’insertion dans la ville, n’a connu aucun recours d’associations de protection du patrimoine. Il serait souhaitable que certains, comme les promoteurs de l’agrandissement du Musée Lorrain, ou la Ville de Paris dans ses multiples chantiers, dont celui de la tour Triangle par les mêmes architectes, s’inspirent de l’exemple colmarien et s’évitent bien des déboires à venir.


Didier Rykner, dimanche 3 avril 2016


Notes

1L’exposition d’ouverture, dont les architectes sont commissaires, sort de notre champ.

2Le fournisseur est en faillite, ce qui explique ce retard.





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