
1. Julie Forestier
(d’après Ingres)
Portrait d’Ingres, 1807 (d’après un original
peint en 1804)
Huile sur toile - 65 x 53 cm
Montauban, musée Ingres
12/12/04 - Acquisitions - Paris, Fondation Custodia - Montauban, musée Ingres - Une curieuse et heureuse coïncidence vient de permettre l’entrée quasi-simultanée, dans des collections publiques conservées en France, de deux portraits, l’un peint, l’autre dessiné, dont les sujets et les auteurs se répondent d’étrange manière. L’un est une copie de l’autoportrait d’Ingres exécuté par Julie Forestier (1782 - après 1820), sa première fiancée (ill. 1) : il a été acheté par le musée de Montauban [1]. L’autre est le portrait dessiné par Ingres de Julie Forestier [2] que vient d’acquérir la Fondation Custodia (ill. 2).
Ingres et Julie Forestier se fiancèrent en juin 1806, quelques mois avant qu’Ingres ne rejoigne l’Académie de France à Rome. Le 12 janvier 1807, Ingres écrit au père de Julie [3] : « J’oserais encore prier mademoiselle Julie, chose que je n’ai pas encore demandé de faire une petite copie de mon portrait peint, comme elle voudra, dessiné ou peint et au petit et cela, bien entendu, quand elle aura le temps et à son aise ». L’Autoportrait copié est celui de 1804, exposé au Salon de 1806 et conservé au musée Condé à Chantilly. Son aspect est aujourd’hui très différent, puisque Ingres reprit au moins deux fois le tableau qui avait été fortement critiqué lors de sa présentation au Salon. On ne peut s’empêcher d’admirer la qualité de la copie de Julie Forestier dont on ne connaît pratiquement aucune autre toile. Elève de Jean-Baptiste Debret et peut-être de David, elle exposa aux Salons de 1804 à 1819. Elle reçut certainement des conseils de son fiancé pour arriver à imiter si remarquablement son style [4].

2. Jean Auguste Dominique
Ingres
Portrait de Julie Forestier
en médaillon, 1806
Graphite lavé de gomme arabique et
rehaussé de gouache et d’aquarelle sur
papier vélin contrecollé sur carton
mince
9,1 x 7,5 cm
Paris, Fondation Custodia
Avant de partir pour Rome, Ingres avait réalisé un portrait de Julie. Il y fait allusion dans deux lettres qu’il lui adresse les 19 octobre 1806 et 20 février 1807 [5]. Dans la première, Ingres se plaint de son silence : « J’ai relu cent fois cette charmante écriture au crayon ; je vais continuellement de (votre) lettre au portrait. Il me semble vous voir, je vous parle, mais, hélas ! Vous ne me répondez pas ». Dans la seconde, il écrit : « Eloigné de vous de quatre cent et plus de lieus (sic), vous me promettez d’être un peu plus calme, votre charmant portrait me dit un joli "oui" pour vous, j’en suis fou, c’est mon plus bel ouvrage. »
Il est probable que ce portrait ne fait qu’un avec celui que vient d’acquérir la Fondation Custodia, publié en 2001 par Eric Bertin [6]. D’une technique extrêmement complexe et raffinée, cette œuvre sur papier vélin se rapproche d’une miniature. Elle reprend presque littéralement la figure de Julie dans le dessin représentant la famille Forestier, daté de 1806, conservé au département des Arts graphiques au musée du Louvre.
Ingres, souhaitant rester à Rome, devait finalement rompre avec Julie Forestier lors de l’été 1807. Ces deux portraits restent les témoignages artistiques d’une liaison qui marqua sans doute fortement la jeune fille, puisque Lapauze [7] a pu lui faire dire, de manière sans doute apocryphe, « Quand on a eu l’honneur d’être fiancée à M. Ingres, on ne se marie pas. »
