Joseph-Siffred Duplessis. Un provençal Peintre du roi


Auteur : Jean-Paul Chabaud

IMG/jpg/Couverture_Duplessis.jpgIl pouvait paraître judicieux de consacrer un livre à Duplessis, l’un de meilleurs portraitistes de la seconde moitié du XVIIIe siècle, puisque le dernier en date, l’ouvrage de référence dû à Jules Belleury1, remonte à 1913. Il s’agissait d’un modèle du genre, dans une langue agréable, dans une présentation soignée, et d’un travail scientifique au sens actuel puisqu’il comportait un catalogue raisonné et des documents d’archives. D’ailleurs Jean-Paul Chabaud lui dédie son propre livre. C’est bien le moins qu’il pouvait faire, puisqu’il en a repris non seulement le plan retraçant les principales étapes de sa carrière, Salon après Salon, mais s’en est aussi inspiré pour des passages entiers, souvent à la limite de la paraphrase2.

Ce nouveau catalogue est beaucoup moins ambitieux : petit format, faible qualité d’impression et de reproduction, plusieurs illustrations tirant sur le verdâtre, et un texte approximatif. Le problème de cette publication est qu’elle ne choisit jamais son genre, certains passages pourraient faire partie d’une monographie détaillée, d’autres plus sommaires renvoient aux livres d’art de poche. Il aurait peut-être été préférable de rééditer la monographie ancienne avec un appareil critique actualisé. L’auteur, sincère et plein de bonne volonté, n’est pas historien d’art de formation - ce qui n’est évidemment pas un défaut en soi - et n’arrive pas à comprendre le contexte du XVIIIe siècle ni ne se rend compte des anachronismes qu’il commet lorsqu’il juge les critiques du Salon au pied de la lettre, prenant le sens de certains mots du XVIIIe comme s’il était identique à celui d’aujourd’hui. Il est hostile à la Révolution et nous le fait savoir à plusieurs reprises, ce qui n’a pas vraiment sa place dans ce type d’ouvrage. De même, il défend, à propos de Joseph Vernet et de Duplessis, un sentiment communautaire provençal, qui relève plus de la génération de Frédéric Mistral que du Siècle des lumières. Mais il n’en profite pas pour autant pour faire une analyse stylistique visant à les inclure dans une histoire de la peinture provençale (il est vrai qu’il étudie certains tableaux religieux de jeunesse de Duplessis, comme la Tête d’apôtre, sans s’apercevoir qu’il s’agit d’une copie de son maître Subleyras). Son manuscrit aurait nécessité une sérieuse relecture, et reste constellé d’erreurs, de maladresses et de terribles contresens. Un exemple : page 13, on lit : « Ainsi, Jean Honoré Fragonard va traduire des scènes galantes, osées même, mais il ne sera jamais grossier : voyez le Verrou ou Les hasards heureux de l’escarpolette qui furent une commande d’un homme de cour. Ce fut pour ce peintre un pied de nez à l’Académie qui n’avait pas voulu le recevoir ... Au contraire Jean-Baptiste Greuze, lui, voulait plaire à l’Académie de peinture ; pour cela il représenta des scènes moralisatrices : La paix en ménage - La Prière du matin ». Rappelons que la faute incombe à Fragonard et non pas à l’Académie : agréé sans problème, le peintre ne peignit jamais son morceau de réception et l’Académie le lui réclama à diverses reprises pour enfin pouvoir le recevoir officiellement. En revanche, Greuze se fâcha vertement et définitivement avec l’institution au moment de sa Réception, au point d’exposer ses œuvres dans son atelier et non au Salon.
La bibliographie ne cite pas certains ouvrages importants ; le supplément de Jules Belleury à sa monographie, publié en 1937, n’est pas clairement mentionné3. La liste des expositions concernant Duplessis est aléatoire et incomplète, pour de ne pas dire farfelue4. Le catalogue raisonné commence de façon thématique, passe ensuite à un classement par lieu de conservation des tableaux, pour se terminer par l’ordre alphabétique des modèles portraiturés. Ce livre a son petit succès en librairie parce qu’il est utile si on souhaite un coup d’œil rapide sur Duplessis ; les nombreuses reproductions en noir et blanc et en couleur permettent de connaître l’essentiel de ses œuvres. Il est certes bon marché, à condition de le feuilleter sommairement, mais un peu lassant si on veut le lire, tant il y a d’erreurs à chaque page.

Notons qu’il existe un site internet consacré à cet artiste, dirigé par une doctorante, Rachel Dudouit.

Jean-Paul Chabaud ,Joseph Siffred Duplessis Un provençal, peintre du roi, Étude Comtadines, 2004, 160 pages, 25 euros, ISBN : 2-9521063-0-4


Gérard Polluy et Didier Rykner, dimanche 30 mai 2004


Notes

1. Jules Belleudy, J.-S. Duplessis : peintre du roi, 1725-1802, Publication de l’Académie de Vaucluse, 1913.

2. Donnons deux exemples parmi d’autres :
- Belleury 1913 page 4 : J-S Duplessis avait été destiné par sa famille à l’état ecclésiastique ; toutefois l’exemple de son père le porta à dessiner et à peindre.
- Chabaud, 2004, page10 : Les parents Duplessis souhaitaient destiner Joseph-Siffried à une carrière ecclésiastique mais l’exemple du père tenta le fils à dessiner.
- Belleury, 1913 page 33  : La réputation de Duplessis était telle, dès ce moment, qu’il est chargé d’exécuter un portrait de Marie-Antoinette, dauphine à cheval, destiné à Marie-Thérèse. Contrairement à l’usage le prix n’est pas stipulé.
- Chabaud, 2004 page 30 : La réputation de Duplessis est telle à ce moment qu’il est désigné pour exécuter le portrait à cheval, de Marie-Antoinette, dauphine ; ce tableau est destiné à Marie-Thérèse, sa mère et impératrice d’Autriche... Contrairement à l’usage, le prix de la commande n’est pas stipulé.

3. Jules Belleudy, Supplément au catalogue des œuvres de Joseph-Siffred Duplessis, Avignon, Imprimerie Rullier, Extrait des "Mémoires de l’Académie de Vaucluse", 1937. Les ouvrages répertoriés dans cette bibliographie le sont sans nom d’auteurs.

4. Page 146. La recension des expositions ne mentionne pas Diderot et l’art de Boucher à David, les Salons 1759-1781, Paris, Hôtel de la Monnaie, 1984-1985, pourtant essentielle. En revanche, que vient faire dans cette liste des expositions avec catalogue, à la date de 1976 : «  Le président de la république française, Giscard d’Estaing, en voyage aux États-Unis offre à la ville de Philadelphie, pour le bicentenaire de la Révolution américaine, deux copies de tableaux : Louis XVI en pied et Marie-Antoinette de Vigée-Lebrun. » ?



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