Jérôme Bosch : attributions et désattributions


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Jérôme Bosch (vers 1450-1516)
La Tentation de saint Antoine, vers 1500-1510
Huile sur bois - 38,6 x 25,1 cm
Kansas City, The Nelson-Atkins Museum of Art
Photo : The Nelson-Atkins Museum of Art

8/2/16 Attribution - Kansas City, Missouri, The Nelson-Atkins Museum of Art - Dix de perdues, une de retrouvée ? Les attributions se font et se défont depuis la création en 2010, du BRCP, the Bosch Research and Conservation Project. Ce groupe international de chercheurs, restaurateurs et conservateurs a entrepris d’analyser les œuvres de Jérôme Bosch et de son entourage, en prévision du 500e anniversaire - de sa mort - en 2016, actuellement fêté dans sa ville - natale - Bois-le-Duc, par une exposition « Jérôme Bosch, Visions d’un génie » au Musée Noordbrabants du 13 février au 8 mai 2016. Un ouvrage publié chez Actes Sud constituera par ailleurs le nouveau catalogue définitif des dessins et des peintures existantes.

Un tableau relégué dans les réserves d’un musée de Kansas City était jusque-là attribué à l’atelier de Bosch ou à l’un de ses suiveurs. Le voilà sorti du purgatoire depuis que le BRCP y a vu la main du maître lui-même. Il n’était pas totalement inconnu cependant, reproduit dans toutes les monographies consacrées à l’artiste et classé alors parmi les œuvres refusées ou parmi les douteuses. Son évaluation était rendue difficile par des repeints ajoutés notamment lors d’une restauration au XXe siècle, il s’agit par ailleurs d’un fragment scié sur les quatre côtés : la composition originale était plus grande, illustrant sans doute la tentation de saint Antoine.
L’anachorète, doté de la croix de Tau sur son manteau, que l’on retrouve aussi dans la forme de son bâton, se penche pour puiser de l’eau, entouré de ces créatures fantastiques propres à l’imaginaire de Bosch. On retrouve un représentation similaire du saint sur le volet gauche du triptyque des Ermites de la Gallerie dell’Accademia de Venise. Les analyses scientifiques - photographie infrarouge et réflectographie - ont permis d’étudier les dessins sous-jacents qui sont conformes à la technique du maître.

Le BRCP a également rendu au maître le Jugement dernier du musée Groeninge, après l’avoir restauré et analysé ; il était jusque-là donné à des élèves de Bosch par certains, d’autres et notamment Charles Tolnay le considéraient comme une œuvre autographe.
Certaines peintures, en revanche, ont été rétrogradées au statut d’œuvres de l’atelier ou de suiveurs, c’est le cas du fameux Portement de croix du Musée des Beaux-Arts de Gand. En Espagne ce sont quatre peintures dont l’attribution à Jérôme Bosch est contestée : le Couronnement d’épines, conservé à l’Escorial (collections du Patrimonio Nacional) et trois œuvres du Prado : Les Sept péchés capitaux (dont l’attribution a fait plusieurs fois débat), La Lithotomie (tableau également intitulé Cure de folie ou Excision de la pierre de folie) et une autre Tentation de saint Antoine abbé. La réaction du musée espagnol est extrême puis qu’il a refusé, au dernier moment, de prêter la Tentation de saint Antoine et la Cure de Folie pour l’exposition de Bois-le-Duc. Si le Prado est persuadé qu’elles sont autographes, prêter ces peintures et les confronter aux œuvres incontestées du maître aurait pourtant été la meilleure des réponses.
Le musée madrilène organise lui-même une rétrospective du 31 mai au 11 septembre ; gageons que le catalogue ne suivra pas l’avis du BRCP.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 17 février 2016





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