Pour célébrer le centenaire de son installation à l’hôtel de Fabregat, le musée de Béziers a organisé fin 2003 une exposition Jean Pillement, manifestation peu médiatisée pour ne pas dire confidentielle, comme cela arrive fréquemment dans les musées du sud de la France [1]. Dommage, car tant de recherches et de travail auraient mérité plus de publicité ou d’être vus ailleurs, par exemple dans un musée de Lyon, la ville natale de l’artiste. C’est d’autant plus regrettable que ces présentations mettent en valeur des fonds locaux, en partie inédits, et ont souvent plus de valeur scientifique que celles consacrées aux génies du XXe siècle, certes intéressantes et instructives pour un vaste public, moins innovantes sur le fond mais beaucoup plus annoncées (pour rester dans l’Hérault, celles de Lodève par exemple).
Notre peintre a vécu et travaillé à Pézenas, à quelques kilomètres de Béziers, et sa production a été largement diffusée dans le Languedoc par Gamelin qui lui servait de correspondant et de marchand. Aucun prêt n’ayant été demandé à l’étranger, le catalogue Pillement présente l’intérêt de faire connaître plusieurs œuvres méconnues des collections publiques ou privées nationales, la plupart dans le sud de la France, mais pas exclusivement [2]. Bien sûr, l’image de l’artiste n’est pas modifiée par cette rétrospective. On y retrouve ses multiples paysages irréels, faussement rustiques dans la logique du rococo, avec leurs couleurs suaves, des visions de « fond d’aquarium » (Pierre Rosenberg). Ce genre décoratif et limité, Pillement a su l’exploiter dans toutes ses variantes, toutes les tailles, différentes techniques et l’adapter aux modèles champêtres de Boucher et Juliard comme aux tempêtes de Joseph Vernet. Le catalogue n’élude pas non plus la veine des chinoiseries ou son apport très important aux arts décoratifs, notamment dans le domaine des tissus et des papiers peints. La vraie originalité de l’artiste est d’avoir su propager le style français dans toute l’Europe, avec une logique commerciale moderne (comme en témoigne ici sa collaboration avec Gamelin). Qui n’est jamais allé au château de Queluz au Portugal ne peut complètement comprendre comment étaient accrochées les séries de dizaines de ses petits formats dans un intérieur rocaille.
La monographie sur Pillement remonte à 1945 [3], même si plusieurs autres publications ont été par la suite consacrées à l’artiste [4]. Depuis une vingtaine d’année, si on cumule les catalogues des grandes et des petites expositions, les livres de Marc Sandoz et ceux publiés par Arthéna et d’autres articles, il est possible de posséder une bibliothèque très complète sur le XVIIIe français, avec de belles reproductions. Le catalogue de l’exposition Pillement y est désormais indispensable.
Jean Pillement, paysagiste du XVIIIe siècle 1728-1808. L’exposition a eu lieu du 18 octobre au 21 décembre 2003.
Catalogue par Gérard Collin, Nicole Riche, Laurent Félix et Maria Gordon Smith. 15 € (peut se recevoir sur demande au Musée des Beaux-Arts, Hôtel Fabregat, 6 place de la Révolution, 34500 Béziers accompagnée d’un chèque incluant les frais de port de 17,65 euros à l’ordre du Trésor Public, Tél. 04 67 28 38 78).
