Tout juste retraité, Jean-Pierre Cuzin, est ancien conservateur en chef du département des peintures du Louvre, poste dont il avait démissionné en 2003, avant de devenir directeur adjoint de l’Institut national d’histoire de l’art
La rumeur dit que vous seriez sur le point de prendre un poste dans le marché de l’art ?
Je ne suis pas sûr que ce soit un événement planétaire. Il n’est ni rare ni interdit qu’un fonctionnaire qui n’est plus en activité exerce tel ou tel rôle. Il s’agit pour ce qui me concerne de celui de consultant auprès du cabinet d’expert d’Eric Turquin et de ses associés, et non d’une association à une activité marchande. Il est clair que la proposition que m’a faite Eric Turquin, qui ne date pas d’hier, ne pouvait être acceptée que par quelqu’un qui n’est plus en exercice, ce qui est mon cas depuis un an et demi. Je rappelle qu’Everett Fahy, qui a quitté récemment le Metropolitan, occupe maintenant des fonctions dans une grande maison de ventes internationale. Les habitudes anglo-saxonnes sont bien différentes, dira-t-on. Il n’est pas interdit de réfléchir à la situation française.
Vous n’ignorez pas que votre décision va être diversement commentée et peut-être mal comprise par certains ?
Bien sûr. Je n’ignore pas les commentaires qui pourront être faits, concernant quelqu’un qui a eu une position « moraliste » en démissionnant de son poste de directeur des Peintures du Louvre il y a sept ans et a toujours été attaché à une stricte séparation public-privé. Je pense avoir servi de mon mieux les musées français dans les fonctions que j’ai occupées. Vous savez, je n’ai pas trop été sollicité depuis mon départ du Louvre pour participer à la vie des musées, et je ne cache pas ma grande réprobation devant ce que sont devenus les musées d’art ancien, par exemple le Louvre ou Versailles, qui ne remplissent plus complètement, à mon avis, leurs missions républicaines. Inutile de commenter davantage. Mais il y a probablement quelque amertume derrière ma décision…
En quoi ce nouveau rôle vous convient-il ?
En fait cela répond chez moi à une sorte de besoin. Je suis un peu frustré de ne plus avoir de vrais contacts avec la peinture ancienne si ce n’est à travers l’hôtel des ventes et les expositions. Il y a une émotion toujours renouvelée à voir des tableaux resurgir. L’activité d’expert a quelque chose de sportif, comme un travail sans filet, extrêmement excitant. C’est ce que je faisais plus ou moins dans les musées ! Je trouve chez Eric Turquin et ses associés un climat amical, un esprit de recherche et une exigence qui me font plaisir. D’une façon générale, je suis frappé chaque jour par la vivacité, la curiosité et l’engagement des professionnels français du marché de l’art, des aînés comme des plus jeunes. Par leur souci patrimonial aussi, et leur attachement à nos musées. Je ne crois pas être naïf. Ces soucis continueront en tout cas au premier chef d’être les miens, ceux qui me connaissent un peu savent que je dis vrai.
