Jean-Baptiste Frénet (1814-1889), peintre et photographe


Auteur : Michel Régnier

local/cache-vignettes/L240xH232/ab4f21526e019d91-567db.jpgEntre christianisme et mysticisme, Jean-Baptiste Frénet se rapproche par bien des points de son ami Louis Janmot. Tous deux lyonnais, tous deux pénétrés du sentiment d’être incompris de leurs contemporains, d’ailleurs non sans raisons, ils sont l’auteur d’une œuvre inégale, mais dont les réussites devraient leur valoir une place dans l’histoire de l’art religieux du XIXe siècle. Janmot est, depuis les travaux d’Elisabeth Hardouin-Fugier, largement réhabilité. Frénet attend encore au purgatoire. Le livre de Michel Régnier, espérons-le, contribuera à l’en faire sortir.

Elève d’Ingres, il est, comme lui, adepte des déformations anatomiques. Il pousse d’ailleurs celles-ci jusqu’à la caricature, comme en témoignent les bourreaux de l’extravagant Martyre de Sainte Agathe (collection privée, ill. 1, détail). Ce tableau fut exposé au Salon de Lyon de 1842-1843 comme La Vertu en terre, et la Vertu aux prises avec les passion des hommes. Ce titre, accompagné d’un long texte où Frénet tente d’expliquer la symbolique - le terme est de lui - du tableau, témoigne de la volonté de l’artiste de dépasser l’anecdote pour atteindre à l’allégorie. Cette prétention sera mal comprise par la critique : "Si Messieurs les peintres mystiques prennent l’habitude de nous octroyer ainsi leurs élucubrations littéraires, le livret, en prenant la dimension d’un in-4°, finira par être aussi incompréhensible que leurs tableaux..." écrira l’un d’eux.


JPEG - 19.8 ko
1. Jean-Baptiste Frénet (1814-1889)
Sainte Agathe (détail)
Collection particulière
Photo : D.R.
JPEG - 32.6 ko
2. Jean-Baptiste Frénet (1814-1889)
Sainte Agathe
Terre cuite peinte
Collection particulière
Photo : D.R.

Parmi les nombreuses œuvre inédites révélées par l’ouvrage, on notera également un Songe de Jacob de 1840, dont Alexandre Laemlein dans son tableau éponyme du musée de Grenoble a pu s’inspirer, ou la gravure représentant Le Triomphe de la Force sur la terre. Le Christ délivrant l’Innocence enchaînée, version hallucinée du Christ consolateur d’Ary Scheffer. Inédit encore, et d’une grande force plastique, le groupe sculpté du Martyre de Sainte Agathe (collection privée, . 2) qui reprend une partie du tableau déjà cité et qui rappelle curieusement l’expressionnisme des œuvres des sculpteurs émiliens du XVIe siècle tels Guido Mazzoni.

Si l’on ajoute que Frénet peignit également des paysages fantasmatiques qui n’ont pas beaucoup d’équivalents dans la peintures de l’époque et fut photographe, on constatera que l’artiste fut assurément un des protagonistes important et mal connu de l’école mystique lyonnaise.

L’ouvrage de Michel Régnier est bien illustré et très agréable à lire. Il apporte de nombreux renseignements biographiques et une analyse pertinente de l’œuvre, soulignant notamment les attaches maçonniques de Frénet, visibles dans plusieurs de ses toiles, et les ambitions politiques de l’artiste qui fut maire de Charly où il décora l’église. Regrettons cependant l’absence d’index et la non numérotation des photos qui en rendent la consultation difficile. Encore plus gênante est l’absence de notes. Les références des nombreuses lettres citées ainsi que les sources sur lesquelles s’appuient l’auteur échapperont en grande partie aux historiens qui viendront à sa suite.

Michel Régnier, Jean-Baptiste Frénet, 1814 - 1889. Peintre, photographe et homme politique lyonnais, préfacé par Pierre Rosenberg, de l’Académie Française, éditions La Taillanderie. 32 €. Châtillon-sur-Chalaronne, 2002

www.la-taillanderie.com


Didier Rykner, lundi 7 avril 2003





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Publications : Renoir et l’Algérie

Article suivant dans Publications : Nouvelles acquisitions du département des peintures du Musée du Louvre