Si la sculpture est, hélas, une discipline souvent insuffisamment traitée par les musées, Houdon fait exception à la règle. L’exposition du Musée Fabre qui se termine dans quelques jours est la troisième dédiée à cet artiste ces dernières années. Versailles avait organisé une rétrospective en 2004 (voir l’article) ; à son tour, à Atlanta - et il s’agissait d’une des rares expositions véritablement scientifique mise en œuvre dans le cadre de leur partenariat - le Louvre avait monté une exposition autour de sa propre collection [1] accompagnée d’un catalogue raisonné également publié en français. Celle de Montpellier n’est pas réellement une monographie mais davantage la réunion de deux expositions-dossiers.

1. Jean-Antoine Houdon (1741-1828)
L’Eté, 1785
Marbre - 155 x 52 x 48 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Didier Rykner

2. Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)
Jeune fille qui pleure son oiseau mort
Huile sur toile - 52 x 45,6 cm
Edimbourg, National Galleries of Scotland
Photo : Didier Rykner
L’initiative en revient à l’Allemagne : le Musée de Francfort voulait organiser une exposition autour des différentes versions de L’Eté et de L’Hiver, dit La Frileuse. Montpellier qui était un prêteur indispensable puisqu’il possède le marbre de L’Hiver ainsi qu’une petite terre cuite préparatoire, a tenu à la présenter à son tour.
La première partie se penche donc sur ces deux sculptures (réunies à La Frileuse en bronze du Metropolitan) et en approfondit les thèmes associés : Les Saisons, mais aussi la perte de l’innocence dont témoigne la cruche cassée qui se trouve aux pieds de La Pleureuse. Le sujet fut également traité par Greuze avec un tableau du Louvre, mais également la très belle Jeune fille qui pleure son oiseau mort d’Edimbourg (ill. 2) qui, au même titre que la cruche, pleure sa virginité comme cela n’échappa pas à Diderot. La Pleureuse de Clodion, prêtée par le Louvre, est d’un esprit bien différent malgré un titre identique, puisqu’il s’agit d’une figure funéraire. Il n’est cependant pas exclu, en raison de la proximité entre les deux hommes, que Houdon ait songé aux œuvres de son confrère en modelant sa propre pleureuse.

3. Jean-Antoine Houdon (1741-1828)
Marie-Adélaïde de France, dite Madame Adélaïde, 1777
Marbre - 81 x 56,5 x 34 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : didier Rykner

4. Jean-Baptiste II Lemoyne (1704-1778)
Marie-Adélaïque de France, dite Madame Adélaïde, 1768
Marbre - 74 x 58 x 32 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner
La section la plus instructive et la plus intéressante est cependant la seconde, véritable exposition-dossier autour du portrait. La production de Houdon est comparée à celle de ses contemporains d’une manière très éclairante, permettant par exemple de comprendre la différence de traitement et de style entre celui-ci et Jean-Baptiste II Lemoyne, qui ont réalisé tous deux un buste de la fille de Louis XV Madame Adélaïde (ill. 3 et 4). Alors que Houdon cherche à s’approcher au plus près de la réalité, en sculptant avec une grande virtuosité le moindre détail de la dentelle ou des cheveux, Lemoyne (son œuvre est antérieure) veut essentiellement évoquer son modèle par grande masse, sans fioritures. Ces confrontations permettent donc de mieux comprendre le style de Houdon mais aussi celui de Lemoyne - ses autres bustes présentés (ill. 5) montrant cette même propension à sculpter largement, de Pigalle (ill. ) ou de Caffieri. De manière très pédagogique, les caractéristiques des différentes techniques (marbre, plâtre, bronze, terre cuite...) sont également décrites pour les visiteurs.

5. Jean-Baptiste II Lemoyne (1704-1778)
François Gigot de La Peyronie, 1748
Marbre - 85 cm
Paris, Musée de l’histoire de la médecine
Photo : Didier Rykner

6. Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785)
Denis Diderot, 1777
Bronze - 41,4 x 34,5 x 25,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner
Le catalogue, très bien illustré, ne sacrifie ni les notices (dont l’objectif, rappelons-le, n’est pas, lorsqu’il s’agit d’œuvres célèbres, de forcément redire une nouvelle fois ce qui est déjà très connu, mais de replacer l’objet dans le parcours de l’exposition en rappelant ce qu’il lui apporte et pourquoi il s’y trouve), ni les essais dont on retiendra notamment celui sur les supports dans l’œuvre de Houdon.
Collectif, Jean-Antoine Houdon. La sculpture sensible, Somogy, 2010, 300 p., 38 €, ISBN : 9782757203545
Informations pratiques : Musée Fabre, 39 boulevard Bonne Nouvelle 34000 Montpellier. Tél : +33 (0)4 67 14 83 00. Ouvert les mardis, jeudis, vendredis, dimanches de 10h à 18h, les mercredis de 13h à 21h et les samedis de 11h à 18h. Tarifs : 8 € (tarif plein), 6 € (tarif réduit).
