Jacques Stella 1596-1657


Auteur : Jacques Thuillier

local/cache-vignettes/L216xH290/Couverture_Stella_Thuillier_grande-3c5af.jpgOn attendait le catalogue raisonné de Jacques Stella que nous promettait le professeur Jacques Thuillier, l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages essentiels sur la peinture française du XVIIe siècle et l’un des premiers redécouvreurs de l’artiste. Quelques semaines après l’ouverture de l’exposition de Lyon dont nous avons abondamment rendu compte ici-même (voir notre article et celui de Sylvain Kerspern), cette monographie vient enfin de paraître.

La qualité de l’édition et des nombreuses reproductions ne compense pas l’étonnante faiblesse de ce catalogue dont on ne pourrait, sans cruauté, relever tous les manques, à commencer par celui d’un index. La déception est à la hauteur de l’attente.

Dans un épilogue, l’auteur explique que, compte tenu du nombre important d’attributions insoutenables à Stella, il avait fait le choix de ne pas rédiger de section des œuvres rejetées. Cette décision est indéfendable car de nombreux tableaux récemment retrouvés ou considérés comme authentiques par la plupart des spécialistes ne sont nulle part commentés. En conséquence, on ne sait pas si l’auteur ne les connaît pas ou les rejette. Et, dans ce cas, on aimerait savoir quels sont ses arguments. Cela prive aussi le lecteur de la différenciation avec ses suiveurs, notamment Antoine Bouzonnet-Stella et Claudine Stella.

Par parenthèse - et sans prêcher pour notre paroisse - ce livre démontre à quel point il est aujourd’hui impossible de faire de l’histoire de l’art sans consulter Internet. Car au moins deux tableaux publiés pour la première fois sur ce média sont ici totalement ignorés : Jésus retrouvé au Temple par ses parents, de l’église de Fos, révélé dès 2003 par Pierre Curie et Bertrand Ducoureau dans la revue électronique de l’Inventaire In situ et L’Embaumement du Christ de Montréal, dont nous avions signalé l’acquisition en 2005 (voir brève du 12/5/06).

Comme ces deux dernières, de nombreuses œuvres exposées à Lyon sont absentes de ce catalogue. Ainsi, on ne trouve aucune allusion à des tableaux aussi indiscutables que Le Christ en croix et la Madeleine d’une collection particulière (cat. 29, signé et daté), La Lapidation de saint Etienne (Cambridge, Fitzwilliam Museum ; cat. 53, signé), les deux Allégories de L’Astronomie et de La Sculpture (Luxembourg, collection particulière, cat. 93 et 94), Le Christ bénissant et La Vierge de deux collections particulières (cat. 99 et 100, signés), La Vierge en prière et l’enfant endormi (collection particulière, cat. 119)...

L’acquisition par Lyon du Sémiramis est ignorée (ce qui peut s’expliquer pour des raisons de date), mais l’achat en avril de La sainte Famille visitée par sainte Elisabeth (voir brève du 15/11/06)... n’est pas plus connu, et le tableau, identifié à cette occasion, n’est pas pris en compte. Tout aussi incompréhensible est l’absence du tableau supérieur du retable de Provins, Dieu le Père et le saint Esprit, alors que la toile principale est cataloguée.

Pour les petites peintures sur cuivre ou sur pierre, Jacques Thuillier explique ses réticences à accepter la plupart d’entre elles mais, là encore, aucune explication n’est fournie, sauf pour quelques-unes, dont certaines sont montrées à Lyon : la Vierge avec Jésus et saint Jean de Montréal (cat. 68), La Vierge et l’enfant avec saint Jean-Baptiste (Florence, Palazzo Pitti, cat. 61 ) ou Le sommeil de l’enfant Jésus avec trois angelots (Lyon, cat. 63) qui ne déçoivent pourtant aucunement dans l’exposition. Les deux versions de Judith en prière devant la tente d’Holopherne (cat. 42 et 43) sont elles aussi contestées. Au moins toutes ces œuvres font-elles l’objet d’une discussion.

On épargnera au lecteur l’énumération similaire qui aurait pu être faite pour les dessins, dont beaucoup sont également absents. On peut regretter enfin les notices beaucoup trop courtes (voire absentes comme pour La Vierge donnant la bouillie à l’Enfant, de Blois) et les innombrables ommissions (par exemple, aucune bibliographie ni historique pour Le Christ descendu de la Croix de Weimar, exposé récemment au Grand Palais).

Il faut cependant relever quelques points positifs qui sauvent le livre et devraient le rendre utile pour les amateurs : une étude de la fortune critique, de nombreuses estampes jamais publiées auparavant, notamment la suite de sept pièces sur la Vie du Christ et de la Vierge et les frontispices gravés, la reproduction pour la première fois des dessins préparatoires des Jeux et plaisirs de l’Enfance de la bibliothèque de Metz, détruits en 1944. Quelques tableaux non signalés dans le catalogue sont cités et reproduits : un Autoportrait sur cuivre et une Sainte Cécile de localisations inconnues, le Portrait du duc d’Enghien de Chantilly, Le Courage de Mucius Scaevola d’une collection particulière, qui s’ajoute à la série des tableaux « à la Lemaire », L’Enfant endormi adoré par les anges et le très beau Candaule montrant sa femme à Gygès du John and Marble Ringling Museum of Art de Sarasota. Jacques Stella, sur lequel aucun livre n’avait jamais été publié, vient donc simultanément de connaître l’honneur d’une rétrospective et d’un catalogue raisonné. Il est cependant étrange que Jacques Thuillier ne fasse pas allusion une seule fois à la préparation de cet événement, et que son livre soit, dans l’ensemble, moins complet et moins à jour que le catalogue de l’exposition lyonnaise.

Jacques Thuillier, Jacques Stella 1596-1657, Serge Domini Editeur, Metz, 2006, 312 p., 49 €. ISBN : 2-912645-89-1.


Didier Rykner, dimanche 21 janvier 2007



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