Jacques Androuet du Cerceau


Paris, Cité de l’Architecture et du patrimoine du 10 février 2010 au 9 mai 2010

1. Vue de l’exposition Androuet du Cerceau
Photo : Didier Rykner

Il n’y a rien de plus difficile à exposer que l’architecture. Celle-ci ne pouvant par nature être déplacée, il faut l’évoquer de toutes les manières possibles afin de ne pas ennuyer le visiteur que la vision unique de plans et de gravures pourrait facilement rebuter. Les commissaires de la rétrospective Androuet du Cerceau à la Cité du Patrimoine ont parfaitement relevé le défi, grâce à de nombreuses maquettes - dont certaines réalisées spécialement pour l’occasion, à des reconstitutions virtuelles en trois dimensions et à des animations informatiques fort bien faites. Le contexte historique dans lequel évoluait l’architecte est également évoqué par des tableaux et des moulages de sculptures (ill. 1).


2. Jacques Androuet du Cerceau (1520-1586)
Le château de Fontainebleau
Plume, encre noire sur vélin - 50,8 x 74,4 cm
Londres, British Museum
Photo : British Museum

Cet événement est organisé à l’occasion de la parution de deux livres essentiels [1] : le premier est un ouvrage de fonds consacré à Du Cerceau, composé de plusieurs essais écrits par les meilleurs spécialistes et complété par un catalogue sommaire des estampes et des recueils de dessins. Le second reproduit intégralement l’ensemble des 116 dessins conservés au British Museum, préparatoires aux planches des Plus excellents bâtiments de France, très célèbre recueil de gravures représentant les plus importants châteaux du Royaume de France. Cinq d’entre eux sont présentés dans l’exposition (ill. 2), et le seul reproche que l’on pourra faire à celle-ci sera sans doute de ne pas montrer davantage de feuilles originales de Du Cerceau [2].

Les partisans des reconstructions de monuments historiques disparus devraient méditer quelques enseignements de cette exposition. Le premier confirme une nouvelle fois le caractère approximatif des documents d’époque parvenus jusqu’à nous. On aurait pourtant pu penser qu’Androuet du Cerceau, dont les dessins sont d’une précision inouïe jusque dans le moindre détail, représentait fidèlement les monuments tels qu’ils étaient. Or, cette impression est fausse. L’architecte améliorait, enjolivait ce qu’il estimait n’être pas suffisamment harmonieux. Les reconstitutions, virtuelles ou non, que l’on peut voir ici, ont donné du fil à retordre à leurs auteurs, car il fallait d’abord choisir un parti moyen entre les plans et les élévations pour un même monument. Leurs proportions respectives ne correspondent jamais. Une maquette comme celle des Tuileries au XVIe siècle (ill. 3) sera toujours préférable à une reconstruction du monument, entreprise hasardeuse, coûteuse et sans justification historique.


3. Maquette du palais des Tuileries à Paris
dans son état du début du XVIe siècle
Réalisée par Aristeas en 2010 d’après, pour une partie
les dessins d’Androuet du Cerceau
Paris, Musée des Monuments français
Photo : Didier Rykner


Dessinateur d’après l’antique et d’après les châteaux existants, graveur, inventeur exceptionnel de formes ornementales et architecturales qui influenceront un nombre considérable d’artistes, Androuet du Cerceau fut-il lui-même architecte ? Voilà une question qui hante l’exposition sans que celle-ci permette d’aboutir à une conclusion certaine. Claude Mignot, auteur de l’essai « Du dessin au projet : Du Cerceau architecte ? » le pense, mais avoue que son intime conviction ne peut emporter celle de tous. Le château de Verneuil (aujourd’hui détruit) qu’il représenta dans Les plus excellents bâtiments de France est sans doute le meilleur candidat parmi ceux attribués à Du Cerceau.
Il est dommage, en tout cas, que certaines inventions de celui-ci n’aient pu voir le jour, leur auteur estimant lui-même que ses projets étaient trop étranges pour être bâtis. Certaines de ses architectures de fantaisie évoquent même parfois, avec plus de deux siècles d’avance, les inventions des architectes utopistes du XVIIIe siècle.


4. Escalier en vis hors-œuvre de l’aile
François Ier du château de Blois

Maquette en plâtre réalisée sous la direction
d’Anatole de Baudot et d’Henri Chaine
pour l’Exposition Universelle de 1900
Echelle : 7,5 cm / m
Paris, Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Photo : Didier Rykner


Disons un mot, pour conclure, du Musée des Monuments Français dont nous n’avons jamais encore parlé depuis sa réouverture. Cette exposition est l’occasion de dire notre regret - le mot est faible - que si peu de moulages de la Renaissance et de l’époque moderne y soient exposés. A part quelques exceptions, on passe directement du Moyen Age au XXe siècle (celui-ci faisant ainsi l’impasse sur près de quatre siècle d’architecture.) Un nombre considérable de plâtres sont relégués dans des réserves lointaines, et il est significatif que tous ceux présentés dans cette exposition soient dans ce cas, à la seule exception de la maquette de l’escalier de Blois (ill. 4).

Collectif, Jacques Androuet du Cerceau "un des plus grands architectes qui se soient jamais trouvés en France", Editions A. et J. Picard et Cité de l’architecture et du patrimoine, 2010, 352 p., 65 €. ISBN : 9782708408692

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Collectif, Jacques Androuet du Cerceau, les dessins des plus excellents bâtiments de France, Editions A. et J. Picard, Cité de l’architecture et du patrimoine et Le Passage, 2010, 49 €. ISBN : 9782847421507

Signalons également le Dossier de l’Art (n° 171) publié à l’occasion de cette exposition.


Didier Rykner, samedi 3 avril 2010


Notes

[1] Il n’y a donc pas de catalogue au sens strict de cette manifestation, ce que l’on peut néanmoins regretter.

[2] On y voit également quelques dessins conservés au Louvre



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