J. W. Waterhouse 1849-1917. Le préraphaélite moderne


Montréal, Musée des Beaux-Arts, du 1er octobre 2009 au 7 février 2010.
Auparavant :
Groningen, Groninger Museum, du 14 décembre 2008 au 3 mai 2009
Londres, Royal Academy, du 27 juin au 13 septembre 2009.

1. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Mariamne, 1887
Huile sur toile - 259 x 180 cm
Collection particulière
Photo : D. R.

Né un an avant la fondation de la confrérie des préraphaélites, J.W. Waterhouse était trop jeune pour faire partie de ce mouvement même si nombre de ses tableaux traduisent son influence. L’artiste fut cependant bien davantage qu’un épigone tardif. Son art traduit une multitude d’inspirations, faisant de lui une parfaite incarnation de la peinture d’histoire ou de genre historique de la fin du XIXe siècle, au croisement de l’académisme, du symbolisme et du naturalisme.

Avant tout, il faut noter l’admirable technique et l’extrême raffinement dont il fait preuve dans la plupart de ses toiles. Plus encore que pour d’autre peintres, il faut voir et juger Waterhouse devant les originaux, les reproductions étant souvent inaptes à reproduire la richesse de sa matière et les infimes nuances de sa palette (le catalogue de l’exposition ne fait pas exception). Waterhouse, à la différence de Gérôme par exemple dont il se rapproche parfois, ne peint pas de façon lisse mais par grandes touches largement brossées et avec beaucoup d’empâtements. Un bon exemple de cette manière est visible dans l’une des boucles de la ceinture de Mariamne (ill. 1 et 2), où une tache blanche, en fort relief, donne l’impression d’un reflet de lumière argentée. Ses œuvre demandent donc à être examinées avec attention, tant certains détails témoignent d’une virtuosité stupéfiante.


2. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Mariamne, 1887 (détail)
Huile sur toile - 259 x 180 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner



3. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Miranda, 1875
Huile sur toile - 76 x 101,5 cm
Collection Robert et Anne Wiggins
Photo : Didier Rykner

L’exposition Waterhouse est donc, une nouvelle fois, l’occasion de s’interroger sur la relativité des classifications en histoire de l’art. Certains - et on imagine les critiques qu’aurait pu susciter cette rétrospective si elle avait fait escale en France - lui reprochent de peindre encore de manière académique, jusque dans les années 1910, en pleine époque du cubisme. Il s’agit bien sûr d’un faux problème, et la réalité est d’ailleurs bien plus complexe. Regardons par exemple un tableau comme Miranda (ill. 3), avec sa figure toute classique et le sentiment romantique qui s’en dégage (il s’agit d’une héroïne shakespearienne). On ne peut s’empêcher de vouloir isoler la mer à l’arrière-plan, calme encore, malgré la tempête qui approche, et que n’aurait certainement pas reniée un Manet (ill. 4).
Cette comparaison que certains trouveront probablement audacieuse n’a pas pour but de vouloir placer Waterhouse dans le clan des modernes, ce qu’il n’est évidemment pas, malgré le titre de l’exposition. Elle n’a pas non plus comme objectif de signifier qu’il faudrait que Waterhouse peigne comme les modernes pour être considéré comme un grand peintre. Elle signifie seulement qu’il faut regarder son œuvre sans a priori. Il y a, dans cette rétrospective, au moins dix grands chefs-d’œuvre, ce qui suffit à en faire un grand peintre.


4. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Miranda, 1875 (détail)
Huile sur toile - 76 x 101,5 cm
Collection Robert et Anne Wiggins
Photo : Didier Rykner



5. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Les favoris de l’empereur Honorius, 1883
Huile sur toile - 119,3 x 205 cm
Adelaïde, Art Gallery of South Australia
Photo : D. R.

Les favoris de l’empereur Honorius (ill. 5), tableau exposé à la Royal Academy en 1883, montre le goût de Waterhouse pour certains sujets rares. Celui-ci est tiré d’un ouvrage d’Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain. Jeune empereur incompétent, Honorius s’amuse à nourrir des oiseaux pendant que ses favoris viennent lui faire leur cour ; pendant ce temps, le roi Wisigoth Alaric ravage la péninsule jusqu’à Rome. La notice du catalogue ne fait curieusement pas référence à Jean-Paul Laurens. Pourtant, le style comme le sujet imposent un rapprochement avec l’œuvre du peintre français qui, trois ans plus tôt, avait lui aussi peint un Honorius, assis sur son trône, tout aussi abruti et décadent que celui de Waterhouse. Un essai du catalogue rappelle cependant les multiples contacts que ce dernier entretenait avec la France et ses liens avec l’art de ce pays [1]. L’un de ses plus célèbres tableaux, La Dame de Shalott (ill. 6), exceptionnellement prêté par la Tate Britain à Montréal, est ainsi justement rapproché d’un autre artiste français, Jules Bastien-Lepage. Si l’atmosphère et le thème évoquent l’Ophélie de Millais, tableau qui inspira fréquemment Waterhouse, le paysage et la manière de peindre doivent être rapprochés de la Jeanne d’Arc de Bastien-Lepage. Aujourd’hui assez oublié en France malgré la rétrospective récente du Musée d’Orsay (voir l’article), ce dernier eut une forte influence sur de nombreux peintres européens.


6. J. W. Waterhouse (1849-1917)
La Dame de Shalott, 1888
Huile sur toile - 153 x 200 cm
Londres, Tate Britain
Photo : Tate Britain



7. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Circé Invidiosa, 1892
Huile sur toile - 180,7 x 87,4 cm
Londres, Tate Britain
Photo : Tate Britain

La combinaison entre certains éléments naturalistes et un goût pour les sujets fantastiques est une des caractéristiques de l’art de Waterhouse. Celui-ci aime les fées, les sirènes, les magiciennes et les dryades. Son imaginaire n’est pas très différent de celui de nombreux artistes symbolistes même si seules quelques rares œuvres peuvent être qualifiées ainsi. Circé Indiviosa (ill. 7) en fait indiscutablement partie.
Waterhouse est l’auteur d’images qu’il est difficile d’oublier. Il est le peintre de la femme, ce qui le rapproche également des symbolistes. Femmes fortes des premières années telles que son imposante Cléopâtre (cat. 18) ou sa Mariamne (ill. 1) qui descend majestueusement l’escalier qui la mène à son supplice. Femmes amoureuses, héroïnes de tragédies comme la Dame de Shalott, Rosemonde, Marianne... Waterhouse est en réalité un artiste profondément romantique jusqu’à sa mort en 1917, une époque qui l’était alors assez peu.


8. J. W. Waterhouse (1849-1917)
Sainte Cécile, 1895
Huile sur toile - 123,2 x 200,7 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner

On signalera pour conclure que cette rétrospective, dans sa version montréalaise, celle que nous avons vue, est remarquablement mise en scène et bénéficie de cartels clairs et d’explications succinctes mais précises, ce qui est appréciable pour les visiteurs. Son catalogue propose à la fois des essais et des notices assez détaillées auxquelles il manque cependant l’historique et la bibliographie des œuvres. Pour ceux qui souhaiteraient approfondir la question, nous conseillerons également la monographie sur Waterhouse - dont il existe une édition française - écrite par Peter Trippi, ancien directeur du Dahesh Museum et l’un des trois commissaires responsable de cette belle rétrospective.


local/cache-vignettes/L115xH140/Couverture_Waterhouse-3766b.jpgElizabeth Prettejohn, Peter Trippi, Robert Upstone, Patty Wageman, J. W. Waterhouse 1849-1917. Le préraphaélite moderne, Groninger Museum-Royal Academy of Arts-Musée des Beaux-Arts de Montréal, 242 p., 54 €.. ISBN : 9789085864844 (édition française).


local/cache-vignettes/L115xH134/Couverture_Waterhouse_Trippi-9d7d9.jpgPeter Trippi, J. W. Waterhouse, Editions Phaidon, 2006, 251 p., 59,95 €. ISBN : 0714896713.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts, 1380 rue Sherbrooke Ouest, Montréal. Tél : + 514 285 2000. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 11h à 17h et jusqu’à 21h du mercredi au vendredi. Tarif : 15 $ (plein), 7,50 $ (réduit).

English version


Didier Rykner, mercredi 21 octobre 2009


Notes

[1] Luc-Oliver Merson est un autre artiste français dont certaines œuvres de Waterhouse, comme sa Sainte Cécile (ill. 8) peut être rapprochées.



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