Isolation par l’extérieur : le décret qui sauve


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Publicité pour l’isolation par l’extérieur sur
une maison de Villeneuve-sur-Yonne
Photo : Didier Rykner

Le pire n’est pas toujours sûr, et il y a des ministres qui écoutent les associations, et qui savent se rendre aux arguments de bon sens. C’est la conclusion que l’on pourra sans doute retenir du dénouement inattendu et favorable de l’affaire du décret sur l’isolation par l’extérieur (voir nos articles).

La Tribune de l’Art a été en pointe sur ce dossier dont nous avons parlé très tôt. D’autre organes de presse comme Le Canard Enchaîné ou Le Monde se sont également inquiétés des conséquences désastreuses qu’aurait eu pour le patrimoine ancien l’application du décret d’application de la loi sur la transition énergétique, daté du 30 mai 2016 (voir ici). Mais c’est bien l’association Sites & Monuments qui a été la plus active, d’abord dans le cadre de l’examen de la loi sur la transition énergétique (voir ici) puis, lors de l’élaboration de son décret d’application, en déposant un recours gracieux et en négociant auprès du cabinet de Ségolène Royal au nom du « G8 patrimoine ». C’est bien cette ministre qui a considéré que les inquiétudes étaient légitimes et qui a décidé d’y répondre de la meilleure façon qui soit.

Alors que le décret était marqué par un champ d’application quasi inexistant, ce qui revenait en pratique à imposer pour 90% du territoire français une isolation par l’extérieur lors de travaux menés sur les façades (sauf si un architecte mandaté pour réaliser une étude concluait que cela n’était pas nécessaire, ou trop destructeur) le nouveau décret précisera, en exergue, que ne sont concernées que les façades « en briques industrielles, blocs béton industriels ou assimilés, béton banché ou bardages métalliques », ce qui exclut de facto tous les bâtiments anciens construits avant la seconde moitié du XXe siècle. En sont également exclus les bâtiments relevant du label « Patrimoine récent » (« ancien Patrimoine du XXe siècle »), ce qui donne pour la première fois un certain caractère protecteur à cette désignation qui, pour l’instant, ne se traduisait que par une déclaration préalable de travaux.

Nous sommes suffisamment critiques envers le Gouvernement lorsque de mauvaises décisions sont prises en terme de conservation du patrimoine - et nous avions été particulièrement violent sur ce sujet, tant il était grave - pour ne pas reconnaître cette excellente décision, nous en réjouir, et féliciter très chaudement le ministère de l’Environnement de sa décision. Il est souvent plus difficile et plus méritoire de reconnaître une erreur que de ne pas la commettre. Restons néanmoins vigilant car il existe dans le domaine de l’écologie de véritables extrémistes (qualifiés quelquefois de « Khmers verts ») qui ne se satisferont que lorsque chaque bâtiment en France sera recouvert de polystyrène et qui vont, désormais, faire entendre leur voix.

Les bonnes nouvelles ne sont pas si nombreuses. La protection du patrimoine historique et des paysages ne devrait pas s’opposer, comme elle le fait si souvent, à l’écologie. Il s’agit en réalité d’un même combat, d’autant que les performances thermiques du bâti traditionnel - « inertie thermique » perceptible par tout un chacun - sont établies par de nombreuses études officielles conduites notamment avec la participation de l’association Maisons Paysannes de France (voir ici). D’autres sujets restent conflictuels tel que l’implantation des éoliennes qui envahissent le pays sans prendre en compte suffisamment la beauté de nos monuments. Beaucoup de choses restent donc encore à améliorer, et la modification de ce décret, qui prouve que patrimoine et environnement sont solidaires, est un premier pas, si toutefois le ministère tient parole jusqu’à la signature définitive du décret. Une prochaine émission de Patrimoine en question(s), la première depuis plus de trois ans, sera enregistrée le 14 décembre prochain sur ce sujet : « Patrimoine et Écologie, les frères ennemis ? ».


Didier Rykner, lundi 21 novembre 2016





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