Interview de Jean-Patrice Marandel, conservateur des peintures du Los Angeles County Museum of Art Contenu abonnés


jpg-marandel-jpgJean-Patrice Marandel est conservateur au LACMA depuis maintenant près de 15 ans. Il y met en œuvre notamment une politique d’acquisition très volontaire et toujours pertinente, privilégiant souvent les maîtres anciens, français et italiens, du XVIe au XVIIIe siècle. Nous l’avons rencontré à Paris où ce Franco-américain se rend fréquemment - notamment pour acheter des tableaux - et nous l’avons interrogé sur son parcours, sur son musée et sur l’évolution des musées aujourd’hui aux Etats-Unis et en Europe. Un entretien sans langue de bois.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai la double nationalité française et américaine et je vis depuis 1968 aux Etats-Unis où je suis parti à l’âge de 23 ans. J’ai donc fait, un peu par hasard, une carrière américaine.
Formé à l’Institut d’Art par André Chastel, celui-ci m’obtint la bourse Focillon qui permettait de passer une année académique à Yale. Françoise Cachin et Yves Bottineau y avaient été mes prédécesseurs, Jacques Thuillier mon successeur ! Au lieu de rester en France, je suis resté sur place. New York était alors une ville étonnante, plus jeune qu’aujourd’hui. J’y ai découvert le monde de l’art moderne, je rencontrais des artistes, des historiens d’art, Robert Rosenblum entre autres : à cette époque le monde de l’art n’était pas aussi commercial qu’il l’est aujourd’hui. Il régnait sur New York et sur toute l’Amérique un air de jeunesse de gaieté, de fraîcheur qui m’a séduit. Je survivais en faisant de la critique d’art, et en travaillant aussi pour Dominique de Menil qui me permit d’organiser une exposition sur la grisaille : Grey is the color. C’est grâce à un ancien boursier Focillon, Henri Zerner, aujourd’hui professeur à Harvard University, que j’ai obtenu immédiatement un poste au musée de Providence. Je suis devenu conservateur en chef dès mon premier poste ! Ce joli musée situe entre Boston et New York a de riches collections : on y trouve le fameux portrait de Berthe Morisot par Manet, le seul Primatice en Amérique, un sublime paysage de Bourdon, un merveilleux XIXe siècle, bref un vrai musée. J’y ai passe trois ans suivis par une carrière qui a paru à certains un peu chaotique. On m’a accusé de trop changer de poste ! Mais j’étais très jeune et j’avais le désir de changer et l’ambition d’explorer Amérique par ses musées. Ainsi je suis parti à Chicago ou je me suis retrouvé conservateur des peintures et, par raccroc, des antiquités gréco-romaines. J’y suis reste cinq ans. Connu essentiellement pour ses collections Impressionnistes, le musée a cependant un superbe fonds ancien et j’ai eu l’occasion de faire quelques beaux achats que je ne regrette pas, surtout un magnifique La Hyre qui fit la couverture du catalogue de Pierre Rosenberg sur les collections de peintures du XVIIe siècle français en Amérique. J’y ai organisé quelques expositions y compris la première rétrospective américaine de l’œuvre de Frédéric Bazille. Puis les circonstances changèrent : la mort du directeur,…

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