Interview de Jean-Jacques Aillagon à propos de l’inclusion des œuvres d’art dans l’ISF


Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, a été également président du Centre Pompidou et président de l’Établissement public du château de Versailles.

Pourquoi cette question de l’inclusion des œuvres d’art dans l’assiette de l’ISF revient-elle sans arrêt ?

Depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs sont totalement stables quant à leur position sur cette idée. Ce gouvernement s’est conformé à cette tradition. Il n’a pas inscrit au projet de loi de finances de modification du dispositif actuel, c’est donc qu’il ne le souhaite pas. La ministre de la Culture a vu l’intérêt de cette disposition pour les musées qui peuvent s’enrichir des collections privées, soit par des donations, soit par des dations. Chacun a bien compris l’importance de cette mesure pour le marché de l’art, pour son développement par rapport au marché étranger, et pour les collections publiques.
A chaque loi de finance, on n’est pas à l’abri d’une initiative d’un sénateur ou d’un député visant, pour des raisons fiscales évidentes, à remettre en cause ce dispositif. Je connais bien Christian Eckert car nous avons travaillé ensemble au Conseil régional de Lorraine où nous étions collègues. Je souhaite lui en parler1, et lui dire à quel point ce dispositif n’est pas une niche fiscale mais un dispositif positif pour le développement des collections en France, le développement du marché de l’art et celui des collections publiques. Ce n’est pas au moment où un collectionneur comme Antoine de Galbert développe une activité importante, que chaque jour dans nos musées on se rend compte que des enrichissements sont possibles grâce aux collections privées que l’on doit effrayer les collectionneurs qui feraient partir ce patrimoine à l’étranger.

Le dépôt de cet amendement n’aura-t-il pas des conséquences, même s’il n’était pas adopté ?

Je pense que l’instabilité de la règle du jeu fiscale n’est pas une bonne chose. Il ne faut pas remettre sans arrêt en cause des choses qui ne sont pas des détails. Qu’on revienne sur ce type de dispositif, c’est très déstabilisant.
C’est comme si, demain, on considérait que la dation constitue un abus et que l’Etat ferait mieux de toucher de l’argent au lieu de recevoir des œuvres. Cela tarirait l’une des sources les plus brillantes d’enrichissement du patrimoine public. Il ne faut pas toucher sans arrêt aux règles du jeu. Même quand on rassure les gens, qu’un amendement n’a pas été jusqu’au bout, on crée de la méfiance et la méfiance est une mauvaise chose.

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La Tribune de l’Art, samedi 13 octobre 2012


Notes

1Nous avons réalisé cet interview mardi 9 octobre.





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