International Arts and Crafts


L’exposition est actuellement présentée à l’Indianapolis Museum of Art (du 25 septembre 2005 au 22 janvier 2006). Elle a été montrée auparavant à Londres, Victoria & Albert Museum, jusqu’au 24 juillet 2005, et le sera ensuit au Fine Arts Museum of San Francisco (18 mars 2006 - 18 juin 2006).

IMG/jpg/Couverture_Arts_Crafts.jpg Puisque bien souvent maintenant l’enchantement d’une exposition se termine aux marches du temple où abondent catalogues, livres et produits dérivés variés, je commencerai ce commentaire de l’exposition londonienne par la boutique qui vient clore le parcours de l’exposition International Arts and Crafts. Qui souhaite l’originalité et la touche british trouve là de quoi satisfaire toutes ses envies : les détournements en tous genres (et à tous prix), non dénués d’une touche d’humour britannique, dans une présentation enfin claire et dynamique s’offrent à vous. Le rayon librairie n’est pas mal non plus, fort correctement approvisionné et garni de toutes les plus récentes publications : celle qui accompagne la manifestation, mais aussi nombre de livres, et de catalogues ayant abordé récemment le sujet. Parmi cet ensemble varié où bien souvent les recueils d’images priment les commentaires, se trouve le séduisant catalogue de l’exposition de 2004, du Los Angeles County Museum of Art, The Arts and Crafts Movement in Europa and America. En feuilletant cet ouvrage d’un format modeste et d’une présentation relativement austère, mais d’une rigueur scientifique qui semble exemplaire, se précise, par contraste, le malaise éprouvé au fil des salles que l’on vient d’abandonner : l’exposition londonienne, dans sa volonté encyclopédique et internationale, ne serait-elle pas passée à côté de son but, et, à vouloir embrasser trop de temps et trop de lieux, n’étreindrait-elle pas mal son sujet ? Même s’il est toujours hasardeux de délimiter un mouvement et d’en retracer la destinée protéiforme (ce qui avait été une réussite les années précédentes avec les expositions Art Nouveau et Art déco), les options des organisateurs ne trahissent-elles pas la connaissance que nous en avons sans la remplacer par une nouvelle approche convaincante ?

Que l’Angleterre figure en ouverture avec un maximum d’œuvres, plus particulièrement issues des collections du musée où a lieu l’exposition, ne prête pas à conséquence, même si l’on peut s’étonner d’y voir figurer certaines peintures naturalistes de Stanhope Alexander Forbes ou de James Guthrie. Que la démonstration se poursuive avec l’évocation des Etats-Unis, accompagnée d’objets provenant principalement de collections nord-américaines, n’a rien, bien au contraire, de choquant. Mais là où le bât commence à blesser, c’est lorsque l’on aborde la troisième section consacrée à l’Europe (et encore, une étrange Europe, d’où ont disparu la France, qui n’est qu’à peine mentionnée à la page 21 du catalogue, et la Belgique qui ne semble pas avoir plus retenu l’attention), où chacun de ses pays n’apparaît qu’à travers la présentation de quelques rares objets, dont bon nombre proviennent avant tout des collections du Victoria and Albert Museum. Et que penser enfin de l’entassement d’objets japonais de la quatrième section, parmi lesquels se sont glissées quelques œuvres coréennes, terminant la présentation. Ce pays, que le catalogue américain de 2004 ignorait, se trouve là étonnamment en vedette, non seulement avec des œuvres conservées en Grande-Bretagne mais aussi avec d’importants et coûteux prêts des musées de Tokyo, de Kyoto, et de Kurashiki. L’assimilation de l’Arts and Crafts et du plus tardif (puisque son apogée se situe vers 1920-1930), mouvement Mingei (approximativement traduisible par la formule : « d’artisanat populaire ») apparaît quelque peu forcée. En outre, l’inspiration traditionnelle des formes ou des décors semble tout à fait insuffisante pour justifier la présence de rien moins que quatre-vingt quatorze éléments (si mon décompte personnel est exact) lorsque, entre autres, seulement vingt-trois sont chargés de représenter l’Allemagne, vingt-deux l’Autriche, cinq la Norvège et quatre la Finlande. Si la variété des supports de l’Arts and Crafts anglais et de ses suites américaines donne lieu à une déclinaison exhaustive et variée, celle-ci disparaît ensuite dans l’évocation de l’Europe, tandis que l’habile dosage des modes d’expression du mouvement des deux premières sections vole en éclats du fait de la présence massive de céramiques ou de porcelaines japonaises, fort belles mais certainement trop nombreuses.

Après le plaisir stimulant que donnaient les précédentes expositions du Victoria and Albert Museum consacrées à l’Art Nouveau et à l’Art déco, l’occasion de voir de très beaux objets ne suffit pas à emporter l’adhésion et à soulever l’enthousiasme, mais fait amèrement regretter de n’avoir pu être à Los Angeles en 2004…

Catalogue rédigé sous la direction de Karen Livingstone et de Linda Parry, V & A Publications, 368 p., £ 40. ISBN : 1-85177-446-7.


Dominique Lobstein, dimanche 19 juin 2005



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