Inondation à la Bibliothèque nationale de France


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Bibliothèque nationale de France
Site François Mitterrand
Photo : Wikipedia/Thesupermat
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15/1/14 - Patrimoine - Paris, Bibliothèque nationale de France (site François Mitterrand) - La catastrophe a eu lieu dimanche 12 janvier vers 16 h 30, mais il a fallu attendre hier en fin d’après-midi pour apprendre son existence via le très bon site Actualitté consacré à l’actualité du livre.

Dimanche donc, une couronne d’alimentation en eau servant notamment à arroser le jardin intérieur de l’édifice François Mitterrand s’est rompue. Les magasins inférieurs (niveaux 1, 2 et 3) ont été inondés par 27 m3 d’eau, touchant plus ou moins gravement au moins 10 à 12 000 ouvrages. Selon Jacqueline Sanson, directrice générale de la Bnf : « la brigade de sapeurs pompiers qui se trouve en permanence sur le site est intervenue immédiatement et a endigué l’inondation en essayant d’aspirer l’eau au maximum. Ce travail a duré toute la soirée et le personnel de la bibliothèque, fortement mobilisé, a commencé à enlever les livres et à les déployer dans deux salles de lecture qui sont restées fermées jusqu’à mardi. Lundi matin, du personnel a été largement déployé dans le cadre du plan d’urgence. Au fur et à mesure, les livres ont été triés entre ceux qui pouvaient revenir en magasin car largement épargnés, et les autres qui ont été classés par degré d’humidité. Ceux gravement touchés ont été congelés et seront traités par le procédé de lyophilisation, les livres humides ont été emportés dans des salles transformées en atelier d’urgence. Maintenant, les équipes se relaient pour sécher les collections, mettre des buvards, etc. »

Sur les collections touchées, Jacqueline Sanson nous a affirmé qu’il n’y avait pratiquement pas de livres du XVIe siècle qui sont tous dans la réserve des livres précieux et assez peu d’ouvrages des XVIIe et XVIIIe siècles. Ce serait principalement des livres des XIXe et XXe siècles, dont certains étaient en pochette, ce qui les a protégés.
Nous avons eu, sans pouvoir le vérifier, d’autres informations, officieuses celles-ci, de l’intérieur de la Bnf, plus alarmantes, indiquant que de nombreux ouvrages des XVIe et XVIIe siècles seraient concernés dont des maroquins du Roi.
Par ailleurs, d’après le syndicat FSU, un audit détaillé des infrastructures liées à la circulation de l’eau dans le bâtiment avait été réalisé en septembre 2007. Celui-ci avait été suivi de recommandations qui, selon le syndicat, « semblent ne pas avoir été suivies d’effet ». Jacqueline Sanson nous a affirmé que des actions correctives ont été menées qui, selon elle, « ont produit leur effet », les fuites, en 2013, ayant été « moins nombreuses » (une formulation en elle-même peu rassurante). Au contraire, le syndicat souligne « le caractère récurrent des inondations survenant à intervalles réguliers sur le site de Tolbiac ».
Jacqueline Sanson assure, quoi qu’il en soit, que cet incident va nécessiter des actions urgentes pour éviter que cela ne se reproduise.
Coïncidence : nous avions discuté longuement avec un membre du personnel, il y a quelques jours, dans le cadre d’une enquête que nous menons sur la Bibliothèque nationale, et celui-ci nous avait signalé les risques que les canalisations d’eau faisaient peser sur la conservation des livres. Un avertissement étrangement prémonitoire que Jacqueline Sanson tient à relativiser : ces problèmes auraient eu lieu en décembre 2013, mais seraient dus à des actes de malveillance, avec des débordements de sanitaire.

Nous ne pouvons, entre ces deux positions, trancher faute de connaître en détail la situation. L’incident semble néanmoins suffisamment grave pour considérer, avec le communiqué du syndicat FSU, qu’une enquête administrative est nécessaire pour faire toute la lumière sur les responsabilités et les mesures à prendre. Cette inondation intervient dans un contexte où l’on peut s’interroger sur la bonne gestion de cet établissement public, entre le début d’incendie qui a failli tourner au drame l’été dernier, la scandaleuse affaire de l’escalier du site Richelieu1, la curieuse privatisation au profit du cinéma MK2 d’une partie du site Tolbiac (voir notamment cet article du Monde) ou la création d’une filiale Bnf-partenariat dont un des objectifs est de commercialiser des œuvres tombées dans le domaine public (voir cet article d’Actualitté)...


Didier Rykner, mercredi 15 janvier 2014


Notes

1Il serait peut-être plus judicieux de consacrer l’argent qui va être dépensé pour détruire l’escalier et en reconstruire un autre à Richelieu aux travaux à faire pour sécuriser les circulations d’eau à Tolbiac...





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