
Ecole française, XIXe siècle
La Colère de Noé
Huile sur toile - 450 x 360 cm
Essômes-sur-Marne, abbatiale
Photo : F. Antérion
28/7/10 – Restauration – Essômes-sur-Marne, Abbatiale – En 2003, nous avions publié sur ce site (Voir l’article) cinq tableaux du XIXe siècle conservés dans des églises de Picardie. Deux d’entre eux demeuraient anonymes, dont une grande toile dont le sujet lui-même n’était pas facile à identifier. Nous avions suggéré, en assortissant cette proposition d’un point d’interrogation, d’y voir une représentation de La Mort d’Ananie exécutée par un artiste français vers 1820-1825.
Cette œuvre vient de bénéficier d’une restauration [1] qui a donné lieu à une étude approfondie et à une publication éditée par l’Association pour la Sauvegarde de l’Abbatiale Saint-Ferréol d’Essômes-sur-Marne. L’iconographie a été brillamment précisée par Philippe Bonnet, conservateur en chef du patrimoine, qui signe un des deux essais de ce petit livre : il s’agit en réalité de La Colère de Noé, sujet fréquent au Moyen Age mais à peu près totalement délaissé par la suite, jusqu’au XIXe siècle où il fut traité par quelques peintres. On connaît notamment une toile d’Emile Signol hélas conservée au Musée Granet d’Aix-en-Provence, qui plus est en mauvais état, ce qui signifie qu’on n’est certainement pas près de la voir exposée, une autre par le fort peu connu Jean-Baptiste Delestre, un élève de Gros, conservée dans l’église de Moret-sur-Loing ou encore, au Musée d’Aurillac, une peinture d’Emile Lévy. [2]
Son historique a pu être précisé par Maurice Franche, vice-président de l’Association, grâce à une tradition familiale. Le tableau était, en 1930, marouflé en plafond dans un hôtel particulier aujourd’hui détruit, autrefois au 69, rue de Rochechouart, qui appartenait à un fabricant de toiles pour artistes-peintres. Il fut donné à cette époque à son grand-père qui l’offrit à son tour à l’église.
L’auteur n’a en revanche toujours pas été identifié, l’œuvre n’étant pas signée. Philippe Bonnet propose de la dater tardivement dans le XIXe siècle. Il observe que « la toile de facture mécanique, ne saurait être antérieure à 1850 » et que « la composition dynamique fondée sur de grandes diagonales, l’expression de sentiments paroxystiques, le paysage aux tonalités orientalistes, le coloris quasi vénitien [...] renvoient clairement à ce second romantisme qui se déploie dans les années 1860 et 1870, illustré notamment par Henri Lévy ou Eugène Thirion ».
L’argument basé sur les caractéristiques de la toile nous paraît difficile à retenir. Les toiles de fabrication mécanique existent depuis la fin du XVIIIe siècle et aucune révolution significative dans cette industrie n’est intervenue au milieu du siècle, à notre connaissance. Quant au style, il nous semble qu’il est cohérent avec celui d’un néo-classique tardif peignant pendant la Restauration, en tout cas probablement avant 1850. Il faut cependant rester prudent car nous n’avons vu l’œuvre qu’en photo. Il faut espérer qu’une découverte d’archives ou la réapparition d’une esquisse ou de dessins préparatoires permette un jour prochain de mettre un nom sur ce grand tableau et d’en permettre, enfin, une datation précise.
Géraud de Galard et Philippe Bonnet, La Colère de Noé, Association pour la Sauvegarde de l’Abbatiale Saint-Ferréol, 2010, 39 p., 12 €. ISBN absent.
Ce livre n’est pas diffusé en librairie et doit être commandé directement auprès de l’Association. Tous les renseignements sont fournis ici.
