16/9/10 – Marché de l’art – Paris, Galerie J. Kugel – Les superlatifs manquent pour qualifier l’exposition que la galerie Kugel organise dans son hôtel particulier du Quai Anatole France. Et ce n’est pas dû seulement au décor conçu par Pier-Luigi Pizzi, impressionnant, dont le point d’orgue est une immense salle en rotonde. Celui-ci ne forme qu’un cadre somptueux pour un ensemble d’objets exceptionnels. Il est rare en effet de voir une telle accumulation d’œuvres majeures, souvent à la provenance prestigieuse, dont la plupart rendrait jaloux n’importe quel musée. On aimerait d’ailleurs que certaines pièces puissent finir dans les collections publiques françaises.
Le catalogue n’en présente malheureusement qu’une vingtaine, les principales. En dehors de celles-ci, tout objet vendu devrait être remplacé immédiatement pour un autre et l’on conseillera donc aux amateurs de s’y rendre rapidement et peut-être d’y retourner pour voir les nouvelles œuvres exposées.
Le titre, Anticomania, est limpide : il s’agit ici de montrer des œuvres antiques, ou largement inspirées par l’antique. On y trouve aussi bien des bronzes que des marbres, des céramiques que des camées, des peintures ou des mosaïques, tous de la plus haute qualité.
L’un des objets les plus remarquable a été acheté à la vente Bergé-Saint-Laurent (ill. 1). Vendu comme entourage de Primatice, il a depuis été identifié comme une œuvre fondue sous sa direction pour François Ier. Six de ces bronzes, réalisés d’après l’antique, sont encore conservés à Fontainebleau. Celui-ci n’a pas de modèle ancien connu et il est possible qu’il s’agisse d’une invention de Primatice lui-même. Après les réaménagements du parc en 1718, la tête aurait disparu pour se retrouver dans la collection de Pierre Crozat. Après diverses tribulations au cours du XVIIIe et du XIXe siècle, elle passe en Angleterre avant d’être acquise par Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent. Elle avait alors perdu sa paternité depuis longtemps et passait pour antique.

1. Double tête
Fondue sous la direction du Primatice
pour le château de Fontainebleau, 1541
Bronze - H. 56 cm
Paris, Galerie J. Kugel
Photo : Galerie J. Kugel

2. Laocoon
Bronze provenant de la collection de Louis XIV
H. 46,5 cm
Paris, Galerie J. Kugel
Photo : Galerie J. Kugel
Une autre sculpture en bronze sort du commun : il s’agit d’une reprise moderne, vers 1680-1685, du célèbre antique le Gladiateur Borghèse, attribuée à Joseph Vinache par comparaison avec une autre version similaire conservée à Versailles dans le bosquet de la Reine. On signalera aussi un autre bronze, beaucoup plus petit mais à la provenance prestigieuse : un Laocoon (ill. 2) provenant de la collection de Louis XIV à qui il avait été donné par André Lenôtre. On le retrouve en 1868 au château de Saint-Cloud avant qu’il ne disparaisse pendant plus d’un siècle.
Nous ne citerons pas ici les antiques, qui sortent du champ couvert par La Tribune de l’Art, mais ceux-ci sont également nombreux et du plus grand intérêt, comme un vase précieux en sardoine, probablement romain du Ier siècle après J. C.
