Hôtel Lambert : nouvelle audience du Tribunal Administratif


Comme prévu (voir l’article), une seconde audience s’est tenue cet après-midi au Tribunal Administratif qui instruit le référé déposé par l’asociation Paris-Historique contre l’autorisation de travaux sur l’Hôtel Lambert donnée par le ministère de la Culture. L’instruction étant close, le jugement, mis en délibéré, sera rendu au plus tard le 16 septembre.

Nous ne détaillerons pas ici l’ensemble des interventions des trois avocats (celui du ministère de la Culture, du propriétaire et de l’association), de la représentante de la Mairie de Paris (qui a expliqué que celle-ci donnait maintenant son autorisation sans réserves) et de Jean-François Cabestan qui parlait en tant qu’expert pour Paris-Historique. On notera simplement que l’avocat du ministère, absent lors de la première audience, a commencé sa plaidoirie en expliquant qu’il n’avait qu’une connaissance du projet réduite aux quatre heures pendant lesquelles il a pu visiter l’Hôtel Lambert. Il s’est d’ailleurs légèrement emmêlé dans la description des décors, parlant des « fresques » de Le Sueur ce qui serait un détail s’il ne s’agissait pas d’un dossier très technique qui exige une certaine précision.
Les défendeurs ont été mis plusieurs fois en difficulté. Ainsi, il s’avère qu’aucun procès-verbal n’a été rédigé suite à la réunion de la Commission nationale des monuments historiques ce qui témoigne tout de même d’une certaine légéreté de la part du ministère, surtout dans un dossier aussi sensible. Par ailleurs, la présidente s’est particulièrement interrogée sur quelques points peu clairs, sur l’absence de certains éléments dans le dossier ou sur l’imprécison des réponses des défendeurs.

- Le cabinet de Jean-Baptiste Lambert : à la question de la présidente demandant si la salle de bain qui doit y être installée serait fermée, ou ouverte sur le plafond (dont on rappelle que les poutres ont été peintes au XVIIe et en partie restaurées par Viollet-le-Duc), l’avocat du propriétaire a répondu : « Je ne sais pas », ce qui est un peu étonnant, d’autant qu’il pouvait consulter l’architecte Alain-Charles Perrot qui se trouvait juste derrière lui. Il a par ailleurs affirmé que seul un nouvel ascenseur était créé (à droite de l’entrée, qui remplace un escalier dont l’association prétend qu’il est du XVIIIe et le ministère de la Culture du XIXe) et que l’ascenseur du cabinet de Jean-Baptiste Lambert était supprimé. Or, à une nouvelle question de la présidente, il a bien dû répondre qu’un ascenseur aboutissait effectivement dans cette pièce, même s’il s’interrompait avant de percer le plafond. Cet ascenseur a été qualifié de « monte-personne », sans doute pour en minimiser l’impact.

- Les cheminées : les plans indiquaient clairement que plusieurs cheminées disparaissaient. A deux reprises, la présidente a demandé des précisions à ce sujet, et par deux fois l’avocat du propriétaire a répété que toutes les cheminées étaient conservées... à l’extérieur. Devant l’insistance de la présidente pour connaître le sort des cheminées intérieures, il a expliqué qu’en juin dernier le comité scientifique avait décidé de toutes les garder en les réutilisant toutes, sauf une (une « cheminée du XIXe, sans intérêt ») qui serait cependant déposée et conservée. Quant à la cheminée néo-renaissance des appartements du deuxième étage, elle serait également « déposée et conservée ». Tout cela, avouons-le, n’est pas très clair, même pour les avocats. Alors que celui du propriétaire affirmait que tous les éléments déposés seraient conservés dans l’Hôtel, le second le contredisait en précisant : « Tout ce qui est antérieur à 1850 sera conservé ». La présidente, devant cette confusion, a regretté qu’aucun inventaire des éléments de décor existants, devant être déposés, et de ceux qui seraient ou non conservés n’ait été établi.

- Les parquets : ce point n’avait à notre connaissance jamais été abordé auparavant. La présidente a interrogé les défendeurs qui ont répondu qu’ils devaient tous être refaits puisqu’il n’y en avait « pratiquement plus aucun d’anciens », ce qui paraît tout de même curieux.

- Le creusement du parking dans la cour : là encore, la présidente n’a pas semblé bien saisir (pas plus que la salle d’ailleurs) en quoi consistaient finalement les structures mises en place et si elles s’appuieraient, ou non, sur le structures de l’édifice ; nous avouons n’avoir pas non plus tout compris. L’utilité, déjà douteuse, du parking souterrain apparaît d’autant moins réelle que désormais seules quatre places de parking sont prévues, c’est à dire pas davantage que ce qui existe actuellement.

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Hôtel Lambert
Troisième étage
Pièce dénommée l’« atelier »
On voit sur distinctement des éléments de décor du
XIXe siècle, notamment sur le plafond
Photo : SCI Hôtel Lambert / M. Lombard
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- Les aménagements néo-gothique : les défendeurs disent qu’en dehors de l’escalier de Lassus et des vitraux (conservés), il ne reste plus rien de cette époque ; cette affirmation nous paraît un peu aventureuse : un simple coup d’œil à la photo de la pièce où se trouve la cheminée néo-renaissance permet de voir davantage que des traces de décor du XIXe (ill.).

- Les lucarnes du XVIIIe siècle : le projet, dont les défendeurs ont admis l’ancienneté, prévoit de les supprimer parce qu’elles seraient « incohérentes avec les bâtiments et les autres lucarnes de la cour » qui, elles, sont de Le Vau. Cette volonté de purification, qui nie l’histoire en voulant remplacer des éléments du XVIIIe siècle par de fausses lucarnes du XVIIe datant du XXIe siècle, n’est pas acceptable.

Les deux parties semblent parfois un peu excessives dans leurs arguments alors qu’il serait sans doute possible d’arriver rapidement à des solutions satisfaisantes pour tous. Quelques points paraissent résolus comme l’abandon définitif des arrivées d’eau situées au dessus de la galerie d’Hercule. En ce qui concerne les pierres de la façade dont l’association souligne que plus de la moitié seraient remplacées, les défendeurs ont expliqué qu’il s’agissait d’un procès d’intention, aucune décision n’étant encore prise sur ce point. Ils ont à nouveau dit que le système de refroidissement n’était pas une climatisation et qu’il n’entraînerait pas l’installation de canalisations qui dénatureraient les pièces historiques.

On conclura sur une savoureuse remarque de l’avocat du ministère. Celui-ci a en effet cité (quel honneur !) le dernier article de La Tribune de l’Art pour dire, en reprenant notre argument, que les monuments destinés à recevoir du public sont souvent plus mal traités que l’Hôtel Lambert. Se rendant compte qu’il reprenait ainsi certaines de nos critiques sur les restaurations menées par les services des Monuments Historiques, et donc son propre client, il prit soin avec humour de s’en excuser immédiatement auprès des représentants de l’administration. L’honneur était sauf.


Didier Rykner, mardi 8 septembre 2009





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