Après le jugement du tribunal administratif annulant l’autorisation de travaux donnée par le Ministère de la Culture (voir brève du 15/9/09), le sort de l’Hôtel Lambert est plus que jamais incertain. Si cette décision du juge n’a pas été une surprise tant la défense du ministère et du propriétaire ont été peu convaincantes lors de l’audience (voir notre article), les positions des deux parties sont-elles vraiment aussi irréconciliables que le passage devant la justice pourrait le laisser penser ? Lors de notre visite de l’Hôtel Lambert avec quelques journalistes, l’Architecte en Chef des Monuments Historiques, Alain-Charles Perrot, avait été très clair : le propriétaire n’avait presque rien exigé si ce n’est d’obtenir une restauration aussi respectueuse que possible du monument. La plupart des points litigieux ne sont donc, d’après l’aveu même de l’ACMH, pas liés à des demandes du frère de l’émir du Qatar. Qui s’acharne donc ? Le propriétaire, l’administration des monuments historiques ou même l’association ?
Examinons les désaccords un par un :
le remplacement de certaines ouvertures, l’installation de pots à feux, etc. : sur tous ces travaux contestés par l’association, l’administration doit-elle vraiment s’arc-bouter sur ses positions alors qu’il ne s’agit apparemment pas de points d’achoppement pour le propriétaire ?
le parking : lors de l’audience, il a été clairement dit que celui déjà existant dans l’aile gauche peut loger le même nombre de voitures que le fera celui creusé dans le sous-sol. Quelle est désormais la nécessité de ce dernier ? L’architecte souhaite restituer la symétrie des deux ailes de la cour qui avait été légèrement dégradée par la création, après la guerre, de ces places de stationnement. Il s’agit là d’un détail qui ne justifie pas un tel acharnement.
le rehaussement du muret : cela vaut-il vraiment le coup, de part et d’autre, de se battre pour ces 50 cm ? Là encore, il s’agit réellement d’un détail et on ne voit ni pourquoi ce rehaussement serait indispensable à l’intimité des habitants de l’Hôtel, ni même en quoi il ruinerait si gravement l’harmonie du bâtiment sur les quais.
le dépôt de certaines cheminées et le changement de cloisonnement des pièces de l’aile gauche, au rez-de-chaussée : lors de notre visite de l’Hôtel, on nous avait affirmé que l’ordonnancement de ces pièces et leurs volumes ne seraient pas modifiés. Il serait souhaitable qu’il en soit vraiment ainsi et on ne comprend pas, là encore, pourquoi il devrait en être différemment.
la suppression des décors du XIXe siècle au troisième étage : ce problème semble largement résolu, d’autant que Frédéric Mitterrand a assuré l’ambassade de Pologne que ces restes de l’occupation des lieux par les Czartoryski seraient préservés.
Les points énumérés ci-dessus semblent avoir été imposés en grande partie par l’architecte. Ils sont inutiles et augmentent le coût des travaux pour le propriétaire de manière non négligeable. Pourquoi l’administration se braque-t-elle en exigeant leur maintien ? L’installation d’un système de réchauffement et de refroidissement fait régner la confusion : l’association appelle ce dispositif une climatisation, ce que conteste l’architecte qui affirme que tout passera dans les gaines déjà existantes. Si cela est exact, il ne devrait pas être difficile de formaliser cet engagement et de le contractualiser grâce à des plans plus clairs.
Enfin, il semble que le propriétaire n’avait qu’une exigence : l’installation de l’ascenseur dans la chambre de Jean-Baptiste Lambert. De réels progrès ont déjà été faits puisque cet ascenseur ne percera plus le plafond. Doit-on réellement bloquer entièrement un projet aussi indispensable pour cette unique raison ?
Nous avons peut-être omis quelques points. Mais notre but était surtout de montrer que les quelques désaccords qui subsistent ne méritent certainement pas de se battre par tribunaux interposés pendant peut-être des années. Si un accord n’est pas rapidement trouvé, le vrai risque pour l’Hôtel Lambert serait l’abandon du projet par le propriétaire qui pourrait décider d’aller dépenser ses millions ailleurs. Le très mauvais état actuel de l’Hôtel Lambert devrait inciter à la fois l’administration et l’association à se retrouver autour d’une table pour parvenir à un compromis acceptable pour tous, un objectif qui ne semble vraiment pas inatteignable.

