Henri IV à Fontainebleau. Un temps de splendeur


Fontainebleau, Château du 7 novembre 2010 au 28 février 2011

Il y a trois ans, Henri IV était maltraité à Fontainebleau par la restauration de la Cour des Offices qu’y menait alors les Monuments Historiques sous la direction de l’architecte en chef Jacques Moulin (voir notre article). Si les dégâts sont encore visibles, fort heureusement le contexte a totalement changé. Jacques Moulin a été remplacé et, en ce cinq-centième anniversaire de sa mort, le premier des Bourbons est enfin honoré comme il se doit par un château qu’il a beaucoup aimé et où il a laissé des traces fort nombreuses.


1. Porte du Baptistère
Château de Fontainebleau
Photo : Didier Rykner

2. Galerie des Assiettes
Château de Fontainebleau
Photo : Didier Rykner


Outre la cour des Offices (également connue sous le nom de Quartier Henri IV), il y fit en effet construire la Porte du Baptistère (ill. 1) qui ferme la Cour Ovale et entreprit de nombreux autres travaux dont on voit parfois encore les résultats aujourd’hui, même si certains comme le Jardin de l’Etang, la galerie des Chevreuils ou le bâtiment de la Volière n’ont pas survécu au passage du temps. S’ils ont également souffert, les décors peints ont en partie résisté au point que c’est bien au château de Fontainebleau que l’on peut aujourd’hui découvrir la peinture monumentale sous Henri IV, les autres grands décors (au Louvre, aux Tuileries ou à Saint-Germain) ayant été détruits comme nous le rappelle Vincent Droguet, le commissaire dans le catalogue.

Avant d’entrer dans l’exposition, le visiteur est d’ailleurs amené à parcourir la galerie des Assiettes (ill. 2) où une partie du décor peint de la Galerie de Diane, dû à Ambroise Dubois et Jean Dhoey et détruit sous le Premier Empire, fut remonté sous Louis-Philippe. Transposés sur toile, ces éléments sont en mauvais état de conservation mais donnent une idée de ce qu’était cette grande entreprise que l’on connaît également par des aquarelles de Charles Percier.


3. Attribué à Ambroise Dubois (1543-1614)
Gabrielle d’Estrées en Diane, vers 1595
Huile sur toile - 139 x 100 cm
Entre deux reliefs aux chiffres d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées
de l’atelier de Mathieu Jacquet (vers 1545-vers 1611), vers 1595
Marbre - 27 x 91,5 cm chaque
Fontainebleau, Musée national du château
Photo : Didier Rykner

4. Ambroise Dubois (1543-1614)
Allégorie du Dauphin, vers 1601-1606
Huile sur toile - 110 x 175 cm
Fontainebleau, Musée national du château
Photo : RMN


5. Salon Louis XIII
autrefois appelé cabinet de Théagène et Chariclée
Château de Fontainebleau
Photo : Didier Rykner

L’exposition elle-même est remarquablement scénographiée, sobrement mais avec le souci de mettre en valeur au mieux les œuvres présentées, notamment en essayant de replacer celles-ci à la bonne hauteur et en rapprochant des ensembles aujourd’hui dispersés. Ainsi, un tableau attribué à Ambroise Dubois et acquis en 2000, Gabrielle d’Estrée en Diane, est accroché entre deux reliefs en marbre de l’atelier de Mathieu Jacquet, au chiffre d’Henri IV et de sa favorite, qui servaient probablement d’encadrement à cette toile (ill. 3).
Un peu plus loin, deux décors peints majeurs sont évoqués, dus à Ambroise Dubois. Le premier, le cabinet de Tancrède et Clorinde, était formé de huit tableaux situés au-dessus du lambris et d’un plafond orné de peintures. Sur les huit compositions, deux sont perdues, deux ont été remontées dans la première salle Saint Louis et quatre sont montrées dans l’exposition. Seule la peinture qui occupait le centre de la voûte (ill. 4) est également conservée et exposée ici de manière plafonnante.
Le second décor, celui du cabinet de Théagène et Chariclée, appelé par la suite salon Louis XIII, est encore en partie conservé in situ (ill. 5), soit onze peintures sur quinze, trois se trouvant dans la première salle Saint-Louis et une, perdue, ayant été retrouvée et acquise en 1980 (ill. 6). Plusieurs dessins préparatoires sont montrés ici.


6. Ambroise Dubois (1543-1614)
Combat de Tancrède et Clorinde, vers 1601-1606
Huile sur toile - 171 x 349 cm
Fontainebleau, Musée national du château
Photo : RMN

7. Eléments sculptés de la Grande Cheminée
Photo : Didier Rykner


Démantelée sous Louis XV, la Grande Cheminée était une des réalisations artistiques majeures du Fontainebleau de Henri IV. Elle est évoquée dans l’exposition grâce à un agrandissement (presque à la taille d’exécution) d’un dessin de l’architecte François d’Orbay du XVIIIe siècle peu avant sa destruction, et à plusieurs éléments sculptés aujourd’hui conservés au Louvre (ill. 7). Une Etude pour un un combat de cavaliers (ill. 8), aujourd’hui attribuée avec certitude à Antoine Caron(ill. 9), peut être rapprochée sans aucun doute d’un de ces reliefs de Mathieu Jacquet, ce qui permet désormais de prouver la part que prit Caron à la conception de l’ensemble. Quelques autres fragments dont un très beau casque qui se trouvait sous les sabots du cheval du roi se trouvent encore à Fontainebleau.


8. Mathieu Jacquet (vers 1545-vers 1611)
La bataille d’Ivry et la reddition de Mantes, 1597-1600
Marbre - 46,6 x 66,7 x 5,3 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner

9. Antoine Caron (1521-1599)
La bataille d’Ivry et la reddition de Mantes
Lavis beige, pierre noire - 24 x 43,1 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN


Un autre décor fondamental est celui de Martin Fréminet à la chapelle de la Trinité. Les modelli du Louvre (ill. 10), en camaïeu préparatoires à des tableaux remplacés au XVIIIe siècle, sont exposés, ainsi qu’un dessin conservé en collection particulière nouvellement identifié. Signalons ici que le catalogue, qui comprend à la fois d’excellents essais et des notices qui replacent bien les œuvres dans le contexte de l’exposition, fait systématiquement l’impasse sur leur historique, ce qui est regrettable.


10. Martin Fréminet (1567-1619)
Les Noces de Cana
Huile sur toile collée sur carton - 41,3 x 25,7 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN

11. Richard Toutain
Aiguière, vers 1560
Cristal de roche monté en argent
partiellement doré et en or émaillé,
cabochons de rubis - H. 41 cm
Madrid, Musée du Prado
Photo : Musée du Prado


L’exposition se conclut sur plusieurs objets d’art insignes ayant appartenu au cabinet de curiosités de Henri IV, notamment une aiguière en cristal de roche appartenant aujourd’hui au Prado (ill. 11). Le parcours doit cependant se poursuivre dans le château lui-même pour voir les nombreux éléments de décors subsistant, soit qu’ils soient encore en place comme les peintures d’Ambroise Dubois pour le cabinet de travail aujourd’hui Salle Louis XIII, soit qu’ils aient été réinstallés dans d’autres pièces par la suite, comme les trois principales sculptures qui ornaient la Grande Cheminée, le Henri IV à cheval remonté en 1834 dans la deuxième salle Saint-Louis, et les figures de la Clémence et de la Paix insérées la même année sur la cheminée de la salle des Gardes. En s’appropriant un peu de la gloire artistique d’Henri IV, Louis-Philippe voulait ainsi montrer la continuité dynastique entre les Bourbons et les Orléans.

Commissaire : Vincent Droguet

Collectif, Henri IV à Fontainebleau, un temps de Splendeur, RMN, 2010, 207 p., 35 €, ISBN : 9782711857548

Informations pratiques : Fontainebleau, Château, 77300 Fontainebleau. Tél : + 33 (0)1 60 71 50 70. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h30 à 17h (d’octobre à mars) et de 9h30 à 18h (d’avril à septembre). Tarif : 10 € (plein), 8 € (réduit).

English version


Didier Rykner, samedi 1er janvier 2011



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