Gauguin. Maker of Myth


Londres, Tate Modern, du 30 septembre 2010 au 16 janvier 2011.
Washington, National Gallery of Art, du 27 février au 5 juin 2011.

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1. Paul Gauguin (1848-1903)
Autoportrait avec Manao tupapau, 1893-94
Huile sur toile - 46 x 38 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN - Musée d’Orsay

Alors que Monet s’expose au Grand Palais (voir l’article), sous la houlette de Richard Thomson, son épouse Belinda Thomson est la commissaire d’une rétrospective Gauguin à la Tate Gallery, la première organisée au Royaume-Uni, qui se rendra ensuite à Washington.

Les qualités de celle-ci ne sont pas moins grandes que l’événement Monet. Mais comme cette dernière, nous n’en apprendrons pas beaucoup plus sur l’artiste. Il faut beaucoup d’ambition pour s’attaquer à des sujets aussi souvent traités que Monet ou Gauguin. Cette dernière exposition prétend renouveler la vision de l’art du peintre et du sculpteur mais les thèses exposées, qui nous paraissent parfaitement justes, ne sont pourtant pas entièrement nouvelles.
Le texte d’introduction de Belinda Thomson montre que Gauguin, le « faiseur de mythes », accordait beaucoup d’importance à la mise en scène de sa propre vie et que celle-ci était somme toute sa première création. Il souligne en outre l’écart grandissant que l’artiste mit entre les Impressionnistes et lui-même, trouvant leur art insuffisamment intellectuel. Gauguin fut finalement plus proche des symbolistes que de Monet, Sisley ou même de son maître Pissarro, ne serait-ce que par l’importance des sources littéraires et par sa volonté d’exprimer des idées à travers sa peinture, même en l’absence de toute narration. L’essai est intéressant, tout cela est exact mais pas particulièrement original. Plusieurs autres articles introduisent le catalogue dont l’un, consacré à Gauguin et la politique, est signé par Philippe Dagen.


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2. Paul Gauguin (1848-1903)
Le Christ au Jardin des oliviers, 1889
Huile sur toile - 72,4 x 91,4 cm
West Palm Beach, Norton Museum of Art
Photo : Didier Rykner


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3. Paul Gauguin (1848-1903)
Le Christ Jaune, 1889
Huile sur toile - 92,1 x 73,3 cm
Buffalo, Albright Knox Art Gallery
Photo : Didier Rykner

Si l’on peut regretter l’absence de notices, celle-ci est moins préjudiciable que pour d’autres expositions, la plupart des œuvres étant très connues et la raison de leur présence à tel ou tel moment du parcours en général assez évidente. Les essais introductifs aux différentes sections suffisent à faire comprendre les raisons des regroupements.
L’exposition commence avec une éblouissante série d’autoportraits (ill. 1) mis en relation justement avec un des tableaux les plus émouvants de l’artiste, son Christ au Jardin des Oliviers (ill. 2) qu’on ne retrouve qu’un peu plus loin dans le parcours. Gauguin se fait parfois peintre religieux et ses représentations de scènes de la vie du Christ, la plupart vues à traverse le prisme de ses séjours bretons, font partie de ses œuvres les plus touchantes (Le Christ vert de Bruxelles, Le Christ jaune de Buffalo, ill. 3).
Vient ensuite une section intitulée « Rendre le familier étrange » (« Making the familiar strange ») qui s’attache à montrer comment, dans ses natures-mortes et ses représentations d’objets quotidiens, l’artiste introduit une touche de bizarrerie, dont l’interprétation n’est pas toujours aisée, notamment à l’aide d’objets ou de symboles n’ayant a priori rien à voir avec la scène représentée. D’un vase de fleur surgit une tête d’idole tahitienne (ill. 4) ou le papier peint tapissant une chambre d’enfant se transforme en scène de rêve. Parfois, ce sont ses propres sculptures ou céramiques, elles-mêmes d’interprétation complexe, que Gauguin introduit dans ces natures mortes. Même une scène aussi banale que trois chiots lapant invite à voir au-delà de la simple représentation (ill. 5).


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4. Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte avec fleurs et idole, 1892
Huile sur toile - 40,4 x 32 cm
Zurich, Kunsthaus
Photo : Didier Rykner
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5. Paul Gauguin (1848-1903)
Nature morte avec trois chiots, 1888
Huile sur panneau - 91,8 x 62,6 cm
New York, The Museum of Modern Art
Photo : Didier Rykner

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6. Paul Gauguin (1848-1903)
La Perte du pucelage, 1889
Huile sur toile - 90,2 x 130,2 cm
Norfolk, Chrysler Museum of Art
Photo : Didier Rykner

Cette étrangeté se retrouve dans toutes les salles qui suivent, qu’elles montrent des paysages bretons ou les scènes religieuses dont nous parlions déjà plus haut. Les chefs-d’œuvre célèbres y sont très nombreux, de La perte du pucelage (ill. 6) (encore une toile éminemment symboliste) à La Vision du Sermon (Edimbourg) comme ils le sont d’ailleurs dans toute l’exposition. Bien que non chronologique, les sujets choisis amènent naturellement le visiteur vers les œuvres polynésiennes qui pour l’essentiel terminent le parcours. Un chapitre consacré à la vision de la femme par Gauguin rappelle l’ambiguïté de celle-ci et souligne la persistance de certains thèmes, comme celui de l’eau et de la vague, et figures (Eve, Oviri...) On peut admirer dans cette section le beau relief en bois Papa Moe qui entrera probablement très prochainement dans les collections du Musée des Beaux-Art de Lyon1 (voir brève du 22/6/10).


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7. Paul Gauguin (1848-1903)
Etude de différents visages et d’une danseuse javanaise, 1890
Crayon
Frederikssund, The J.F. Willumsen Museum
Photo : Didier Rykner
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8. Paul Gauguin (1848-1903)
Le Sourire, 1899
Bois gravé
Chicago, The Art Institute
Photo : Didier Rykner

Signalons enfin que cette rétrospective fait une large part à l’œuvre graphique, non seulement les dessins (ill. 7) mais aussi les bois gravés (ill. 8). Une salle est également consacrée aux documents d’époque, affiches, photographies et manuscrits, permettant ainsi de mieux situer l’artiste et sa production dans le contexte de l’époque, notamment le développement des voyages vers les contrées lointaines.

Commissaire : Belinda Thomson

Sous la direction de Belinda Thomson, Gauguin. Maker of Myth, Tate Publishing, 2010, 256 p., £24,99. ISBN : 9781854379023 ;


Informations pratiques : Tate Modern, Bankside, London SE1 9TG. Tél : + 44 (0) 20 7887 8888. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h (22 h vendredi, samedi et dimanche). Tarif : £13,50 (réduit : £10).

Site Internet de la Tate Modern

English version


Didier Rykner, dimanche 5 décembre 2010


Notes

1On apprend dans le catalogue le nom des actuels propriétaires, Sandro et Marta Bosi.





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