Frieze Masters : une foire décevante pour l’art ancien


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1. Attribué à Alessandro Algardi,
dit L’Algarde (1598-1654)
Christ en croix
Bronze doré et bois
Riccardo Bacarelli/Bruno Botticelli
Photo : Riccardo Bacarelli/Bruno Botticelli

14/10/15 - Marché de l’art - Londres - Frieze Masters, dont la première édition avait lieu il y a quatre ans, a depuis l’origine eut pour caractéristique de mêler le moderne et l’ancien, avec l’objectif avoué d’amener les collectionneurs du premier à s’intéresser au second. Le résultat, pour qui s’intéresse à la peinture et à la sculpture ancienne (les arts décoratifs et le mobilier sont quasiment absents), est décevant, et il semble qu’il ne soit guère plus satisfaisant pour les marchands d’art ancien. Ceux-ci doivent s’adapter à la demande et pour la plupart d’entre eux modifier leur offre, soit en ne présentant que de l’art moderne (c’est le cas cette année de Dickinson et de Richard Green), soit en pratiquant le mélange des genres, soit en proposant « des sujets pas trop compliqués, des œuvres décoratives et qui ne demandent pas trop de réflexion » comme nous a dit un marchand. Un programme pas très enthousiasmant, on en conviendra, et qui donne une image peu flatteuse des acheteurs.

Pour l’art moderne, signalons toutefois que selon Harry Bellet, fin connaisseur du marché, la foire est d’une qualité exceptionnelle. C’est déjà cela.
Remarquons aussi que quelques marchands proposent tout de même des stands conformes à ce que l’on connaît d’eux, comme Giovanni Sarti, Stephen Ongpin ou Jean-Luc Baroni, même si les œuvres sont parfois bien moins nombreuses qu’à Maastricht, par exemple, comme c’est le cas pour Johnny van Haeften. Chez Jack Kilgore, l’accent était mis sur le XIXe siècle, avec des œuvres réellement remarquables. Nous avons vu par ailleurs plusieurs sculptures baroques d’excellente facture comme un grand Crucifix en bronze doré attribué à l’Algarde chez Botticelli (ill. 1), ou chez Sarti une esquisse en terre cuite pour une figure de saint à Saint-Pierre de Rome par le sculpteur romain Pietro Pacilli (ill. 2) ou encore, chez Tomasso Brothers un étrange buste en marbre Memento Mori, d’une tête de mort tenant un serpent dans la bouche, par un artiste italien anonyme du XVIIe siècle (ill. 3).


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2. Pietro Pacilli (1720-1773)
Saint Camille de Lelis
Terre cuite - H. 50 cm
Galerie Sarti
Photo : Didier Rykner
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3. Italie, fin du XVIIe siècle
Memento Mori
Marbre - 76 x 47 cm
Tomasso Brothers Fine Art
Photo : Tomasso Brothers Fine Art

L’amateur d’art ancien et XIXe dénichera donc ça et là, malgré tout, quelques beaux objets, et pour peu qu’il dispose d’un portefeuille bien garni et qu’il soit suffisamment attentif, il pourra même y trouver des œuvres à acheter. Pour notre part, nous préférons les foires où l’ancien est bien davantage présent, comme Maastricht, ou celles plus petites mais spécialisées comme le Salon du Dessin, et Paris Tableau qui ouvrira ses portes le mois prochain.


Didier Rykner, mercredi 14 octobre 2015





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