François Hollande veut défendre le patrimoine (mais pas en France)


On ne peut que se féliciter des initiatives internationales visant à sauver le patrimoine des pays menacés par le terrorisme, dont la Syrie, l’Irak ou encore certains pays d’Afrique. On ne peut que se réjouir que la France y participe, au côté des États-Unis. On ne peut qu’apprécier l’organisation d’une « grande conférence internationale sur le patrimoine de l’humanité en péril »…

Mais comment ne pas voir la tartuferie d’un Président de la République qui pose, dans un discours prononcé au Metropolitan Museum of Art à New York, en sauveur du patrimoine mondial et laisse se perpétrer dans son propre pays, quand ce n’est pas son gouvernement qui s’y prête, les pires crimes patrimoniaux ? Nous aimerions bien que l’ONU, via l’UNESCO, vienne aussi en aide à la France où le vandalisme recommence à sévir comme il avait sévi dans les années 1960 et 1970.

Entendre François Hollande donner parmi ses priorités la prévention, c’est-à-dire « empêcher qu’un patrimoine puisse tomber dans des mains qui seraient destructrices », pendant qu’il laisse sa ministre de l’Écologie publier un décret sur les travaux d’isolation par l’extérieur menaçant 90% du territoire français ou sa ministre de la Culture donner son feu vert au saccage d’un secteur sauvegardé, laisse un petit goût amer. L’entendre demander la reconstruction des œuvres détruites lorsqu’il laisse vandaliser une aile entière au sein du château de Versailles (et vient même inaugurer le brillant résultat) fait rire jaune.

Entendre le président qui a entériné une baisse sans précédent du budget accordé à la restauration des monuments historiques (on est passé en gros de 400 millions à 350 millions d’euros par an, un chiffre largement insuffisant) vouloir créer un fonds mondial pour la protection du patrimoine, c’est un peu comme si Attila se piquait de vouloir donner des cours de jardinage.
François Hollande conclut son discours sur ces fortes paroles : il faut « permettre aux générations futures de tout savoir de ce qu’a été l’histoire pour préparer avec davantage de responsabilités l’avenir ». On aimerait qu’il les mette en pratique en France.


Didier Rykner, vendredi 23 septembre 2016





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