François Gérard portraitiste


Peintre des rois, roi des peintres. François Gérard portraitiste

Fontainebleau, château, du 29 mars au 30 juin 2014.

Un bon portraitiste peint de beaux portraits. Un grand portraitiste aussi, mais il y ajoute la variété. Un grand portraitiste n’est ainsi jamais ennuyeux.
Est-ce la qualité du choix ? Toujours est-il que la rétrospective de Fontainebleau, qu’il faut se dépêcher d’aller voir car elle se termine dans trois semaines, fait apparaître François Gérard comme un grand portraitiste.


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1. François Gérard (1770-1837)
Autoportrait, vers 1825
Huile sur toile - 66 x 55 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/G. Blot
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2. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Jean-Baptiste Isabey et
de sa fille Alexandrine
, 1795
Huile sur toile - 190 x 130 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/A. Dequier

Le parcours commence avec l’image du peintre. C’est l’occasion de rattraper un manque : nous n’avions pas signalé en son temps l’acquisition par Versailles, auprès de la galerie Mendes à Paris, d’un très bel autoportrait (ill. 1). Son caractère inachevé, dont on ne peut exclure complètement qu’il soit voulu, lui donne un côté très anglais que la confrontation avec le portrait de Gérard par Thomas Lawrence, qui appartient à Versailles, confirme pleinement. Cette influence de l’Angleterre est signalée dans le catalogue et se retrouve notamment dans certains portraits en pied dans des paysages.
Ces deux effigies de l’artiste datent des environs de 1825, tandis qu’un plâtre de David d’Angers a été terminé après la mort de Gérard. L’exposition est essentiellement chronologique, le premier chef-d’œuvre arrivant rapidement puisqu’il s’agit du portrait de Jean-Baptiste Isabey et de sa fille Alexandrine (ill. 2), conservé au Louvre et exposé au Salon de 1796. Il y connut un grand succès et lança la carrière de Gérard portraitiste.


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3. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Marie-Laetitia, Madame Mère
Huile sur toile - 215 x 145 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP
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4. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Joachim Murat en costume de hussard, 1801
Huile sur toile - 215 x 135 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/F. Raux

Le choix de ne retenir que les portraits, malgré sa cohérence, est malgré tout frustrant. Un an avant cette œuvre, Gérard avait déjà marqué les esprits grâce à un Bélisaire qui répondait en quelque sorte à celui de son maître David. Avec ce portrait d’Isabey, il trouve une manière qu’il poursuivra tout au long de sa carrière : des figures en pied, debout ou assises, sur un fond d’architectures (on est ici au palais du Louvre) ou de paysages, dans une attitude souvent assez intime. Ce n’est pas le peintre qui est ici représenté, mais le bourgeois père de famille.
Cette formule, où un certain naturalisme atténue ce que peut avoir de solennel ce type de représentation, se retrouve même chez les plus grands. C’est ainsi qu’apparaissent notamment les sœurs de Napoléon ou Marie Laetizia (ill. 3) : malgré la richesse des costumes, malgré le rang des personnes représentées que l’artiste rend de manière magistrale, il réussit à donner au spectateur une impression de simplicité.
Sans ce naturel, les modèles peuvent paraître un peu ridicules. C’est ce qui arrive, par exemple, à Murat (ill. 4) qui pose tel un coq de basse-cour. Le tableau est magnifique mais le prince ne s’en sort pas à son avantage tant il semble fat.


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5. François Gérard (1770-1837)
Portrait de l’Impératrice Marie-Louise
Huile sur toile - 65 x 53 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/H. Lewandowski
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6. Atelier ou copie de François Gérard (1770-1837)
Portrait du docteur Dubois, vers 1802
Huile sur toile - 65 x 54 cm
Fontainebleau, château (dépôt de Malmaison)
Photo : RMN-GP/A. Didierjean

Comme l’un des portraitistes officiel de l’Empire, Gérard est amené à peindre Napoléon, Joséphine puis Marie-Louise. À partir de l’original, comme c’était souvent le cas à cette époque, l’atelier produisit de multiples répliques. Gérard souvent ne peignait que la tête, laissant ses collaborateurs réaliser le reste du tableau. C’est ainsi que l’empereur et sa seconde épouse sont représentés ici par des œuvres d’atelier qui témoignent d’ailleurs de la qualité de celui-ci. Joséphine, en revanche1, apparaît en pied sur un tableau largement autographe. Marie-Louise, est également peinte, cette fois par Gérard seul, assise, en habit du sacre, et en buste (ill. 5), dans une pose moins officielle (l’œuvre est inachevée), montrant ce naturel qui fait le charme des portraits de Gérard.
Sans doute en raison du manque de place, qui limite le nombre de tableaux présentés (et oblige à trop tasser ceux qui sont présentés), cette question de l’atelier n’est ici qu’effleurée. On signalera toutefois l’intéressante comparaison entre trois versions du même tableau représentant le docteur Antoine Dubois (ill. 6), chirurgien-accoucheur de l’impératrice Marie-Louise. Le statut de ces trois œuvres pratiquement identiques était incertain puisqu’ils sont tous présentés comme « copie ou atelier de François Gérard ». Leur confrontation semble montrer que l’un d’entre eux est peut-être « plus » original que les autres, mais ne l’ayant pas noté lors de notre visite, nous laisserons le soin à chaque visiteur de se faire son idée...


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7. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Mme Tallien, vers 1802
Huile sur toile - 212 x 127 cm
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Musée Carnavalet
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8. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Frédéric-Guillaume de Prusse
Huile sur toile - 32 x 23 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/G. Blot

Décrire tous les tableaux de cette exposition équivaudrait à n’énumérer que des dignitaires de l’Empire (même si hélas le chef-d’œuvre acquis par le Metropolitan Museum récemment, le portrait de Talleyrand - voir la brève du 8/10/12 - n’a pas pu être prêté puisqu’il s’agit d’un don Wrightsman2). On y voit aussi des femmes célèbres comme Madame Récamier, ou Madame Tallien (ill. 7), toutes deux à Carnavalet, cette dernière y étant entrée jadis, quand ce musée pouvait encore faire d’importantes acquisitions.
Mais Gérard n’est pas seulement à l’aise dans le grand format. Sur un mur entier sont accrochés une partie des petites répliques de ses portraits, ricordi acquises par Versailles dans la vente de l’atelier (c’est un de ces tableaux qui a récemment disparu des réserves de Versailles - voir la brève du 25/2/14). Il y fait preuve d’une grande capacité à renouveler son style : on n’est pas ici dans un faire lisse et minutieux comme le pratiquent Marguerite Gérard ou Boilly à la même époque. Prises individuellement et sans connaître leur histoire, ces portraits pourraient passer pour des esquisses tant ils paraissent libres. Certains d’entre eux, avec leurs paysages à l’anglaise (ill. 8), se rapprochent même de la manière romantique : on n’est pas loin ici du Baron Schwitter de Delacroix.


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9. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Mme Broc, 1800
Graphite noir, rehauts de lavis
gris et beige- 32,6 x 23,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/C. Chavan
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10. François Gérard (1770-1837)
Portrait de Marie-Caroline, duchesse de Berry
et de ses enfants
, 1822
Huile sur toile - 275 x 181 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/J. Schormans

Quelques dessins montrent qu’avec une technique identique (pierre noire ou crayon noir, parfois rehaussé de lavis gris) il parvient à des effets très différents selon qu’il s’agit d’études préparatoires à un portrait peint (qu’il pouvait ensuite utiliser en l’absence du modèle) ou d’œuvres plus abouties réalisées pour elles mêmes (ill. 9).
Quant aux derniers portraits exposés (ill. 10), ils prouvent que s’il n’avait rien perdu de son talent, Gérard n’est pas un peintre qui - en tout cas dans le domaine étudié ici - a beaucoup évolué. On aimerait en tout cas pouvoir un jour appréhender complètement sa carrière, dans toutes ses composantes. Si, des « trois G », Girodet a eu sa rétrospective au Louvre, Gros et Gérard attendent encore la leur. Au moins ce dernier aura-t-il eu l’exposition de Fontainebleau.

Commissaire : Xavier Salmon.


Xavier Salmon, François Gérard. Peintre des rois, roi des peintres, Coédition RMN/Château de Fontainebleau, 2014, 248 p., 39 €. ISBN : 9782711862108.
Acheter le catalogue sur La Tribune de l’Art


Informations pratiques : Fontainebleau, Château, 77300 Fontainebleau. Tél : + 33 (0)1 60 71 50 70. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 18 h. Tarif : 11 € (plein), 9 € (réduit). Site internet.


Didier Rykner, mercredi 11 juin 2014


Notes

1Signalons l’exposition sur Joséphine actuellement au Musée du Luxembourg jusqu’au 29 juin. Nous n’avons pas eu encore le temps d’en parler et nous ne sommes pas certains d’y arriver avant qu’elle ne ferme, mais elle mérite d’être vue.

2Les œuvres offertes par les Wrightsman sont soumises à cette condition.





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