Ford Madox Brown : pionnier pré-raphaélite


Ford Madox Brown : Pre-Raphaelite Pioneer

Manchester, Art Gallery & Town Hall, du 24 septembre 2011 au 29 janvier 2012.
Gand, Musée des Beaux-Arts, du 25 février au 3 juin 2012.

Les pré-raphaélites – et les peintres « victoriens » au sens large – ont indiscutablement le vent en poupe si l’on en juge par le nombre d’expositions récentes1, en cours (voir l’article) et à venir2 qui leur sont consacrées des deux côtés de la Manche. C’est cette fois au tour de Ford Madox Brown (1821-1893) – qui n’a jamais officiellement fait partie de la confrérie, contrairement à tout ce qu’exprime sa peinture et à ce que le titre de l’exposition pourrait laisser supposer – de bénéficier d’une rétrospective, comprenant quelque 140 œuvres, qui lui est entièrement consacrée. Pourquoi Manchester ? Parce qu’il y a habité six ans vers la fin de sa vie, mais surtout parce qu’il y a réalisé une série de douze peintures murales, commande des édiles pour la grande salle de l’hôtel de ville (joyau de l’architecture « néo-gothique victorienne » dû à Alfred Waterhouse inauguré en 1877) qu’il exécuta entre 1879 et l’année de sa mort.

Ces œuvres murales sont évidemment inamovibles, et l’exposition est donc organisée sur deux sites très proches : la Manchester Art Gallery et l’hôtel de ville, avec ouverture exceptionnelle à cette occasion de la grande salle certains dimanches où elle n’est pas utilisée pour les activités municipales. Nous avons donc là une possibilité rarissime – à condition de venir à Manchester le bon dimanche – d’examiner de visu la célèbre série retraçant l’histoire de cette ville depuis l’occupation romaine, maintes fois reproduite dans les livres et désormais il est vrai visible sur Internet, mais bien sûr à échelle fort réduite, alors que toutes ces compositions font plus de trois mètres de large.

Le déplacement pour aller voir ces peintures murales, avec les contraintes de calendrier afférentes à l’entreprise, vaut-il la peine ? La réponse à cette question dépend in fine de l’intérêt que l’on porte à Ford Madox Brown non pas tant en qualité d’artiste dans l’abstrait, mais en qualité d’artiste engagé dans les débats politiques et sociaux de son temps. On sait que Manchester se revendiquait au XIXe siècle capitale du libéralisme (dans tous les sens du terme, aussi bien en économie qu’en politique), « l’École de Manchester » regroupant tous les principaux théoriciens du libre-échange et du laisser-faire. La municipalité qui a choisi Ford Madox Brown pour décorer son Great Hall adhérait bien sûr à ces valeurs – et l’artiste le savait pertinemment. Or, lui qui va être – il le sait aussi – amené à peindre des scènes religieuses édifiantes est un mécréant qui – fait rarissime dans l’Angleterre de l’époque – demandera à être enterré civilement. De même, il mesure vite les limites accordées à sa liberté d’artiste : il veut naïvement par exemple consacrer un des douze tableaux (nombre dicté par les intervalles entre les colonnes qui soutiennent la charpente de l’édifice) à un épisode récent de l’histoire populaire de Manchester, le « massacre de Peterloo3 » de 1819 – proposition qui, on s’en doute, n’avait guère de chances de séduire les élites qui avaient directement ou indirectement envoyé la cavalerie contre les manifestants.


1. Ford Madox Brown (1821-1893)
Les Romains construisent un fort à Mancenion en l’an 80, 1880
Fresque à l’alcool (procédé Gambier Parry) - 146 x 318 cm
Hôtel de ville de Manchester
Photo : Manchester City Council

2. Ford Madox Brown (1821-1893)
L’expulsion des Danois de Manchester, 1880-1881
Fresque à l’alcool (procédé Gambier Parry) - 146 x 318 cm
Hôtel de ville de Manchester
Photo : Manchester City Council


Julian Treuherz, commissaire de l’exposition et coordinateur du catalogue, explique ces apparentes contradictions en avançant que dans la plupart des tableaux d’édification religieuse ou mettant apparemment en scène de hauts personnages, le véritable héros, c’est le peuple, omniprésent en arrière-plan, voire au tout premier plan, comme dans le premier tableau, Les Romains construisent un fort à Mancenion en l’an 80 (ill. 1), où les occupants ne pourraient rien faire sans la main d’œuvre des Britanniques locaux.
Dans L’expulsion des Danois de Manchester (par les Saxons en 910), les élites militaires saxonnes sont à peine visibles au fond de la scène, alors que le petit peuple joue un rôle central dans sa libération (ill. 2).
L’anecdote illustrée dans Le procès de Wycliffe (en 1377, ill. 3) est encore plus complexe : le peuple est là aussi bien « physiquement » présent, mais ce qui est sous-jacent, c’est l’idée « radicale » qu’il a droit lui aussi à l’accès au savoir, ici en l’occurrence le droit de comprendre la Bible en « langue vulgaire », Wycliffe ayant été l’un des premiers traducteurs de l’Écriture sainte en anglais, ce que l’Église interdisait formellement. Si les échevins farouchement anti-papistes de Manchester pouvaient se réjouir d’y voir une défense et illustration de la Réforme, Ford Madox Brown sauvait par ce sous-texte son honneur de « progressiste ».
Du strict point de vue artistique, notre préférence va sans aucun doute à la douzième et dernière scène, Dalton4 prélève du méthane dans une mare (ill. 4), peut-être parce qu’on y retrouve le mieux la manière caractéristique de l’auteur : ses couleurs vives – d’aucuns diraient criardes – ses personnages dans des poses insolites, son goût pour l’introduction d’enfants et d’animaux de compagnie chaque fois que possible. Rares d’ailleurs sont les tableaux de la série qui ne comportent pas chiens ou chats – clins d’œil à la Hogarth, que Ford Madox Brown avait de toute évidence parfaitement assimilé en ce domaine. Reste que si Julian Treuherz salue la constante prise de distance que manifestent ces douze œuvres, il ne cherche pas véritablement à en défendre la valeur proprement artistique.


3. Ford Madox Brown (1821-1893)
Le procès de Wycliffe, 1885-1886
Fresque à l’alcool (procédé Gambier Parry) - 146 x 318 cm
Hôtel de ville de Manchester
Photo : Manchester City Council

4. Ford Madox Brown (1821-1893)
Dalton prélève du méthane dans une mare, 1886-1887
Fresque à l’alcool (procédé Gambier Parry) - 146 x 318 cm
Hôtel de ville de Manchester
Photo : Manchester City Council


Il en va tout autrement pour l’exposition proprement dite dans la Manchester Art Gallery, qu’il a choisi de compartimenter – au sens propre comme au sens figuré – selon onze thèmes composés chacun de dessins, d’ébauches inachevées, d’études préparatoires, de cartons parfois fort détaillés et de peintures, avec en plus la présence de mobilier et de vitraux conçus par l’artiste. Certains de ces compartiments obéissent à une logique chronologique, comme « La première période », où Ford Madox Brown reste tributaire du romantisme français. Il est d’ailleurs né en France, à Calais, où ses parents étaient alors établis, avant d’aller étudier les beaux-arts en Flandre belge (d’où la reprise prévue de l’exposition à Gand), notamment à Anvers, avec toute la tradition académique qu’on peut imaginer dans l’enseignement artistique de cette époque. Sa version à lui du rejet romantique de ce que Julian Treuherz appelle le « décorum » académique donnera Manfred sur la Jungfrau, anecdote tirée de Byron (ill. 5). De même, « Le changement de direction » porte sur une période bien précise – et capitale : celle, autour de ses vingt-cinq ans, où l’artiste se forge un style personnel. C’est l’époque où il commence (l’exécution des œuvres principales s’étale le plus souvent sur de longues années) Geoffrey Chaucer lit La légende de Constance à Édouard III et sa cour, dont l’original en grand format (1845-1851) est désormais à Sydney et trop coûteux à transporter, et qu’on nous montre dans une version réduite de 1868 actuellement à la Tate (ill. 6).


5. Ford Madox Brown (1821-1893)
Manfred sur la Jungfrau, 1841 (retouché 1861)
Huile sur toile - 140 x 115 cm
Manchester, Art Gallery
Photo : Manchester, Art Gallery

6. Ford Madox Brown (1821-1893)
Geoffrey Chaucer lit La légende de Constance
à Édouard III et sa cour
, 1868
Huile sur toile - 123 x 99 cm
Londres, Tate Britain
Photo : Tate, London 2010


Les rouges vifs5 si caractéristiques de Ford Madox Brown y apparaissent pour la première fois et l’œuvre présente également un intérêt indirect qui la rattache au mouvement pré-raphaélite : le modèle de Chaucer n’est autre que Dante Gabriel Rossetti, qui avait demandé à Ford Madox Brown de l’accepter comme élève.


7. Ford Madox Brown (1821-1893)
Les mignons agneaux qui font bêê, 1851-1859
Huile sur panneau - 61 x 76 cm
Birmingham Art Gallery
Photo : Birmingham Museums & Art Gallery


8. Ford Madox Brown (1821-1893)
Un après-midi d’automne anglais, 1852-1855
Huile sur toile - 72 x 135 cm
Birmingham Art Gallery
Photo : Birmingham Museums & Art Gallery

Toujours en suivant la chronologie, l’exposition nous propose ensuite une rubrique intitulée « Le peintre paysager », où figurent deux œuvres majeures du canon brownien. La première, dont le titre en anglais infantile (et critiqué à l’époque) est difficile à traduire – nous proposerons Les mignons agneaux qui font bêê – constitue un remarquable exemple d’expérimentation sur les contrastes entre lumière crue et ombres nuancées (ill. 7).
Le cartel nous dit qu’on y voit pour la première fois les couleurs présentes dans les ombres, innovation généralement attribuée aux impressionnistes français.
Quant à la deuxième, Un après-midi d’automne anglais (ill. 8), jugée « laide » par Ruskin, elle innove en ne dépeignant ni des paysages champêtres ni des scènes de la vie urbaine, mais un entre-deux inédit, lié à l’expansion des villes et à l’apparition de banlieues avec leurs jardinets, leurs petits pavillons et cabanons de brique rouge et leurs colombophiles, petits bourgeois ou ouvriers aisés. Ici, il s’agit des collines de Hampstead, depuis lesquelles on aperçoit Londres dans le lointain : tout y est « petit », jusqu’aux arbres d’espèce hétérogène au feuillage peint dans ses moindres détails, et on n’y trouve même pas la noblesse du pauvre – rien donc dans ce « sujet » pour susciter l’intérêt des esthètes élitistes ni celui des intellectuels ouvriéristes, d’où le verdict sans appel de Ruskin.


9. Ford Madox Brown (1821-1893)
Le travail, 1852-1863
Huile sur toile - 137 x 197 cm
Manchester : Art Gallery
Photo : Manchester City Galleries


On pourra pivoter sur cette notion d’intellectuels ouvriéristes pour aborder le volet qui suit, « Le peintre de la vie moderne », qui comporte ce qui constituera sans nul doute le « clou » de l’exposition pour la plupart des visiteurs, Le travail (ill. 9), vraisemblablement l’œuvre de Ford Madox Brown la plus connue en Grande-Bretagne. Lorsqu’on n’en a vu jusque là que de plus ou moins fidèles reproductions, dans un format forcément réduit qui élimine la myriade de détails graphiques (inscriptions sur les tracts, graffiti sur les murs, slogans politiques et commerciaux sur les affiches murales et les pancartes) on est immédiatement saisi par l’ambition de l’œuvre, par l’ampleur de la composition, où l’auteur a voulu rassembler toutes les facettes de la société londonienne de son temps autour de ces terrassiers qui creusent le sol d’une ruelle d’Hampstead pour y réparer des tuyaux. Même les trois chiens du premier plan, nous fait remarquer Julian Treuherz, reflètent la hiérarchie sociale, depuis le bâtard hirsute de la pauvresse jusqu’au lévrier de pure race élégamment vêtu de la dame de charité en passant par le jeune bull-terrier d’un des ouvriers. Le célèbre écrivain Thomas Carlyle (1795-1881), grand pourfendeur du culte « libéral » de l’argent-roi qui, à droite, dévisage le spectateur plus qu’il n’observe la scène en compagnie du révérend F. D. Maurice (1805-1872), pasteur anglican philanthrope, ancêtre toutes proportions gardées de nos « prêtres ouvriers », symbolise le travail intellectuel tout en indiquant indirectement où Ford Madox Brown va puiser ses références idéologiques. Le visiteur est également à même de savourer toutes les inscriptions portées sur le cadre conçu par l’artiste (cadre le plus souvent hélas excisé dans les reproductions) – nous ne citerons que celle du bas, à l’emplacement où l’on trouve généralement les plaques apposées par les musées : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». La muséographie, exemplaire, propose diverses esquisses et travaux préparatoires, ainsi que le tirage qu’a utilisé Ford Madox Brown de la photographie de Thomas Carlyle prise spécialement, dans la position exacte du tableau, car il ne pouvait ni ne voulait se déplacer pour poser dans l’atelier de l’artiste.

10. Ford Madox Brown (1821-1893)
The Last of England, 1852-1855
Huile sur panneau - 82 x 75 cm
Birmingham Art Gallery
Photo : Birmingham Museums & Art Gallery

Chez les Français, c’est une autre de ses œuvres présentée dans la même section, généralement connue sous son titre anglais, The Last of England (ill. 10), qui est la plus célèbre, en grande partie parce qu’elle a été maintes fois reprise dans les manuels scolaires pour « illustrer » le thème de l’émigration britannique au XIXe siècle. D’un format beaucoup plus modeste que Le travail, elle représente un ménage qui quitte les falaises de Douvres sur l’Eldorado6 pour émigrer en Australie avec son jeune enfant enfoui sous la cape de la mère (dont le modèle est Emma, la deuxième femme de Ford Madox Brown, lui-même s’étant représenté comme le père). Leur visage fermé exprime le fait qu’ils auraient aimé rester dans leur pays natal, mais qu’il n’a point de place pour eux. Quant aux deux ouvriers édentés de l’arrière-plan, ils tendent le poing vers cette terre qu’ils maudissent pour les mêmes raisons. Point d’animal à bord : le détail « naturaliste » est fourni par la provision de choux, au premier plan, pour lutter contre le scorbut. Naturellement, il lui faut un centre d’intérêt « rouge », presque devenu sa signature : ce sera le ruban de chapeau magnifiquement plissé par le vent de la jeune mère. Là où il avait choisi l’ovale très allongé pour encadrer Un après-midi d’automne anglais, l’auteur opte ici pour un ovale très proche du cercle, la composition mettant les visages du mari et de la femme à égale distance de la circonférence, avec leurs yeux exactement à la même hauteur. Les tenants actuels de l’égalité des sexes en tireront les conclusions qu’ils voudront : ceux de l’époque étaient fort rares, mais il a peint un double portrait de deux des plus connus d’entre eux, Henry Fawcett et son épouse Millicent Garret Fawcett, lui député libéral devenu aveugle à la suite d’un accident de chasse et elle l’une des premières militantes féministes et suffragistes, occupée ici à lui relire une lettre qu’il lui dicte.

11. Ford Madox Brown (1821-1893)
Autoportrait, 1850
Craie noire - 25 x 23 cm
Liverpool : Walker Art Gallery
Photo : National Museums Liverpool

Les volets thématiques non chronologiques de l’exposition, comme « le dessinateur » ou « l’artiste et sa famille », présentent un intérêt inégal : si l’on peut y mesurer les remarquables talents de dessinateur qu’avait Ford Madox Brown, qu’il s’agisse de représenter les membres de sa famille ou tout simplement d’œuvres non destinées à devenir des peintures (ill. 11), on reste très déçu devant le peu d’inventivité du mobilier conçu pour Morris & Co. (dont il fut brièvement actionnaire, et pour qui il créa également des vitraux), qui n’apporte donc pas grand chose à sa gloire.
Le seul regret à l’issue de cette double visite passionnante, c’est l’absence de l’énigmatique Prenez votre fils, Monsieur, où on ne sait trop ce que veut dire la jeune mère du nouveau-né (son épouse Emma, une fois de plus) ainsi présenté à son géniteur. Le très copieux catalogue7 y consacre d’ailleurs une page de commentaires : on aura compris qu’une fois de plus le catalogue ne recouvre pas exactement les œuvres exposées, mais personne ne s’en plaindra car il leur apporte une très riche mise en contexte par-delà l’analyse détaillée de chacune d’entre elles.

Le communiqué de presse précise que Le travail et The Last of England n’ont pas été présentés ensemble depuis vingt-cinq ans : le fait qu’on ne puisse deviner quand ces deux œuvres phares seront de nouveau réunies constitue à l’évidence une excellente raison de se rendre à Manchester cet automne – ou à Gand l’an prochain.

Commissaire : Julian Treuherz.


Julian Treuherz (avec des contributions de Kenneth Bendiner et Angela Thirlwell), Ford Madox Brown : Pre-Raphaelite Pioneer, Philip Wilson, 2011, 336 p., £29.50 (relié), £19,95 (broché). ISBN : 9780856677007 (relié), 9780901673800 (broché).


Informations pratiques : Manchester Art Gallery, Mosley Street, Manchester M2 3JL. Tél : +44 (0)161 235 8888. Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 17 h. Tarifs : £8 (tarif plein), £6 (tarif réduit). Gratuit pour les moins de 18 ans.
Ouverture de la grande salle de l’hôtel de ville de 10 h à 17 h (entrée gratuite) les dimanches suivants : 25 septembre. 16, 23 & 30 octobre. 6 & 20 novembre. 4, 11 & 18 décembre. 8, 15, 22 & 29 janvier.


Antoine Capet, lundi 17 octobre 2011


Notes

1. Une ballade d’amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande Bretagne, 1848-1875, Paris, Musée d’Orsay, du 8 mars au 29 mai 2011

2. Pre-Raphaelites : Victorian Avant-Garde, Londres, Tate Britain, du 12 septembre 2012 au 13 janvier 2013

3. Mot-valise : téléscopage ironique entre St Peter’s Square (Place St Pierre, alors la place principale de Manchester) et Waterloo, où s’était illustrée la cavalerie britannique seulement quatre ans auparavant – mais pas en chargeant contre des compatriotes.

4. Il s’agit du savant John Dalton (1766-1844), qui a poursuivi à Manchester ses recherches sur la théorie atomique et a donné son nom au daltonisme en en identifiant les causes.

5. Il faudrait plutôt dire « magenta ». Julian Treuherz nous donne dans le catalogue une savante explication de la raison pour laquelle Ford Madox Brown en fit sa couleur préférée. Ce nouveau pigment chimique fut ainsi rebaptisé en l’honneur de la bataille de Magenta (1859), où les troupes franco-sardes remportèrent une victoire décisive sur les Autrichiens, ouvrant ainsi la voie à l’indépendance de l’Italie. Pour Ford Madox Brown, francophile et admirateur des idéaux de 1789, il s’agissait d’un pas décisif vers la libération des peuples. Nous avons là un rare cas où l’inspiration artistique est explicitement liée à des considérations idéologiques.

6. C’est le nom que porte le canot de sauvetage situé derrière le mari.

7. Julian Treuherz y indique qu’il a volontairement pris le parti de s’appuyer sur le (coûteux) catalogue raisonné de Mary Bennett publié par Yale University Press l’an dernier, au point qu’il en adopte la numérotation des œuvres dans son propre catalogue (Bennett, Mary, Ford Madox Brown : A Catalogue Raisonné, 2 vol. New Haven : Published for the Paul Mellon Centre for Studies in British Art by Yale University Press, 2010. ISBN 9780300165913). Mary Bennett avait été la commissaire de l’exposition précédente, qui remonte à presque cinquante ans, et successivement présentée à Liverpool (Walker Art Gallery), Manchester (City Art Gallery) et Birmingham (City Museum and Art Gallery) en 1964-1965 (Catalogue : Ford Madox Brown, 1821-1893. Introduction by Mary Bennett. Liverpool : Walker Art Gallery, 1964, 35 p., 12 p. de planches).



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