
1. Antonio de Bellis (actif entre 1635 et 1660)
La Libération de saint Pierre
Huile sur toile - 178,5 x 260,5 cm
Londres, Whitfield Fine Art
Photo : Whitfield Fine Art
Chaque année, la Foire de Maastricht est fidèle à sa réputation de plus important Salon d’antiquaire du monde. Comme en 2008 (voir article), cette chronique sera tout sauf objective. On trouvera à Maastricht quantité d’œuvres admirables du XXe siècle, des Léger, des Braque, des Picasso à ne plus savoir qu’en faire. Rien que pour cette partie plus moderne, la foire mériterait le déplacement. Mais nous ne parlerons pas en détail de cette section, non seulement parce qu’une partie de ces objets sortent du champ chronologique que nous traitons, mais aussi en raison de la compétence (ou plutôt de l’incompétence) sur ces sujets de l’auteur de ces lignes.
On commencera donc cette courte revue avec des tableaux du XVIIe siècle. Pour les italiens, on retiendra notamment, chez Clovis Whitfield, un saisissant Antonio de Bellis (ill. 1) représentant la Libération de saint Pierre. Mieux vaut un chef-d’œuvre d’un artiste moins connu qu’une toile secondaire d’un maître de premier plan. La raréfaction du marché de la peinture ancienne laisse encore place pour de nombreuses découvertes. Certes, les grands noms antérieurs au XVIIIe siècle sont rares. On ne verra pas ici de Rubens [1], ni de Raphaël. Un Autoportrait de Rembrandt chez Noortmann, petit mais d’une très haute qualité, fait figure d’exception, comme les deux Annibale Carracci chez Richard Feigen, toiles qu’on avait pu voir dans la récente rétrospective bolonaise. Les XVIIIe et le XIXe sont mieux représentés en artistes majeurs, mais il n’était pas forcément nécessaire de faire autant de publicité autour du seul tableau de Van Gogh, plutôt médiocre, présenté chez Dickinson. Le nom n’est pas forcément synonyme de qualité. Pour le prix de cette toile (plus de 30 millions de dollars dit le communiqué), on pourrait sans problème se constituer une véritable collection de somptueux tableaux baroques.

2. Jan Boeckhorst (1605-1668)
Le Triptyque Snyders
Huile sur trois panneaux - 106 x 87 cm (panneau central)
et 106 x 48 (panneaux latéraux)
Londres, Moatti Fine Arts Ltd
Photo : Moatti Fine Arts Ltd

3. Ferrau Fenzoni (1562-1645)
La Crucifixion
Huile sur toile - 106 x 145 cm
Londres, Moatti Fine Arts Ltd
Photo : Moatti Fine Arts Ltd
En l’absence de Rubens on se consolera avec un extraordinaire triptyque de Jan Boeckhoerst (ill. 2), un de ses élèves proches. L’histoire de cette œuvre est fascinante et nous y reviendrons dans une prochaine brève si elle est acquise, comme c’est probable, par un musée [voir brève du 18/7/08]. Elle est présentée chez Moatti, qui s’était retiré du marché de l’art depuis quelques années. Aujourd’hui installé à Londres, il signe à Maastricht un retour en fanfare : son stand, l’un des plus petits, est aussi l’un des plus riches en œuvres remarquables, comme ce Jacques Stella dont nous avions parlé lors d’une brève précédente (brève du 28/11/07) ou un superbe Ferrau Fenzoni (ill. 3), artiste étrange dont un autre tableau, La présentation de la tête de saint Jean-Baptiste à Salomé, moins beau cependant, est proposé sur le stand d’Altomani & Sons.

4. Antoine Callet (1741-1823)
Jupiter et Cérès, Salon de 1777
Huile sur toile - 220 x 283 cm
Didier Aaron & Cie
Photo : DidierAaron & Cie

5. Henri Mauperché (vers 1602-1686)
Personnages sur les marches d’un palais en ruines, vers 1645
Huile sur toile - 128,5 x 113 cm
Didier Aaron & Cie
Photo : Didier Aaron & Cie
A propos de Jacques Stella, on retrouvera avec plaisir, chez Eric Coatalem, une superbe esquisse (ou modello), pour le carton de tapisserie conservé à Toulouse, qui avait fait une apparition surprise dans une vente à Milan (voir la brève du 28/11/07, déjà citée). On peut au passage féliciter le musée de Caen qui avait su reconnaître la main du peintre et, surtout, essayé de l’acquérir lors de la vente. Une autre toile familière aux lecteurs de La Tribune de l’Art (ill. 4) est le morceau d’agrément d’Antoine Callet (brève du 14/11/07), acquis par Didier Aaron. Ce Jupiter et Cérès, après un nettoyage et un allègement des vernis, fait admirer la subtilité de ses coloris et le souffle de sa composition.
Chez Coatalem, on pourra aussi comparer avec profit une Vierge à l’enfant de Simon Vouet [2] avec une autre toile du même sujet, par son élève Michel Corneille l’ancien, qui ne lui est guère inférieure. Pour rester dans le XVIIe siècle français, assez peu représenté cette année, on notera aussi un beau paysage par Henri Mauperché (ill. 5), toujours chez Aaron.
Chez Matthiesen, on remarquera un très beau Nicolas Régnier (ill. 6) qui fait oublier l’Artemisia Gentileschi plutôt médiocre qui le jouxte et qui a d’ailleurs, malgré les avis positifs de nombreux spécialistes, été relégué par le vetting commitee au rang d’œuvre d’atelier.
Pour revenir à l’école italienne, notons chez Maurizio Canesso l’extraordinaire tableau (ill. 7) d’un sujet rare et peint par un artiste de Messine, Domenico Maroli, dont on ne connaît qu’une dizaine d’œuvres. L’attribution, brillante, est longuement détaillée par Alberto Crispo dans le catalogue qui accompagne cette présentation de tableaux réalistes italiens.
Italien encore, l’Evaristo Baschenis présenté chez Jack Kilgore & Otto Naumann, un artiste qui manque encore au Louvre.

6. Nicolas Régnier (vers 1602-1686)
La Mort de Sophonisbe
Huile sur toile - 126 x 161 cm
Londres, Matthiesen Gallery
Photo : Matthiesen Gallery

7. Domenico Maroli (vers 1612-1676)
Euclide de Mégare s’habille en femme pour aller écouter
les leçons de Socrate à Athènes
Huile sur toile - 139,5 x 223,5 cm
Paris, Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
Sur le stand de Colnaghi, on pourra voir une « œuvre d’intérêt patrimonial majeure » dont on désespère qu’elle puisse finalement être acquise par le musée Fesch qui aurait pourtant toute légitimité pour l’exposer (voir brève du 14/11/07). Il est étonnant qu’aucune société ne se presse pour acquérir ce tableau pour le musée, alors qu’il ne lui en coûterait qu’à peine 10% du prix. Espérons qu’aucun visiteur de Maastricht n’aura la bonne (donc la mauvaise) idée de l’acheter, ce qui donnera à Philippe Costamagna, son conservateur, encore une chance de faire rentrer en Corse un tableau provenant des collections du cardinal Fesch.
Chez Robilant+Voena, on pourra admirer un Pier Francesco Mola, très impressionnant [3] (ill. 8), ainsi que deux grands paysages de Sebastiano Ricci.

8. Pier Francesco Mola (vers 1612-1676)
Le Porte Etendard
Huile sur toile - 101,5 x 77,5 cm
Londres, Robilant+Voena
Photo : Robilant+Voena

9. Artus Wollfort (1581-1641)
La Trinité, vers 1620
Huile sur panneau - 121 x 91 cm
Pocking, Peter Mühlbauer Kunsthandel
Photo : Peter Mühlbauer Kunsthandel
Les amateurs de peinture ne doivent pas se cantonner à la section qui lui est dédiée : du côté des objets d’art (où on notera quelques stands de sculpture intéressants, notamment celui de David et Constance Yates), on pourra voir un panneau d’Artus Wolffort (ill. 9). Une journée est de toute façon à peine suffisante pour voir tout ce que réserve comme surprise cette Foire de Maastricht.
