Foire de Maastricht 2011 : une qualité exceptionnelle


1. Pierre Courteys (connu à partir de 1544-après 1581)
Le Jugement de Pâris
Email peint, grisaille, rehauts d’or
J. Kugel
Photo : Didier Rykner

Cette édition de la Foire de Maastricht est incontestablement l’une des plus remarquables de ces dernières années. Nous parlerons surtout ici des tableaux. Les dessins sont généralement les parents pauvres de la TEFAF et la section Paper qui se trouvait à l’étage pour la deuxième fois consécutive, malgré deux ou trois stands de bonne qualité consacrés aux dessins anciens et XIXe, ne modifie pas réellement cette impression. On y trouve aussi quelques bonnes sculptures mais les marchands spécialisés dans ce domaine, quoique peu nombreux, bénéficieraient d’un regroupement par rapport à la dispersion actuelle. Nous ne parlerons pas non plus, à l’exception de la galerie Kugel, dont nous reproduisons ici un remarquable plat émaillé par Pierre Courteys (ill. 1), des objets d’art et du mobilier que nous n’avons pas pu voir de manière suffisante, ni des spécialités qui sortent du domaine de La Tribune de l’Art.


2. Jan Lievens (1607-1674)
Portrait de vieil homme
Huile sur panneau - 60,1 x 47,8 cm
Haboldt & Co
Photo : Haboldt & Co

3. Cornelisz Jacobsz Schaeck (actif vers 1600)
Intérieur d’auberge avec un chien dansant, 1662
Huile sur panneau - 34,8 x 33,7 cm
Haboldt & Co
Photo : Didier Rykner


4. Frans Francken (1581-1642)
L’éternel dilemme de l’homme : le choix entre le Vice et la Vertu, 1633
Huile sur panneau - 142 x 210,8 cm
Johnny van Haeften Ltd
Photo : Didier Rykner

Certains objets ont pu passer récemment en vente, voire être montrés lors d’éditions précédentes, ce qui est parfois critiqué. Ce point n’a aucune importance. Créés depuis plusieurs siècles, ils ont forcément une histoire. Qu’ils aient été pour certains acquis depuis peu par les marchands qui les proposent à la vente prouve seulement l’excellence de leur choix.
Notre sélection est forcément subjective. Et d’autant plus injuste ou incomplète que le nombre d’œuvres de qualité accrochées cette année est élevé. Nous nous intéresserons autant à des tableaux par les plus grands génies de la peinture, comme le Portrait de Vieil Homme de Jan Lievens (ill. 2), proposé par Bob Haboldt (qui expose également un autre tableau du même artiste, religieux cette fois, une Lamentation sur le Christ mort) qu’à des chefs-d’œuvre d’artistes plus rares et plus confidentiels, comme, chez le même marchand, l’extraordinaire Intérieur d’Auberge avec un chien dansant (ill. 3), un des six ou sept tableaux connus de Cornelisz Jacobsz Schaeck, récemment réapparus dans une vente aux enchères en France.
Autre exemple de tableau exceptionnel, par un peintre connu mais qui atteint très rarement un tel niveau : L’éternel dilemme de l’homme : le choix entre le Vice et la Vertu de Frans Francken (ill. 4) proposé par Johnny van Haeften.


5. David Teniers (1610-1690)
Saint Jérôme, 1643
Huile sur panneau - 27 x 36 cm
Galerie De Jonckheere
Photo : Galerie De Jonckheere

6. Werner van der Valkert (vers 1580/1585-vers 1627)
Omnia Vincit Amort, vers 1616
Huile sur panneau - 78 x 63 cm
Matthiesen & Gates Ltd
Photo : Matthiesen


7. James Ward (1769-1859)
Lionne et héron, 1816
Huile sur toile - 110 x 145 cm
Matthiesen & Gates Ltd
Photo : Matthiesen

Poursuivons dans la peinture nordique pour regretter de ne pouvoir reproduire, faute de disposer d’une photographie, le splendide et monumental Jacob Jordaens appartenant à Jean-François Heim. On signalera également de petits tableaux précieux comme un Saint Jérôme de Gerrit Dou chez la galerie David Koetser ou un panneau de même sujet par David Teniers exposé par la galerie de Jonckheeere (ill. 5). Dans un genre bien différent, un maniériste hollandais peu connu, Werner van der Valkert, représenté par une pièce maîtresse, chez Patrick Matthiesen (ill. 6).
Dans cette même galerie, on remarquera plusieurs autres tableaux (dont un beau Vien lui aussi provenant d’une vente aux enchères française). Le chef-d’œuvre absolu est cependant anglais, Lionne et Héron (ill. 7) de James Ward.
On citera encore, pour rester dans la veine animalière, un dernier tableau nordique, présenté par la galerie Caylus, une grande toile peinte par Frans Snyders, une Réunion d’oiseaux (ill. 8) et, galerie Coatalem, une Biche aux aguets par Jean-Baptiste Oudry (ill. 9).


8. Frans Snyders (1579-1657)
Concert d’oiseaux
Huile sur toile - 102 x 244,6 cm
Galeria Caylus
Photo : Galeria Caylus

9. Jean-Baptiste Oudry (1686-1755)
Biche aux aguets, 1722 (ou 1725)
Huile sur toile - 165,7 x 136,2 cm
Galerie Eric Coatalem
Photo : Galerie Eric Coatalem


10. Bernardo Castello (1557-1629)
L’Adoration des Mages
Huile sur panneau - 43,2 x 30 cm
Moatti Fine Arts Ltd
Photo : Moatti Fine Arts Ltd

L’un des plus beaux stands de la Foire est incontestablement l’un de ceux qui contient le moins de tableaux : celui d’Otto Naumann. Pas tant pour le Rembrandt que pour le Hals ou le Bellotto.
Les peintures italiennes sont également nombreuses et d’aussi grande qualité que les peintures nordiques. Pour le XVIe siècle, on notera chez Emmanuel Moatti (chez qui on regrettera de ne pouvoir reproduire un Portrait du cardinal de Bouillon par Claude Lefebvre, la photo que nous avons reçue étant malheureusement tronquée) une Adoration des Mages de Bernardo Castello (ill. 10) ou, galerie Aaron, un Giulio Cesare Procaccini, Vénus et l’Amour (ill. 11), très typique de ce peintre lombard qui recherche (un peu comme dans le Valkert que nous reproduisions plus haut) à saturer sa composition tout en conservant à l’ensemble un équilibre harmonieux. Nous reviendrons sur le stand de cette galerie, d’un excellent niveau, pour la peinture française. Mais c’est chez un spécialiste de l’Italie, Maurizio Canesso, que l’on verra, à côté d’un grand portrait d’homme en pied par Pietro Martier Neri, un collaborateur de Velazquez, l’un des plus beaux tableaux de la Foire, une Lamentation sur le Christ mort par Lionello Spada (ill. 12) à la prestigieuse provenance Chigi. Parmi les autres tableaux baroques, on pourra également signaler un Enlèvement d’Hélène de Bartolomeo Biscaino chez Cesare Lampronti, un galeriste romain.


11. Giulio Cesare Procaccini (1570-1625)
L’Amour et Vénus, vers 1620
Huile sur panneau - 135,3 x 101,3 cm
Galerie Didier Aaaron &Cie
Photo : Didier Rykner

12. Lionello Spada (1576-1622)
Lamentation sur le Christ mort
Huile sur toile - 120,5 x 158 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso


Restons en Italie avec deux grandes statues décoratives de Giovanni Baratta (ill. 13) présentées par Ammels et un très joli Saint Georges et le Dragon en bronze de Francesco Fanelli (ill. 14), un sculpteur d’origine florentine chez David Yates & Associates.


13. Giovanni Baratta (1670-1747)
La Richesse et La Prudence, vers 1703-1708
Marbre - H. 182 cm (sans les bases)
Amells
Photo : Didier Rykner

14. Francesco Fanelli (1577-après 1657)
Saint Georges et le Dragon
Bronze - H. 34 cm
David Yates & Associates
Photo : David Yates & Associates


Certains tableaux conservent leur mystère. C’est le cas, sur le stand de Sanct Lucas pour une magnifique Nature morte au perroquet (ill. 15) peinte à Rome au XVIIe siècle, par un flamand ou un italien proche d’Abraham Brueghel qui reste anonyme connu comme le Maître du Metropolitan Museum. Puisque nous en sommes aux noms de convention, on signalera aussi l’Adoration des Bergers du Maître CVR chez Dickinson, ce qui nous fait revenir une fois de plus à un peintre probablement hollandais.
Chez Jean-Luc Baroni, on remarquera plusieurs importantes œuvres italiennes, une Tête d’homme par Federico Barocci, un Portrait du Marquis Altoviti déguisé en Hylas par le Volterrano ou encore une Vierge à l’Enfant avec Saint Julien et un donateur de Rosso Fiorentino (ill. 16), une redécouverte récente. Ce tableau d’un peintre qui marqua tellement l’art de notre pays et mourut à Fontainebleau nous servira de transition avec la peinture française.


15. Maître du Metropolitan Museum
Nature morte au perroquet
Huile sur toile - 65 x 96 cm
Galerie Sanct Lucas
Photo : Galerie Sanct Lucas

16. Rosso Fiorentino (1494-1540)
Vierge à l’enfant avec Saint Julien et un donateur
Huile sur panneau - 65,5 x 53 cm
Jean-Luc Baroni Ltd
Photo : Jean-Luc Baroni Ltd


17. Simon Vouet (1590-1649)
Le Christ en Croix
Huile sur panneau - 64 x 43 cm
Didier Aaron & Cie
Photo : Didier Rykner

On reviendra pour cela galerie Aaron où un tableau de Nicolas Colombel vendu à l’Hôtel Drouot dans la même vacation que le Toussaint Dubreuil acquis par le Louvre (voir la brève du 29/04/2010) témoigne de l’œil du connaisseur. Chancis, le tableau était très décevant bien qu’il fût présenté justement sous la bonne attribution. Plusieurs spécialistes avaient également trouvé le tableau médiocre, voire en mauvaise condition. Or, la restauration a révélé une œuvre en bon état et d’excellente qualité, certes pas un chef-d’œuvre - il ne s’agit après tout que de Colombel - mais qui comporte de très beaux morceaux.
C’est cependant un autre tableau, découvert dans une vente aux enchères en Allemagne et présenté ici sous le nom de Simon Vouet, que nous voudrions reproduire. Cette Crucifixion (ill. 17) est incontestablement un original comme le montre les nombreux repentirs ; est-elle de Vouet lui-même, comme le pensent les galeristes ? C’est fort probable mais quelques spécialistes n’en sont pas absolument certain. L’important n’est-il pas tout de même la très haute qualité de la toile ?


18. Artiste français (?) à Rome vers 1630
Portrait d’homme avec un chapeau à plume
Huile sur toile - 100 x 78,5 cm
Robilant+Voena
Photo : Didier Rykner

19. Maître des Cortèges
Don Quichotte et Sancho Pancha
Huile sur toile - 139,5 x 99,5 cm
Whitfield Fine Art
Photo : Didier Rykner


Le Saint Sébastien de Charles Poerson que nous reproduisions l’année dernière chez Haboldt se retrouve aujourd’hui chez Jack Kilgore et le Nicolas Tournier (Christ portant sa croix) est passé de Aaron à la Weiss Gallery de Londres. Nous continuons à penser qu’il faudrait que ces deux œuvres soient acquises par des musées français.
Revenons aux problèmes d’attribution pour signaler un cas intéressant sans être exceptionnel (chez Robilant+Voena). Il s’agit d’un Homme avec un chapeau à plume (ill. 18) dans le goût de Vouet ou de Vignon mais qui n’est, comme l’indique le cartel, ni de l’un ni de l’autre. Sans doute s’agit-il d’un caravagesque français, l’un de ceux dont il ne nous reste que les noms retrouvés dans les archives sans que l’on puisse leur donner une seule œuvre avec certitude.
Quant au Maître des Cortèges, autre artiste anonyme de l’entourage des Le Nain, la galerie Clovis Whitfield présente un beau Don Quichotte et Sancho Pancha (ill. 19).


20. Ary Scheffer
Portrait de René, Cécile et Louise Franchomme, vers 1850-1851
Huile sur toile - 75,5 x 62 cm
Richard L. Feigen & Co
Photo : Richard L. Feigen & Co

21. Eugène Fromentin (1820-1876)
Deux nus féminins, Etude pour l’Incendie
Huile sur toile - 85,5 x 103 cm
W. M. Brady & Co
Photo : W. M. Brady & Co


On conclura cet article avec deux tableaux français du XIXe siècle, chez Richard L. Feigen un Ary Scheffer absolument charmant représentant trois enfant de la famille Richomme (ill. 20) et chez Mark Brady une étude surprenante d’Eugène Fromentin pour une peinture intitulé L’Incendie (ill. 21) qu’il ne peignit finalement jamais.
Nous avons bien conscience d’être terriblement partiel et partial. Nous aurions pu parler aussi (mais nous n’en avions pas eu de photo) de la grande étude de Puvis de Chavanne chez Stair Sainty Ltd. récemment vendue aux enchères à Pau, d’un portrait de Thomas Lawrence chez Richard Green, d’un petit Bartolomeo Schedoni chez Agnew’s, d’un beau paysage Alpin d’August Strindberg chez French & Co ou du diptyque du Maître de l’Annonciation de Lille présenté par Derek Johns, et encore de dizaines et dizaines d’œuvres. Le fameux « épuisement du marché » dont on nous rebat les oreilles depuis des années n’était pas franchement visible cette année à Maastricht.


Didier Rykner, mercredi 23 mars 2011



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