Un artiste mythique, une collection prestigieuse, des prêts magnifiques, et la réussite est assurée.
Certainement, mais parfois avec quelques réticences. Et l’exposition consacrée à Fernand Khnopff qui se tient actuellement aux Musée Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, est l’illustration de cette réussite partielle, réunion de chefs d’œuvre incontestables soumis à une présentation regrettable.

1. Fernand Khnopff (1858-1921)
Portrait de Marguerite, sœur de l’artiste,
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Prêt de la Fondation Roi Baudouin
Exposition monographique d’une ambition toute académique, elle vise à montrer l’ensemble de la carrière de l’artiste, et pour cela elle réunit un nombre important de dessins, de pastels et de peintures. Que tant de prêts fragiles convergent vers Bruxelles est une excellente chose, mais que leur répartition dans les salles paraisse aussi aléatoire nuit beaucoup au plaisir du visiteur. Impossible, en effet, de trouver au long cours, la logique de cette présentation. La plus grande partie d’une salle traite parfois d’un sujet, par exemple les paysages en début de visite, ou, un peu plus loin, les évocations de Bruges, les portraits à mi-parcours (ill. 1), et un peu plus loin, les évocations mythologiques. Mais rapidement, ce fil que l’on voudrait suivre se rompt, et plus rien ne soutient l’attention, d’un groupe homogène à l’autre. Ni chronologie, ni thématique ne servent de liens et le visiteur se perd dans les intervalles à la recherche de l’Idée. Cette étrange disposition amène à s’interroger parfois sur la raison qui a fait installer là telle peinture, dont on a vu bien avant le dessin préparatoire ou une version au pastel. Par exemple, y a-t-il une raison pour que Une fin de jour1, dont le pastel (1891, Hearn Family Trust) figure en compagnie de paysages de Fosset, dans la troisième salle intitulée Entre deux univers, soit séparé de la peinture identique et contemporaine (1891, Belgique, Collection particulière), présentée cinq sections plus loin, dans la sous-partie : Fosset. La nature imaginée (ill. 2). A qui serait tenté de pousser l’investigation jusque dans le catalogue, d’autres déconvenues sont à attendre puisque le pastel précité apparaîtra sous le n° 45, page 113, et l’huile sur toile sous le n° 148, page 212, sans aucun commentaire qui permette de comprendre cette séparation.
Cette constatation ne doit cependant pas cacher toutes les révélations qu’apporte ce rassemblement d’œuvres : paysages et portraits que l’on n’avait jamais vu réunis en si grand nombre permettent une meilleure appréciation de cette partie souvent moins connue de l’œuvre de Khnopff. Le grand nombre de dessins, dont beaucoup n’ont jamais figuré ensemble dans une rétrospective de l’artiste, permet aussi d’aller un peu plus loin dans la connaissance de ses pratiques. Mal servie dans une salle trop dense, la présentation des gravures et des photographies du peintre est aussi pleine d’enseignements. Enfin, les peintures et dessins de ses contemporains (Burne-Jones, Klimt, Moreau…) dont le choix aurait pu, parfois, être plus pertinent, permettent de mieux ancrer et de mieux singulariser les créations de Khnopff au sein de l’histoire du courant symboliste. De cet ensemble exceptionnel – même s’il est mal présenté -, avec ses réussites incontestables et ses faiblesses non dissimulées, sourd toujours le même étrange envoûtement : impossible de rester indifférent à ces évocations, ni à la manière dont Khnopff se servit du pinceau ou du pastel.
Après la dernière salle, à laquelle on a voulu donner une aura symboliste - qui fait sourire comme un épithalame du Sar Péladan -, uniquement occupée par le chef-d’œuvre de 1898, Des caresses (ill. 3)2, le visiteur trouve l’inévitable bookshop. Peu de choses mais les publications essentielles, et, pour certains, la joie de retrouver le catalogue de l’exposition Khnopff de 1979, au Musée des Arts décoratifs à Paris, et le souvenir de sa présentation rigoureuse et parfumée, émotion supplémentaire.
Commissaires : Frédérik Leen, Dominique Maréchal et Gisèle Ollinger-Zinque
Catalogue Fernand Khnopff (1858-1921), Collectif, 287 p., 49,80 €. ISBN 90-76704-42-2.


