Ferdinand Roybet (1840-1920), La Main chaude, 1894. A propos de l’histoire d’un jeu à travers les siècles


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1. Ancien Pavillon de la Suède et Norvège
(Exposition universelle de 1878)
Courbevoie, actuel musée Roybet-Fould
Photo : Elisabeth Foucart-Walter

Heureux, chanceux musée que celui de Courbevoie ! Participant d’un monde des plus favorisés (le quartier de la Défense !), il ne renonce pas pour autant à sa mission de service public, continue d’être et de rester un (vrai) musée, ne laisse pas d’acquérir – fi de l’idée que l’art, c’est peu rentable, et gloire à Roybet, son grand homme trop vite jugé passéiste !1 –, est grandement ouvert (il est même… gratuit), défend l’intérêt général, n’exerce aucun préjugé contre l’art ancien, en tout cas non contemporain, veille avec sagesse et dilection au charme (indéniable) du lieu, un ancien pavillon d’Exposition universelle de 18782, tout de bois scandinave : c’était le pavillon dit de la Suède et Norvège (ill. 1) (les deux pays ne se séparèrent qu’en 1905). Comment donc ne pas louer Courbevoie et son actuelle directrice du musée, Emmanuelle Trief-Touchard, de savoir faire des expositions suffisamment justifiées par le fonds des collections permanentes (quand on en a, faut-il les négliger ou les montrer à peine, comme cela se fait trop souvent ailleurs ?), des expositions agrémentées qui plus est d’un intelligent catalogue sur papier (oh !) à la durable excuse scientifique et, comme celui-ci richement illustré (120 reproductions) et vendu à un prix on ne peut plus encourageant ? – Fermons le ban ! Pour en fin de compte dire et redire quelle bonne idée c’est de se pencher à partir d’un chef-d’œuvre pictural de Roybet sur le thème de la main chaude, même si un tel jeu est aujourd’hui proprement démodé, voire résolument oublié : dans quelles cours de récréation les enfants s’y adonnent-ils encore ? Et ne parlons pas, fait inattendu, de prisonniers allemands de 14-18 y jouant pendant leur captivité3. Cet amusement est désormais un simple objet de curiosité rétro-historique et prétexte à digressions sociologiques (genre de discours très appréciés, car ils flattent…).


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2. Ferdinand Roybet (1840-1920)
La Main chaude, 1894
Huile sur bois - 230 x 283 cm
Acquis en 1994
Courbevoie, musée Roybet-Fould
Photo : musée de Courbevoie, Yann Rossignol
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3. Ferdinand Roybet (1840-1920)
Esquisse de La Main chaude
Huile sur bois - 36 x 46 cm
Acquis en 2015
Courbevoie, musée Roybet-Fould
Photo : musée de Courbevoie, Yann Rossignol

Le fait est que l’une des œuvres-phares du musée de Courbevoie est justement la spectaculaire Partie de main chaude de Roybet (ill. 2) présentée au Salon des Artistes français de 1894 à Paris (n° 1607) et brillamment acquise cent ans après, en 1994, dans ce qui apparaît un significatif centenaire4. La récente acquisition (2015) d’une esquisse préparatoire (ill. 3), au brio typiquement roybettesque (repr. p. 37), est venue justifier à point nommé la présente et très efficace entreprise. De quoi prouver que le musée, loin de se reposer sur ses précédents lauriers, s’évertue à renforcer au fil des années un avoir déjà substantiel en œuvres de Roybet, celui qui fonde à juste titre la renommée de l’établissement. Ainsi, deux ans déjà avant l’entrée de la Main chaude, avait été acquise une aussi ample et non moins tonitruante composition, le Refus des impôts (1909) (ill. 4)5, tout en somptueux jeux de noirs, de blancs et d’incandescents rouges, nourri à la façon de l’autre grande bravade de Roybet de la même exaltation parodique du monde de Frans Hals et finalement d’une portée authentiquement créatrice. D’une aussi vivante et séduisante compagnie, citons encore tel Duo de 1867, acheté par Courbevoie en 1992, ou la Chanson à boire de 1890 (repr. p. 44), élue quant à elle en 1997, ou bien tel Astronome (ill. 5) acquis la même année 20156, en plus de l’esquisse de la Main chaude déjà citée, autrement dit un portrait plein de verve du graveur Charles Waltner qui était une connaissance de Roybet, mais en personnage costumé et chapeauté à la Rembrandt (en hommage aussi à l’amsterdamois Thomas de Keyser). On aura évidemment plaisir, profitons de l’occasion puisqu’ils sont exposés en permanence, à revoir tous ces tableaux d’historicisme bon vivant, doté d’un paradoxal côté passéiste intrinsèquement pictural, mis en valeur comme il convient dans un musée décidément riche en libres surprises. Dans cet instructif dossier monographique étaient regroupés les nombreux croquis préparatoires au puissant tableau de la Main chaude, alertes griffonnis tout en brouillons de lignes caractéristiques de l’actif Roybet, identifiés comme tels au nombre de 35 dans le riche fonds Roybet du musée (13 sont reproduits dans le catalogue), ainsi que divers documents, gravures, reproductions, images : l’artiste s’attaqua plusieurs fois au sujet, comme l’atteste par exemple une première version peinte de 1885, localisée dans le musée de Neuquén (Argentine), et à dessein illustrée dans le catalogue (p. 34), qui établit l’incontestable perfectionnement du tableau de 1894 dans l’éloquence des formes à la saveur provocante, jeu d’hyper-réalisme qui accède à une sorte de peinture pure.


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4. Ferdinand Roybet (1840-1920)
Le Refus des impôts, 1909
Huile sur bois - 197 x 260 cm
Acquis en 1992
Courbevoie, musée Roybet-Fould
Photo : musée Roybet-Fould
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5. Ferdinand Roybet (1840-1920)
L’Astronome, vers 1903
Huile sur carton - 100 x 78 cm
Acquis en 2015
Courbevoie, musée Roybet-Fould
Photo : Elisabeth Foucart-Walter

Après la monographie, acte de vertueuse publicité pour les collections permanentes du musée, succède dans le catalogue une présentation iconographique de belle efficacité pédagogique, réussissant à concilier les charmes divers de l’art et l’histoire d’un fait social parfaitement obsolète. Soit une étude assez approfondie et rare en soi, du moins en dehors d’une bibliographie spécialisée et abondante sur les jeux, portant en l’espèce sur un divertissement collectif d’origine fort ancienne, au moins médiévale sinon antique, qui se joue généralement à trois (le confesseur, le patient ou pénitent et le frappeur), en étudiant ses diverses modalités comme le jeu de palette que sut immortaliser Fragonard (repr. du tableau de Chambéry, p. 68), ses dérivations de jeux de main ou de paume (la main chaude est proche en un sens d’un jeu de cache-cache comme le colin-maillard), ses implications sensorielles et polyvalentes (jeux d’adresse ou de force, jeux d’esprit, d’éducation ou de courtoisie amoureuse, etc.), jusqu’à de plaisantes connotations politiques (le catalogue relève à cet effet l’exemple de Grandville de 18347). Et le docte et sérieux exposé de se conclure sur un florilège artistique où l’exposition était largement complétée par le catalogue, d’où l’intérêt et la raison d’être de son illustration nourrie. Un échantillonnage déjà révélateur où s’illustre Rembrandt en personne dans une Main chaude de jeunesse (vers 1628) au pittoresque clair-obscur, classée à Willem de Poorter lors de son acquisition par le musée de Dublin en 1896 mais définitivement reconnue en 2007 comme original du maître par le Rembrandt Research Project (repr. p. 70). D’autres maîtres du Siècle d’or hollandais, moins connus mais fort attachants, participent d’une telle anthologie avec les noms de Cornelis de Man, de Jan Miense Molenaer ou de Gerrit Lundens, eux aussi opportunément reproduits dans le catalogue (respectivement p. 47, 49, 50), tandis que le Louvre avait pu prêter une élégante et typique peinture de l’anversois Hieronymus Janssens (ill. 6) (bien moins convaincant à cet égard était le tableau de Strasbourg exposé à côté, qui place de prétendues figures dudit Janssens dans une architecture palatiale due à Willem Schubert van Ehrenberg8).


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6. Hieronymus Janssens (1624-1693)
La Main chaude, vers 1660-1670
Huile sur toile - 58 x 83 cm
Paris, musée du Louvre
Photo : RMN-GP/Franck Raux

Ce premier essai de répertoire, certes non exhaustif, montre à suffisance la variété des approches et des styles ; éventail, camée de Georges Lemaire, montre décorée d’une miniatures sur émail, tabatières de Blarenberghe, gravures d’Eisen, de Dugourc ou de Bouzonnet-Stella, dessins d’Olivier Perrin, ivoires médiévaux, biscuit de porcelaine, lithos d’après Grandville et Madou, défaits d’illustrations d’Albert Guillaume ou de Marie-Madeleine Franc-Nohain, innombrables images d’Epinal – le catalogue (au moins une vingtaine de reproductions à ce sujet) insiste presque trop sur un tel collectionnisme –, se référant aux jeux du jeune âge et souvent de nature publicitaire qui privilégient là-encore les figures enfantines (on est alors dans un monde facile de curiosités à succès, au plaisir de collections privées, qui valent plus par le témoignage social du phénomène que par la valeur d’art). Les droits (plus nobles) de la peinture font apparaître, notamment pour le XIXe siècle, les noms attractifs de Haudebourg-Lescot (musée de Tours, repr. p. 82) ou du grand Boilly (excellent exemple d’un jeu voisin, le Pied-de-bœuf du musée de Lille), tandis que déçoit l’autre tableau de Boilly, une Main chaude justement, censé lui faire pendant, dépôt du Louvre à Châteauroux : il s’agit peut-être en ce cas d’une copie (l’instructive confrontation des deux peintures était en tout cas à porter au crédit de l’exposition9). Voilà bien dans sa deuxième visée, après l’utile dossier d’œuvre, une méritoire démonstration par le fait de son probe matériel documentaire10, et qui joue à la fois sur le sociétal et sur l’iconographique, comme autrefois osait justement le prouver le Musée national des Arts et Traditions populaires du Bois de Boulogne, tel que l’affectionnaient et l’animaient ses figures tutélaires Jean Cuisenier, André Desvallées. Soyons alors sans honteuse nostalgie de cette conception d’un musée tout à la fois exigeant et pédagogique – est-ce une tare ? – qui n’est hélas plus en faveur chez l’altier et ultra-élitaire Mucem de Marseille, négateur de fait plutôt que prétendu successeur de feu le malheureux et mal-aimé musée des ATP. Mais, après tout, qui ne sait combien sont changeantes les modes, comme s’infléchissent plus vite qu’on ne le pense les préjugés ! Gageons en tout cas qu’on prendra toujours plaisir à des enquêtes (réussies) comme celle de Courbevoie sur un thème aussi bien illustré du reste par le fait du très réconfortant et plus que savoureux Roybet. Peut-être les ATP renaîtront-ils un jour…

Commissaire : Emmanuelle Trief-Touchard

Emmanuelle Trief-Touchard, Ferdinand Roybet (1840-1920) / La Main chaude, 1894, Autour d’une œuvre, 95 p., 120, 8 €, ISBN : 9782954739830.


Jacques Foucart, dimanche 7 août 2016


Notes

1Rappelons que Roybet n’est si présent dans ce musée, lequel porte partiellement son nom en le partageant avec celui de Fould, que parce que le peintre Consuelo Fould (1862-1927), petite-fille du fameux ministre de Napoléon III, Achille Fould (1800-1867), et fondatrice par son legs de 1927 dudit musée (ouvert seulement en 1946), fut sinon l’élève de Roybet, au moins une grande admiratrice de son art et resta en contact étroit avec lui. Ainsi, dès l’origine, plusieurs peintures et dessins de Roybet figurent dans les collections du musée. Depuis, le fonds Roybet s’est notablement accru, notamment sous le conservatorat d’Agnès Delannoy, en fonction de 1989 à 1993 (elle fit acquérir 12 tableaux du maître et 30 de ses dessins), tâche bien entendu poursuivie par ses successeurs. Cf. à ce sujet le catalogue de l’exposition Hommage aux Fondateurs / Ferdinand Roybet et Consuelo Fould / 120 œuvres des collections « Beaux-Arts » du Musée, Courbevoie, Musée Roybet-Fould, 1992, texte d’Agnès Delannoy, 68 pages, 100 reproductions (dont celles de 25 peintures de Roybet, plus 3 eaux-fortes et 72 dessins du même, ainsi que 18 œuvres de Consuelo), soit une première analyse détaillée de ce fonds qui venait d’être inventorié par ses soins ; elle se proposait d’ailleurs de publier dans la foulée un catalogue sommaire complet des peintures et dessins du musée mais, scrupuleuse, elle indiquait que quelques recherches restaient à effectuer, spécialement sur des provenances d’œuvres. Comment ne pas souhaiter que ce travail, largement entamé (en atteste justement le catalogue Hommage aux fondateurs) soit mené à bonne fin et effectivement publié – l’expédient du numérique ne suffit pas en pareil cas, il s’en faut ? Nous avons vraiment besoin de savoir ce que recèlent nos musées... – En 1973, Florence Poisson, alors conservateur du musée, écrivait à propos de Courbevoie (dans une publication portant sur les musées d’Ile-de-France) : « Bien qu’un mouvement se dessine en faveur de Roybet – mouvement d’intérêt plus commercial qu’esthétique – il va sans dire que ses peintures ne sont pas le meilleur des collections du musée. » Sic ! A plus de quarante ans de distance, on mesure les changements du goût et les avancées de l’histoire de l’art… Encore en 1987, un petit guide du visiteur (éditions Delta 2000) ne faisait état que de salles consacrées à Carpeaux, au retour des cendres de Napoléon Ier (cercueil débarqué à Courbevoie en 1840…), à l’histoire de la ville et à une collection de poupées anciennes, nouvelle grande vedette du musée à l’époque, mais rien sur une salle Roybet pourtant mentionnée en 1973. Il est vrai qu’un petit texte en introduction de Michèle Frouin, vice-présidente de la Société des amis du musée, « Qui était Roybet ? » (p. 4-6), se concluait sur une définitive assertion : Roybet n’est pas Renoir, son quasi contemporain (1841-1919). La remarque ne semblerait-elle pas aujourd’hui quasiment archaïque, disons même vide de sens ?

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7. Ancien Pavillon des Indes anglaises
(Exposition universelle de 1878)
Courbevoie, Parc de Bécon
Photo : Elisabeth Foucart-Walter

2Œuvre de l’architecte norvégien Thrapp-Meyer, entièrement construit en pin rouge de Norvège, ledit pavillon s’adosse côté Seine – à un édifice assez banal, d’un style vaguement classique des années 1860, ancienne maison d’été de Consuelo où se trouve l’actuelle entrée du musée, côté parc de Bécon et ville de Courbevoie. Doit être mentionné à l’autre extrémité du même parc, un pavillon faisant en quelque sorte pendant à celui du musée, à savoir l’époustouflant pavillon des Indes anglaises (ill. 7), également d’Exposition universelle (même date), remonté pour la sœur de Consuelo, elle aussi peintre, Georges-Achille Fould-Stirbey (1862-1951). Devenu propriété de la ville et utilisé par les services municipaux d’horticulture, il vient d’être splendidement restauré et se visite sur demande tout en servant à des réceptions ou concerts.

3Voir p. 74 (photo en octobre 1915) ; pour l’armée française, voir p. 58 (carte postale vers 1913).

4p. 26-51. Le tableau est catalogué dans l’importante vente Isidore Montaignac, Paris, Galerie Georges Petit, 3-4 décembre 1917, n° 80 (avec deux autres tableaux de Roybet, des gentilshommes Louis XIII, nos 78-79), mais cette collection fut acquise en bloc avant la vente par un financier danois, Herman Heilbuth, lequel devait s’associer en 1918 avec le réputé collectionneur et homme d’affaires Wilhelm Hansen, le fondateur du musée d’Ordrupgaard, ainsi qu’avec la firme Winkel et Magnussen, pour constituer un consortium opérant dans l’achat et la vente de tableaux, lequel qui fit d’ailleurs – dès 1922 – de si mauvaises affaires que Hansen dut céder de nombreuses peintures au profit entre autres du non moins célèbre Matsukata (Heilbuth est cité par H. Rostrup dans son précieux article sur Hansen, Gazette des Beaux-Arts, mars 1982, p. 101-108, spécialement p. 105). La Main chaude de 1894 réapparut dans une vente de Copenhague chez Bruun Rasmussen, 26-28 novembre 1993, d’où elle parvint chez le marchand André Gombert, Boulogne-Billancourt, auquel l’achète le musée de Courbevoie en 1994. (Nous avions pu signaler l’œuvre à la conservatrice du musée, Isabelle Auffret, en poste de 1993 à 1995, tableau à l’évidence capital).

5Emmanuelle Trief-Touchard, Catalogue de l’exposition Femmes et artistes XIXe siècle / A travers les collections du musée Roybet-Fould, Courbevoie, 2014, repr. p. 52. Cf. aussi Delannoy, 1992, n° 95, p. 49, et (bonne) repr. p. 48.

6L’Astronome (portrait de Charles Waltner, 1846-1925), passé en vente chez Castells, Montevideo (Uruguay), 30 mars 2012, n° 114, puis acquis dans une galerie parisienne par le musée de Courbevoie en 2015, a été gravé par ledit Waltner en 1903, ce qui situe le tableau vers cette date. Il fait pendant à un Géographe du même Roybet (musée de Bordeaux). – Au Salon de 1898, Roybet, peintre qui se répétait beaucoup (c’est typique chez lui), avait déjà évoqué un astronome dans une pose semblable mais entouré de nombreux personnages d’époque XVIIe siècle à fraises et chapeaux, important tableau non localisé mais connu par une gravure de Sauvage (Courbevoie, musée Roybet-Fould), reproduite par Delannoy, 1992, p. 15.

7Litho par A. Desperet d’après Grandville, 1834 (repr. p. 59).

8Joël Hubrecht dans sa notice du catalogue Collection du musée des Beaux-Arts [de Strasbourg] / Peinture flamande et hollandaise XVe-XVIIIe siècle, Strasbourg, 2009, n° 60 p. 106, est sans doute trop généreux pour la participation de Janssens comme figuriste dans l’architecture peinte par Ehrenberg : les personnages de petite échelle sont médiocres et tout au plus d’un modeste imitateur de Janssens, au regard de l’agréable sveltesse des figures du tableau du Louvre.

9Les deux tableaux de Louis-Léopold Boilly (repr. p. 83), toujours considérés comme des pendants (en tout cas, peints sur toile, ils ont les mêmes dimensions), sont censés provenir tous deux de la vente posthume de l’artiste, Paris, 31 janvier 1845, non pas n° 33 comme on l’indique parfois, mais n° 2 (la Main chaude) et n° 3 (le Pied-de-bœuf), mentions des plus laconiques (ni dimensions, ni support). Dans cette vente Boilly, au n° 33, figuraient en fait, mais comme peints à l’huile sur papier, une Main chaude et un Pied-de-bœuf, également sans dimensions indiquées.

Après un parcours apparemment commun (ventes de 1855 et 1877), le Pied-de-bœuf est acquis en 1897 par le musée de Lille via Henri Rochefort, tandis que la Main chaude est léguée au Louvre en 1929 par Charles-Ferdinand Michel (1863-1928) après être passée par la célèbre vente Georges Lutz (Paris, Galerie Georges Petit, 26-27 mars 1902, n° 6, vente avec 17 autres peintures de Boilly). Inventoriée R.F. 2686, cette Main chaude a été déposée au musée de Châteauroux en 1949. Est-ce bien le même tableau que celui de la vente Boilly et du Salon de 1824 ? S’agit-il d’une copie ou d’une réplique d’atelier ? Le tableau de Lille, lui, est de parfaite qualité comme la majorité des remarquables Boilly Lutz (nos 2-9 de la vente).

10Relevons encore, grâce à la liste établie par Dominique Lobstein de peintures de Main chaude dans les Salons du XIXe siècle à Paris (p. 69), les noms d’Adèle Ferrand, Salon de 1846, musée de Saint-Denis de la Réunion, repr. p. 56, de Joseph Beaume, Salon de 1833, musée d’Avignon, repr. p. 69, de José Frappa, Salon de 1876, repr. d’après une héliogravure de chez Goupil, p.69, ainsi que ceux de Bellangé, Binant, Castan, Cunt, Dunant, Galliot, Marquet, Truphème.





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