Né dans le Doubs, Giacomotti, avec un “o”, se forme à la gravure dans une imprimerie locale, puis suit les cours d’Edouard Baille et de Joseph Lancrenon à Besançon. Tous deux l’incitent à entrer à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Picot. De 1846 à 1854, il y fait la connaissance des jeunes gens nommés William Bouguereau, Alexandre Cabanel, Paul Baudry. Comme eux, il remporte le Prix de Rome (Abraham lavant les pieds des trois anges en 1854) et séjourne en Italie de 1855 à 1860. Il est reçu à la Villa Médicis par Jean-Victor Schnetz et s’y fait des amis : Jules Didier, Jules David et Georges Bizet.
Rentré en France, il tente de s’imposer au Salon par des compositions d’histoire, mais c’est grâce à ses portraits qu’il est remarqué et qu’il peut gagner sa vie. Ceux-ci constituent la part la plus réussie de son œuvre, appliquant la leçon ingresque : choix d’une présentation sobre, attention à la psychologie du modèle, traitement raffiné des étoffes et des détails des objets. Giacomotti reçoit des commandes pour Saint-Étienne-du-Mont, Notre-Dame-des-Champs et, consécration suprême, pour le grand plafond du Musée du Luxembourg. Celui-ci ne sera finalement ni exposé, ni payé, en raison de la rétrocession du Palais au Sénat (la Gloire de Rubens, 1878, aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Bourges). La destinée lui a réservé de nombreuses déceptions et quelques heureuses surprises : le grand succès de l’Enlèvement d’Amymomé (l’Isle-sur-Tarn, musée Lafage) en 1865, ou la Réception à l’Institut en 1895 alors qu’il est presque oublié. Il partage sa vie entre Paris et Besançon, dont il devient conservateur du musée en 1890. Son mariage avec Louise-Elise Lelarge, une étampoise, l’amène à fréquenter la société de cette ville et à accepter la conservation du musée local. Il semble ne pas avoir eu de réelle ambition (son nom n’apparaît pas, par exemple, dans les concours de décoration des mairies parisiennes, pour lesquels la commande du Luxembourg aurait pu l’appuyer). En 1884, l’Innocence (ill.1 ; Etampes, musée), allégorie marquée par les exemples de Cabanel, de Bouguereau et le souvenir de Prud’hon, apparaît comme démodée, du moins aux yeux d’un critique progressiste comme le Sar Péladan1.

2. Félix Giacomotti (1828-1909)
Portrait de Jules Didier
Huile sur toile - 10,7 x 9,2 cm
Etampes, Musée
Le musée d’Etampes est petit, soit cinq salles autour d’un escalier, et ne pouvait prétendre à la rétrospective complète mais plutôt à l’évocation d’une personnalité locale. A cette occasion, les tableaux de Giacomotti du fonds ont été nettoyés et une acquisition récente, faite en 2001, le Portrait du paysagiste Jules Didier ovale (ill. 2), presque une miniature, est aussi montrée. Une vingtaine de peintures et de dessins sont présentés dans trois mini-dossiers. Le premier est consacré à la biographie de l’artiste et aux grandes compositions de Salon, la plupart illustrées par des gravures, à l’exception de l’Innocence de 1884 déjà citée, qui appartient aux collections municipales.

3. Félix Giacomotti (1828-1909)
Le Repos pendant la fuite en Egypte
Huile sur toile - 73,5 x 51 cm
Paris, Collection particulière
La seconde travée étudie quelques portraits2, celui de Madame Théron (1869) ou le magnifique Portrait de sa femme (Musée d’Etampes) entre Gérôme et Baudry, tout en nuances de noir, relevé par le bleu canard discret du fauteuil. Le premier appartient à la collection d’un descendant de François Vivaux, ami de Giacomotti. De cette même provenance ont pu être réunis, autour du Portrait de Pierre Vivaux enfant, deux dessins préparatoires et une esquisse peinte, permettant de comprendre l’élaboration de telles œuvres. Enfin, un troisième espace est réservé aux tableaux religieux. Soit une esquisse pour la Fuite en Egypte de Notre-Dame-des-Champs à Paris (ill. 3 ; Paris, collection particulière), illustration littérale puisque pour une fois la Vierge semble réellement assoupie, ainsi qu’un grand carton (ill. 4 ; musée d’Etampes) préparatoire à la Sainte famille proposée au Salon de 1888 (non localisée), stylistiquement proche d’Ernest Hébert ou d’Emile Lévy et deux esquisses en rapport (ill. 5 ; chacune en collection particulière).

5. Félix Giacomotti (1828-1909)
La Sainte Famille, 1888
(photo avant restauration)
Mine de plomb et huile sur toile - 130 x 97,5 cm
Etampes, Musée

6. Félix Giacomotti (1828-1909)
La Sainte Famille, 1888
(photo avant restauration)
Huile sur toile - 26 x 20 cm
Paris, Collection particulière
Les plus avertis connaissaient de Giacomotti l’Enlèvement d’Amymomé3 ou la Gloire de Rubens4. La manifestation d’Étampes, montée par Sylvain Duchêne, laisse un peu sur sa faim5, mais permet cependant d’en savoir plus sur ce peintre et de ne pas le réduire à une ou deux reproductions. Par extension, son cas est exemplaire du parcours de nombreux Prix de Rome. Sa carrière est somme toute brillante et, s’il n’a pas su créer un style vraiment personnel, on lui doit plusieurs beaux tableaux réussis, dont on ne sait s’ils nous plaisent pour leurs qualités propres ou pour le charme désuet qu’ils dégagent. Mais le plaisir visuel est là, et c’est ce qui compte.
L’exposition n’a pas donné lieu à un catalogue mais à une plaquette rédigée par Jérôme Pontarollo et publiée grâce au Lyon’s Club d’Etampes. D’ordre essentiellement biographique, elle est utile malgré quelques imprécisions. On y trouve la reproduction de plusieurs tableaux peu accessibles, qui ne sont pas présents dans l’exposition. Si l’on veut être complet sur l’artiste, il faudra également s’informer sur le site Internet du même auteur où d’autres toiles encore sont reproduites.
Félix-Henri Giacomotti (1828-1909) Un grand prix de Rome au Musée d’Etampes, Etampes, Musée municipal : 17 mars au 31 mai 2005 de 14 à 17 Heures du mercredi au dimanche). tel : 01 69 92 69 12
Sur les relations entre Giacomotti et le fils de James Pradier, voir le site de Douglas Siler.

